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13 avril 2026Comment le monde ibérique a-t-il inventé la « pureté de sang » ? : épisode du podcast Racisme, une histoire
Analyse : Nous mettons en lumière certains aspects de cette actualité.
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Résumé des éléments principaux
À la fin du Moyen Âge, les trois religions monothéistes cohabitent dans la péninsule Ibérique. La société dominante est chrétienne, mais la conquête islamique du XIIIe siècle a conduit de nombreuses personnes à se convertir à l’islam, et la communauté juive espagnole est très importante.
La cohabitation des trois religions du Livre n’est pas entièrement pacifique, et les juifs et les musulmans subissent des discriminations, qui les empêchent de briguer un grand nombre de responsabilités, et les cantonnent à un usage ségrégué de l’espace public. Le règne d’Isabelle la Catholique (1451-1504), qui épouse Ferdinand d’Aragon (1452-1516) en 1469, est marqué par une volonté d’unification de l’Espagne autour de la religion chrétienne. Nommés les “Rois catholiques d’Espagne”, Isabelle et Ferdinand entendent convertir ou expulser les juifs et les musulmans de leurs royaumes. La Reconquista, qui s’achève en 1492 par la prise de Grenade, nourrit un sentiment anti-musulman, et débouche sur une série de conversions forcées, avec l’apparition de morisques, des musulmans convertis au catholicisme, et de crypto-musulmans, qui continuent à pratiquer leur religion en secret. Les juifs, visés par une série de massacres, notamment le pogrom de Séville en 1391, puis par un décret d’expulsion en 1492, se convertissent également au catholicisme, soit qu’ils y soient contraints, soit qu’ils espèrent échapper aux persécutions, soit qu’ils le souhaitent réellement. Ces conversions sont dans un premier temps plutôt bien reçues par la communauté chrétienne, et les juifs convertis, les conversos, peuvent enfin accéder à des charges qui leur étaient jusque-là interdites. Parmi les convertis de force, il existe aussi des crypto-juifs. On parle parfois de “marranes”, terme péjoratif qui signifie “porc” en espagnol.
Dans l’Europe moderne, l’origine des personnes et leur lignage sont vues comme déterminantes et structurent une société d’ordres et de castes. Dans ce système, le sang, conçu dans la lignée de la médecine antique et médiévale, est réputé transmettre les caractéristiques physiques et morales d’une génération à une autre. C’est sur cette conception que s’appuie la notion de “pureté de sang” (“limpieza de sangre”) qui naît dans l’Espagne du XVe siècle. En 1449, la ville de Tolède promulgue une sentence-statut qui interdit aux convertis et à leurs descendants d’accéder à des magistratures et offices urbains. Ce premier statut de “pureté de sang” fait des émules dans toute la péninsule, puisque de nombreuses institutions se dotent de règles discriminatoires semblables (municipalités, collèges, universités, ordres religieux, ordres militaires, chapitres des cathédrales, guildes de notaires, tribunaux…). Il est confirmé en 1547 par la cathédrale de Tolède, et l’approbation de Philippe II et du pape.
Ces statuts de “pureté de sang” permettent de distinguer entre vieux chrétiens et nouveaux chrétiens, dans un monde où les juifs et les musulmans n’existent supposément plus. Les nouveaux chrétiens, c’est-à-dire les juifs et les musulmans convertis, ne sont plus discriminés et persécutés directement en raison de leur religion, mais à cause de leur “sang” qui porterait une tâche originelle et indélébile. Apparaît ainsi un enjeu racial, qui marque une étape déterminante dans l’histoire du racisme.
Pour en savoir plus
Béatrice Perez est professeure d’histoire et civilisation de l’Espagne moderne à Sorbonne Université.
Ses contributions et publications :
- « Systèmes d’exclusion et ostracisme contre les nouveaux-chrétiens en Espagne sous les Rois Catholiques », dans Esther Benbassa (coord.), Les Sépharades. Histoire et culture du Moyen Âge à nos jours, Presses de l’université Paris-Sorbonne, 2011, p. 55-75.
- (dir. avec Raphaël Carrasco et Annie Molinié) La Pureté de sang en Espagne. Du lignage à la « race », Presses de l’université Paris-Sorbonne, 2011.
- Inquisition, pouvoir, société. La province de Séville et ses judéoconvers sous les Rois Catholiques, Honoré Champion, 2007.
Jean-Frédéric Schaub est historien, directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS). Il est spécialiste des mondes ibériques à l’époque moderne.
Ses publications :
- Le passé ne s’invente pas, Albin Michel, 2026.
- (avec Silvia Sebastiani) Race et histoire dans les sociétés occidentales (XVᵉ-XVIIIᵉ siècle), Albin Michel, 2021.
- Pour une histoire politique de la race, Seuil, 2015.
- Oroonoko, prince et esclave. Roman colonial de l’incertitude, Seuil, 2008.
- Les Juifs du roi d’Espagne. Oran, 1507-1669, Hachette Littérature, 1999.
- Brève relation de l’expulsion des Juifs d’Oran en 1669, Éditions Bouchène, 1998.
Source : www.radiofrance.fr
Conclusion : L’équipe éditoriale restera vigilante et partagera ses observations.

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