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12 avril 2026Dans le bastion druze du sud de la Syrie, la tentation sécessionniste sous patronage israélien
Analyse : Cette nouvelle a été étudiée par nos journalistes pour une synthèse rapide.
Notre équipe met en lumière les éléments clés de « Dans le bastion druze du sud de la Syrie, la tentation sécessionniste sous patronage israélien ».
Éléments à garder en tête
REPORTAGE – La région de Soueïda vit en vase clos depuis les affrontements sanglants de juillet. Des chefs locaux ont constitué une « garde nationale » qui impose un régime répressif.
Il n’y a plus âme qui vive sur la place Karameh. Des dizaines d’échoppes aux rideaux de fer tirés quadrillent l’esplanade déserte, où des voitures sans âge, victimes d’une pénurie de gazole qui dure, reposent sous une couche de poussière. Sur le promontoire central, quelques oiseaux se disputent des miettes de pain, bientôt soulevées par une bourrasque. Des graffitis y ont été tracés à la hâte : « Al-Joulani doit tomber », « Virons Daech du pouvoir », et cette étoile de David, encadrée de rubans bleu et blanc.
Gabeh Ghanim, 40 ans, observe chaque jour ce spectacle fantomatique depuis sa guérite désolée. D’un geste, il fait tourner son présentoir grinçant, puis s’excuse : à Soueïda, bastion druze du Sud syrien, l’emblème d’Israël est partout en rupture de stock. Débusquée dans un tiroir, il ne lui reste qu’une affiche plastifiée servant aux jours de manifestation, estampillée d’un sobre « Merci Israël ».
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« Cet étendard, c’est désormais le mien, clame-t-il, en montrant le drapeau israélien qui claque sur sa devanture. Le drapeau druze, c’est pour le cœur. Le syrien, pour les ennemis. » Depuis les affrontements de juillet entre factions druzes et forces syriennes, qui ont fait près de 1700 morts et donné lieu à des exactions susceptibles de constituer des « crimes de guerre », selon les Nations unies, la confiance envers le pouvoir central s’est érodée. Intervenu par l’artillerie pour enrayer les violences et contraindre les forces du gouvernement transitoire à se retirer, Israël est désormais perçu comme le garant de la protection du djebel al-Druze, de plus en plus isolé.
Survivre en vase clos
Trônant au cœur des champs d’oliviers, Soueïda survit en vase clos. Quiconque souhaite y entrer doit franchir deux lignes de checkpoints, tenues tour à tour par le gouvernement transitoire et les factions druzes. Le dispositif de sécurité s’étire sur une large route cahoteuse, délimitée par deux buttes de terre grise. De temps à autre, des convois remontent le macadam. Les ordres intiment à chaque camp de fouiller les véhicules. D’un côté comme de l’autre, on s’accuse de filtrer et de détourner l’aide humanitaire. À l’intérieur de la ville, le prix de l’essence a explosé et les files d’attente devant les centres de dons n’en finissent plus de s’épaissir.
Passé ce double verrou, une nouvelle administration s’est constituée en « garde nationale » : une coalition d’une trentaine de factions druzes, qui revendique une « autonomie totale ». Elle se conforme aux directions du cheikh Hikmat al-Hijri, haute figure religieuse de la communauté, ouvertement pro-israélien et hostile à Damas. « Nous réclamons l’indépendance car nous ne pouvons plus collaborer avec un État terroriste », tonne le général Jihad al-Ghoutani, commandant de la garde et ancien membre de la 4e division, unité de Maher el-Assad, frère de Bachar, connue pour ses exactions.
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Derrière son bureau, un portrait du cheikh toise les visiteurs, reçus selon les usages de l’hospitalité : un porte-clés frappé du blason de la garde et gravé « État indépendant du djebel Bashan », en référence à une vieille appellation du Sud syrien, est offert en cadeau de bienvenue. La ville ne dispose d’aucune ressource ni de frontière directe avec un autre État. « Mais nous avons des hommes vaillants et un allié précieux : Israël, avec lequel nous collaborons désormais dans tous les domaines. » Dans la nuit du 19 au 20 mars, l’artillerie israélienne dit ainsi avoir frappé un quartier général de l’armée syrienne dans le sud du pays en « riposte » à des attaques menées contre la population druze.
Dans l’enceinte de la ville, peu se risquent à la critique. Fidèle aux pratiques du régime Assad, la « garde nationale » druze fournit à chaque journaliste un chaperon, chargé d’encadrer les entretiens. Et lorsque ce dernier déroge aux règles, un chaperon – cette fois-ci, issu des rangs des hommes de la « garde nationale » – est collé au chaperon.
« Garde nationale » régionale
Claquant d’un coup sec la portière de sa Mercedes, Talal al-Amer, cheveux gominés lissés vers l’arrière, s’avance en faisant résonner ses bottes d’officier : « Nous allons vous montrer comment nous sécurisons la ville », dit-il. Et voilà la 44e unité tout entière qui débarque, serrée à l’arrière de pick-up surmontés de mitrailleuses Douchka ou de canons antiaériens. L’escouade de jeunes soldats déambule à travers la ville en poussant des cris heureux, sous le regard médusé des habitants. Au total, cette « garde nationale » compte 3186 hommes. Mais selon Talal al-Amer, 28.891 personnes, soit « la quasi-totalité des jeunes hommes », seraient volontaires pour s’engager.
L’un d’eux s’avance, l’épaule lestée d’une kalachnikov, le torse bardé de munitions. « Je me suis engagé après l’invasion de juillet, et j’ai été très bien formé pour cela », dit-il, sous le regard attentif de son supérieur. L’heure est à la séance photo, au milieu des fleurs. L’officier hésite. « Elles sont trop jaunes, murmure-t-il. Trop Hezbollah. » Alors, quoi ? « Bleues, ce serait mieux », répond-il, songeur, sourire aux lèvres et regard inquisiteur.
Toutes les victoires contre les islamistes, qu’ils soient chiites ou sunnites, sont pour nous des réussites
Talal al-Amer, officier
Dans la guerre qui oppose Israël et le Hezbollah au Liban, la nouvelle « garde nationale » entend clarifier sa fidélité. « Toutes les victoires contre les islamistes, qu’ils soient chiites ou sunnites, sont pour nous des réussites », résume l’officier. Quand bien même, au sein de cette même garde, beaucoup ont servi sous Bachar el-Assad et combattu aux côtés du parti-milice chiite contre les « insurgés ». Le 28 février dernier, des fragments de missile iranien en route vers Israël se sont écrasés sur la ville. Depuis, l’État hébreu travaillerait au déploiement d’une application d’alerte aux roquettes et missiles à destination des habitants de Soueïda.
Répression
Dans un café de Chahba, bourgade des faubourgs de Soueïda saturée d’une partie des quelque 200.000 déplacés des violences de l’été, Bassel Amer, 34 ans, rembobine les événements qui ont mené à l’assassinat de ses deux frères, début février. Les corps de Hadi, 28 ans, et Maher, 29 ans, ont été retrouvés étendus sur le flanc, le crâne perforé d’une balle, alors qu’ils étaient partis cueillir des olives dans leur village d’al-Mtoneh, sous contrôle gouvernemental. « Les autorités de Damas assurent que nous pouvons retourner chez nous sans crainte. Mais elles ne sont pas en mesure d’assurer notre sécurité », dit-il. Les autorités syriennes affirment avoir arrêté le suspect, présumément affilié à la sécurité générale de Damas. Malgré le cessez-le-feu de juillet, les affrontements restent quasi quotidiens entre l’armée syrienne, déployée en périphérie de la région de Soueïda, et les factions druzes, qui entendent reprendre le contrôle de 36 villages, incendiés et vidés de leurs habitants en juillet.
Israël occupe nos territoires, grignote nos champs et vole nos terres. Israël est et restera notre ennemi à tous !
un homme d’affaires
La nouvelle « garde nationale » s’appuie sur cette fracture pour légitimer un projet politique où toute dissension est méthodiquement réprimée. À Soueïda, des opposants sont arrêtés, d’autres publiquement conspués ou discrètement rackettés. En décembre, deux cheikhs dissidents ont été retrouvés morts après leur arrestation. « Soueïda est désormais dirigée par une bande de mafieux, qui gouverne selon la loi de la jungle », s’insurge Amer, dont le prénom a été modifié.
Après que sa villa a été brûlée en juillet par des hommes affiliés au nouveau pouvoir syrien, l’homme d’affaires s’est réfugié à Jaramana, ville à majorité druze de la périphérie de Damas. Là où, dit-il, il est libre de parler. « Les Druzes de Soueïda semblent se rallier, d’apparence, al-Hijri et Israël, mais c’est parce qu’ils n’ont pas le choix. Et en affichant ce soutien, ils stigmatisent l’ensemble de la population druze », regrette-t-il. Tremblant de colère, il se lève, parle, cette fois, non plus en sa qualité de Druze mais de Syrien : « Israël occupe nos territoires, grignote nos champs et vole nos terres. Israël est et restera notre ennemi à tous ! »
Source : www.lefigaro.fr
Conclusion : L’équipe continuera à analyser les points saillants.

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