
« Globalement nos filières tiennent le choc », assure le ministre de l’Industrie
13 avril 2026
Le journal de 8h du lundi 13 avril 2026
13 avril 2026Analyse : Notre équipe partage son regard général sur cette actualité.
Voici ce que notre équipe pense de l'article « Hongrie : la fin de l’ère Orban ».
Les éléments principaux
C’est « une victoire éclatante, du fait de la participation inédite depuis 1990 et du score de Péter Magyar et de son parti Tisza qui ont obtenu les deux tiers des sièges au Parlement. C’est vraiment une surprise et un résultat remarquable pour ce jeune parti qui a été créé il y a tout juste deux ans », analyse la professeure en science politique à l’université de Picardie, Laure Neumayer.
Péter Magyar était pourtant bien ancré dans le système. « Il appartenait au cercle le plus élevé du Fidesz, c’était l’époux de la ministre de la Justice, il a fait toute sa carrière dans la haute administration. Il a rompu avec le Fidesz de manière assez fracassante il y a deux ans, en dénonçant la corruption endémique et en promettant de rompre avec toutes les dérives autoritaires de Viktor Orban », rappelle la chercheuse.
Une corruption bien documentée. « C’est avéré, à la fois par l’OLAF, l’Office de lutte anti-fraude de l’Union européenne, et par des journalistes d’investigation hongrois qui ont fait un travail remarquable. Il y a beaucoup de détournements de fonds européens, avec des contrats pour des marchés publics, et ça a permis un enrichissement très rapide de la famille Orban elle-même et d’un cercle étroit d’individus, grâce à une sorte de fusion entre le monde politique et le monde économique », détaille-t-elle.
Un décrochage économique inédit
Pourquoi Orban a-t-il échoué à ce point ? « Il y a deux éléments, explique Laure Neumayer. D’abord, la situation économique est vraiment désastreuse. La Hongrie a connu un décrochage économique inédit depuis le Covid, avec une inflation maintenue à des niveaux très élevés. Et puis la campagne électorale a été très agressive de la part du Fidesz, avec une campagne de dénigrement systématique de Péter Magyar et de son parti. C’est sans doute cette surenchère qui a fini par se retourner contre lui, notamment parce qu’elle a suscité des prises de parole de lanceurs d’alerte qui ont révélé toute une série de scandales montrant non seulement la corruption, mais aussi l’ampleur de la collusion avec la Russie. »
Sur le plan économique, « d’abord il y a eu énormément de fonds qui ont été mal investis, gérés de manière partisane pour alimenter une sorte de kleptocratie au sommet de l’État. Et puis la Hongrie a été privée de beaucoup de financements européens : l’Union européenne a gelé 17 milliards d’euros, ce qui est énorme, parce que les financements européens représentent à peu près 3,5 % du PIB de la Hongrie. Les violations répétées de l’état de droit ont conduit la Commission européenne à geler ces financements », précise-t-elle.
La promesse principale de Péter Magyar est, selon Laure Neumayer, « de remettre la Hongrie au centre de l’Union européenne, de renouer les liens avec la Commission européenne et avec les autres États membres, qui sont dégradés à un aspect assez inimaginable. Il a promis de restaurer l’état de droit, de refaire de la Hongrie un partenaire fiable et respecté dans l’Union européenne, notamment pour essayer de lever les sanctions financières et de pouvoir réinjecter l’aide européenne dans l’économie hongroise. »
« La grande contradiction du discours de Viktor Orban »
Or les Hongrois ne sont pas pro-russes. « Tous les sondages le montrent », affirme Laure Neumayer. « C’était la grande contradiction du discours de Viktor Orban : dénoncer l’ingérence de Bruxelles et les atteintes à la souveraineté hongroise, tout en se rapprochant très nettement d’un État autoritaire. » Des slogans scandés par les opposants d’Orban résumaient cette contradiction : « Les Russes, rentrez chez vous », comme ils l’avaient fait en 1956.
Cette contradiction a culminé avec la visite de J.D. Vance à Budapest. Le vice-président américain avait déclaré : « À Bruxelles, on essaye de détruire l’économie de la Hongrie, d’affaiblir la Hongrie au niveau énergétique, de faire flamber les prix là-bas. Tout ça parce que c’est le Premier ministre Orban au pouvoir. » Pour Laure Neumayer, c’est « un mécanisme d’inversion accusatoire : le Fidesz reprochait à Bruxelles de mettre des bâtons dans les roues aux démocrates hongrois, alors que c’est le Fidesz lui-même qui démantelait la démocratie en Hongrie. On accuse en réalité l’opposant de ce qu’on fait soi-même. C’est pour ça que J.D. Vance accuse Bruxelles d’interférence, alors que lui se rend à Budapest où il n’a rien à faire, finalement. »
« Dans ce cas-là, ça n’a pas marché, reconnaît la chercheuse. Mais la situation est particulière en Hongrie, puisque Viktor Orban était au pouvoir depuis 16 ans et qu’il a donc un bilan désastreux en matière économique. Et puis il s’est trouvé pour la première fois face à un opposant très habile, qui connaît très bien le système du Fidesz puisqu’il en est issu, et qui a su adopter un discours très conservateur, très anti-immigration, tout en mettant en avant le rapprochement avec l’Union européenne et des mesures de politique économique pour améliorer le niveau de vie des Hongrois. »
Le chantier qui attend Péter Magyar est immense. « Le Fidesz a placé à tous les niveaux de l’État, des médias, de la culture, de la justice, des partisans, des fidèles », souligne Laure Neumayer. Dès le soir de sa victoire, Magyar a appelé à la démission des dirigeants du Conseil des médias, de la Cour suprême et de l’autorité de protection de la concurrence. « Le grand défi de Péter Magyar va être de remodeler le système institutionnel dans le sens de la restauration de l’état de droit et de l’indépendance des contre-pouvoirs. »
Source : www.radiofrance.fr
Conclusion : Un suivi attentif permettra de compléter notre point de vue.

9999999