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13 avril 2026
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13 avril 2026Analyse : Notre équipe propose une lecture synthétique de cette actualité.
Les journalistes partagent leur point de vue sur « Les négociations du Liban avec Israël sont condamnées à l’échec ».
Les points essentiels à retenir
C’était écrit. Le Liban allait être, comme à son habitude, le grand perdant de la séquence. Soit il n’était pas inclus dans le cessez-le-feu – qui ressemble de plus en plus à une illusion – entre les États-Unis et l’Iran, et Israël pouvait continuer de le bombarder en toute impunité pendant encore des jours, des semaines, voire des mois.
Soit il l’était, grâce à la pression de l’Iran, et cela aurait permis à la République islamique et au Hezbollah de crier victoire et de renforcer leur emprise sur un État qui cherche depuis un an à s’en libérer.
L’ouverture de négociations directes avec Israël [qui pourraient débuter mardi] offre une troisième voie. C’est une bonne nouvelle, dans la mesure où elle remet l’État au centre du jeu et lui permet de défendre ses propres intérêts, piétinés par Tel-Aviv et Téhéran.
Beyrouth doit prouver qu’il est le mieux placé pour négocier un cessez-le-feu, un retrait des troupes israéliennes du Liban-Sud et un accord solide qui mette fin à cet état de guerre permanent, qui ne mène à rien sauf à la ruine du Liban.
“Paix froide”
Il y a quelques mois, nous arguions du fait que les conditions pour faire la paix avec Israël n’étaient pas réunies et qu’il était dans notre intérêt de se contenter d’un retour à l’accord d’armistice de 1949 dans une version renforcée.
Nos arguments étaient les suivants : le Liban est dans une position beaucoup trop faible pour négocier un bon accord ; les agissements criminels de l’État hébreu à Gaza, en Cisjordanie, au Liban ou encore en Syrie n’en font pas un partenaire de paix potentiel ; le pays du Cèdre est si fragile qu’il ne peut absorber ni la guerre ni la paix, compte tenu des tensions internes que cela risque d’attiser ; enfin, le Liban reste attaché, tout comme l’Arabie saoudite, à l’initiative arabe de 2002 qui implique de faire la paix en échange de la création d’un État palestinien, une carte qui constitue le dernier levier arabe sur Israël.
Mais ces arguments sont désormais complètement dépassés. L’aventurisme du Hezbollah, qui a conduit à une énième invasion israélienne et à la dévastation d’une large partie du Liban-Sud, ne nous laisse malheureusement plus d’autre choix que de faire la paix avec Israël si l’on veut espérer récupérer l’intégrité de notre territoire.
Le problème, c’est que même cette paix par la force, nous ne sommes pas en mesure de l’offrir. Sur le papier, les négociations vont avoir lieu dans un contexte plus propice que par le passé en raison de l’affaiblissement du Hezbollah, de son isolement politique et de la chute du régime Assad en Syrie. Une grande partie des Libanais et de l’establishment politique semble par ailleurs prête à signer une paix froide avec Israël, non par conviction mais par pragmatisme.
L’“échec total” du désarmement du Hezbollah
Mais l’essentiel n’est pas là. La question principale ne concerne pas notre volonté ou non de signer la paix avec notre voisin, mais notre capacité à faire en sorte qu’elle soit effectivement respectée par toutes les composantes du pays.
Or, notre seule marge de manœuvre vis-à-vis d’Israël reposait sur notre réussite, ne serait-ce que partielle, dans la politique de désarmement du Hezbollah. Parce qu’elle s’est avérée être un échec total et parce que l’État a, au mieux été berné, au pire menti, nous abordons les négociations sans aucune carte sérieuse entre nos mains. Face à Israël, le Liban est nu.
L’État hébreu continuera de nous bombarder et de poursuivre son invasion dans le Sud tant qu’il n’aura pas reçu une garantie sérieuse de notre engagement à désarmer le Hezbollah. Nous pouvons continuer de faire de grands discours et des promesses dans le vide, mais personne n’est dupe.
Le Premier ministre, Nawaf Salam, est sincère dans sa volonté de mener à bien cette mission, mais il est complètement isolé et presque dépourvu de moyens d’action. Le président [chiite] du Parlement, Nabih Berry, a fait le choix d’être avec le Hezbollah contre l’État. Et le président de la République, Joseph Aoun, n’est clairement pas prêt, pour des questions politiques mais aussi idéologiques, à confronter le parti-milice.
Avant même de parler de ses capacités – ce qui aurait été une question légitime si elle avait manifesté un minimum de volonté – l’armée, et plus généralement l’appareil sécuritaire, a fait preuve d’une telle complaisance, et parfois même d’une telle connivence avec le Hezbollah, qu’il est sérieusement permis de douter qu’elle perçoive un jour la milice comme un ennemi de l’État.
Et puisque le Hezbollah ne remettra jamais ses armes par le biais d’un dialogue national, à moins que le régime iranien ne chute, nous sommes complètement coincés.
Dans ce contexte, les négociations avec Israël sont condamnées à l’échec. Tel-Aviv le sait, Téhéran le sait et Beyrouth – on l’espère – le sait aussi. La seule question qui demeure est de savoir si Washington l’entend aussi de cette oreille. Ou si Donald Trump va mettre tout son poids dans la balance pour aboutir à un accord, comme à Gaza, qui ne sera respecté par aucune des parties.
Source : www.courrierinternational.com
Conclusion : Cette information sera réévaluée à mesure que de nouveaux éléments apparaissent.

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