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Voici l'avis général de nos rédacteurs sur « “Attention au retour de boomerang”, par Sylvain Kahn ».
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Les résultats des élections législatives en Hongrie et la large victoire de l’opposition Tisza de Péter Magyar sont à bien des égards un cas historique : Viktor Orbán avait remporté les quatre précédentes élections législatives. Il était au pouvoir depuis 2010, c’est une page qui se tourne.
Bonne nouvelle pour l’Europe
Avec Orbán, l’extrême droite européenne subit une défaite spectaculaire. Viktor Orbán était son chef de file et le théoricien de la « démocratie illibérale ». Il était l’allié de Poutine au sein de l’Union européenne. Il détestait le président ukrainien Zelensky et essayait autant que possible de ralentir la politique européenne de soutien à l’Ukraine.
Si son successeur Péter Magyar est très prudent sur l’engagement au côté de l’Ukraine, il abandonnera sans aucun doute le rôle de « Monsieur véto » que jouait Orbán, et la Hongrie cessera d’être la cinquième colonne de Poutine dans l’Union européenne.
Viktor Orbán était parvenu à une véritable « orbanisation » de la vie politique européenne. D’une part en étant l’architecte des ponts entre la droite conservatrice et démocrate chrétienne (dite Parti populaire européen – PPE –) et la droite extrême (Conservateurs et Réformistes européens – CRE – et Patriotes pour l’Europe – PfE –) du Polonais Mateusz Morawiecki, de l’Italienne Giorgia Meloni, de la Française Marine Le Pen, du Néerlandais Geert Wilders, du Slovaque Robert Fico, etc.
D’autre part en étant le laboratoire politique qui a fait muter l’europhobie au XXIe siècle vers un paradoxe qui ne dérange aucunement ses tenants : cracher dans la soupe tout en la mangeant. Détester la Commission européenne mais profiter de toutes les ressources – budgétaires, économiques, politiques et diplomatiques – de l’Union européenne au nom d’une Europe des nationalismes.
En ce sens, la défaite d’Orbán est plutôt une bonne nouvelle pour l’Europe.
En Hongrie, un autre problème…
Sur le plan intérieur, Péter Magyar disposant d’une majorité parlementaire des deux tiers, il sera en mesure de procéder à des réformes de la constitution et du système électoral. Or, l’héritage « illibéral » d’Orbán se caractérise par la mise à mal de l’Etat de droit et du pluralisme, comme notamment l’indépendance de la justice, la presse d’opposition et les orientations de genre.
Néanmoins, l’ancien Premier ministre hongrois a verrouillé toutes les institutions, et également – au nom du patriotisme – toute l’économie concentrée aux mains de ses proches. A tel point que certains auteurs, comme Bálint Magyar et Júlia Vásárhelyi, ont qualifié le système Orbán de « kleptocratie » ou d’« Etat mafieux ». Une rude partie attend donc son successeur. Orbán n’a que 62 ans et peut très bien revenir sur le devant de la scène. Il est soutenu à la fois par Poutine et par Trump.
Certes Magyar, ancien membre de l’équipe Orbán, l’a emporté en faisant campagne contre la corruption de son prédécesseur, de son parti Fidesz, de leur népotisme et de leur favoritisme devenus trop visibles, mais aussi trop pesants alors que la société et l’économie hongroise sont en grande difficulté. En effet, ni les droits des salariés, ni les salaires ne se sont améliorés alors que l’inflation, très élevée, mange le pouvoir d’achat. Les électeurs d’Orbán se sont-ils détournés du clientélisme, ou d’un clientélisme devenu inefficace ?
Le précédent polonais
Il faut cependant prendre acte du fait que l’infrastructure « orbaniste » tient à ses privilèges et à ses rentes ; elle va jouer l’inertie et peut-être même chercher à saboter les promesses de la nouvelle équipe.
Un obstacle de taille pour Péter Magyar, dont il faut espérer qu’il ne soit pas trop difficile à relever. La situation de la Pologne invite à la prudence : la défaite du PiS de Morawiecki en 2023 n’a pas été suivie par les grandes réformes promises par la coalition de centre droit (membre du PPE) de l’actuel Premier ministre Donald Tusk, dont l’élection avait suscité tant d’espoirs. Lui et sa majorité parlementaire peinent à rétablir l’indépendance de la magistrature, à libéraliser l’IVG et à faire reculer l’homophobie. Un nouveau parti radicalement d’extrême droite et prorusse (un comble en Pologne !) est apparu lors de l’élection présidentielle de 2024 avec 6 % des suffrages ; il flirte maintenant avec les 10 % dans les sondages. Or, en Hongrie comme en Pologne, les forces sociales et politiques du nationalisme antipluraliste et opposées aux libertés restent vivaces. Le score du Fidesz est resté très proche de 40 % des suffrages exprimés – un score remarquable pour un parti sortant au pouvoir depuis seize ans. Et le parti d’extrême droite radicale hongrois, le Mouvement Notre Patrie, obtient à nouveau 6 % des voix et conserve ses sièges au Parlement. Autant dire que Magyar et Tisza n’ont pas le droit à l’erreur.
BIO EXPRESS
Historien et géographe, Sylvain Kahn enseigne les questions européennes à Sciences-Po Paris. Auteur, entre autres ouvrages, d’une « Histoire de la construction de l’Europe depuis 1945 » (PUF, 2021), il vient de publier « l’Europe : un Etat qui s’ignore » (CNRS Editions).
Cet article est une tribune, rédigée par un auteur extérieur
au journal et dont le détail de vue n’engage pas la rédaction.
Source : www.nouvelobs.com
Conclusion : Cette situation mérite une attention continue de notre équipe éditoriale.

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