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19 avril 2026Analyse : Voici l'avis général de notre rédaction sur les faits présentés.
Un regard de nos journalistes sur l'article « entre clientélisme et faux pas, le jeu dangereux de Donald Trump avec la religion ».
À retenir absolument
Réchappé miraculeusement d’une tentative d’assassinat en 2024, Donald Trump accentue sa rhétorique religieuse depuis son retour à la Maison Blanche. Mais à trop vouloir se rapprocher du ciel, le président américain pourrait bien se brûler les ailes, comme l’ont montré de récentes polémiques.
Ce ne devait être qu’un post parmi les dizaines qu’il publie quotidiennement sur son réseau social. Ce lundi 13 avril, Donald Trump n’imaginait sans doute pas la tempête médiatique qu’il allait provoquer en partageant une image générée par IA le représentant sous les traits de Jésus, apposant sa main guérisseuse sur le front d’un malade.
Friand des montages à sa gloire, le président américain n’en est pas à son coup d’essai. Mais la récupération politique de l’image du Christ a semble-t-il dépassé une ligne rouge. Jusque dans sa base MAGA, très religieuse, l’image a choqué. Au point que le président américain s’est résolu à supprimer le post. Un rétropédalage jamais vu depuis la communication d’une vidéo raciste s’en prenant au couple Obama.
Le président avait relayé l’image dans la foulée d’une violente diatribe contre le pape Léon XIV, un message ressenti comme une attaque par de nombreux catholiques américains. Des controverses à répétition qui braquent la lumière sur le étude très particulier qu’entretient Donald Trump avec la religion.
« Religion is back »
Depuis son retour au pouvoir, la foi en Dieu imprègne toutes les couches de sa présidence. « Religion is back » (la religion est de retour), répète le républicain.
Alors que son prédécesseur Joe Biden vivait sa foi dans une sphère privée, Donald Trump montre une dévotion ostentatoire, comme lorsqu’il se met en scène devant les caméras lors de séances de prière collective.
La récupération politique de la religion n’a rien de nouveau pour Donald Trump, mais celle-ci s’est accentuée après la tentative d’assassinat dont il a été victime pendant la campagne de 2024. Depuis ce jour où il a échappé à la mort à quelques millimètres près, le milliardaire se dit « sauvé par Dieu » pour accomplir sa destinée: enrayer le destin de l’Amérique et la rendre « grande à nouveau ».
Théologie de la prospérité
Contrairement à ce qu’il peut laisser entendre, Donald Trump n’a pourtant jamais été un pratiquant très assidu. Élevé à New-York dans la foi presbytérienne de sa mère écossaise, il fréquente avec ses parents une église de Manhattan, la Marble Collegiate Church, où il se mariera deux fois. La famille Trump y écoute les prêches de Norman Vincent Peale, un apôtre de la « pensée positive » qui prône une confiance en soi exacerbée.
À mi-chemin entre religion et développement personnel, le pasteur prodigue à ses ouailles des conseils pour réussir sa vie aussi bien spirituellement que matériellement. Un discours proche de la « théologie de la prospérité » – selon laquelle richesse personnelle est synonyme de récompense divine – qui parle à Donald Trump.
Mais le promoteur immobilier qu’il devient déserte vite les bancs de l’église. Lorsqu’il se lance dans sa première campagne présidentielle en 2015, la Marble Collegiate Church se fend d’un communiqué pour dire que le candidat républicain n’est « pas un membre actif » de la communauté, contrairement à ce qu’il affirme dans la presse.
Très vite, l’attrait de Donald Trump pour la chose religieuse apparaît comme très superficiel. S’il assure que la Bible est son « livre préféré », le candidat est pris au piège lors d’une interview par une question sur les versets qu’il affectionne le plus. « Je préfère ne pas entrer dans les détails, car c’est très personnel pour moi », esquive-t-il une première fois, avant d’être relancé par le reporter. « Préférez-vous l’Ancien ou le Nouveau testament? » « Probablement les deux à égalité », répond Donald Trump.
Alliance avec les évangéliques
S’il n’a rien d’une grenouille de bénitier, le candidat Trump comprend très vite qu’il a tout intérêt à rallier à lui les milieux religieux conservateurs, en particulier les protestants évangéliques qui représentent 20% des Américains.
« Donald Trump mobilise une idéologie nationaliste sur fond de christianisme et donne des gages sur les questions de société comme l’avortement, le genre ou le ‘wokisme' », explique à BFM François Mabille, directeur de l’Observatoire géopolitique du religieux à l’institut Iris.
Le président américain a ainsi nommé à la Cour suprême des juges conservateurs qui ont accordé une victoire historique aux évangéliques en révoquant en 2022 le droit fédéral à l’avortement. Il a aussi pris diverses mesures promouvant la « liberté religieuse », notamment au sein des agences fédérales, où l’administration Trump autorise désormais les fonctionnaires à faire du prosélytisme auprès de leur collègues.
En retour, Donald Trump bénéficie du soutien d’une communauté dévouée – 82% des évangéliques blancs ont voté Trump en 2024 – et aussi très influente. « Les évangéliques représentent un mouvement puissant financièrement et à la portée internationale, disposant de relais médiatiques forts sur les réseaux sociaux et à la télévision avec les télévangélistes », détaille François Mabille.
Coutumier des propos vulgaires et misogynes, condamné pour agression sexuelles, peu ou pas pratiquant: le profil de Donald Trump paraît éloigné de celui du croyant modèle. Peu importe pour de nombreux chrétiens réactionnaires, qui voient en lui la bonne personne pour faire avancer leurs idées. « Ils ont fait un deal », résume François Mabille.
Donald Trump, « instrument » de Dieu
Chez les évangéliques, une frange plus radicale et mystique voit toutefois les choses autrement. Selon eux, Donald Trump est plus qu’un homme politique, une figure messianique venu sauver l’Amérique. Sur certains médias, on présente le milliardaire comme un « instrument » divin. « La main de Dieu est sur lui et il ne peut pas être arrêté », assurait le prédicateur Lance Wallnau en 2024 avant l’élection présidentielle.
Paula White, une télévangéliste devenue très proche de Donald Trump, le compare même à Jésus: « Vous avez été trahi, arrêté, et accusé à tort. C’est un schéma familier, que notre Seigneur et Sauveur nous a déjà montré. Mais cela ne s’est pas arrêté là pour Lui, comme pour vous », a-t-elle déclaré en avril dernier.
Ce récit s’est trouvé renforcé par la tentative d’assassinat à laquelle Donald Trump a miraculeusement réchappé. « Cela a changé quelque chose en moi… Je me sens encore plus fort. Je croyais en Dieu, mais j’y crois beaucoup plus fermement », assure Donald Trump.
Ce discours de renaissance (born again), typique de l’imaginaire évangélique, « rapproche Trump des communautés conservatrices qui sont attentives à toute déclaration d’un renouvellement de la foi ; il se présente ainsi comme l’un d’eux, et non plus seulement comme un de leurs alliés politiques », expliquent les chercheuses en sciences politiques Laurie Boussaguet et Florence Faucher sur The Conversation.
Une vision clivante de la religion
Depuis son retour au pouvoir, la politique de Donald Trump se recouvre d’un vernis religieux toujours plus épais, mais aussi plus identitaire. Là où les anciens présidents scandaient « God bless America » comme un slogan rassembleur, Donald Trump incarne une vision de la religion plus clivante qu’un simple conservatisme religieux.
« Il active un discours politique très binaire du ‘nous’ contre ‘les autres’, et ‘nous’, ce sont les blancs chrétiens », décrypte le spécialiste des religions François Mabille.
Plus qu’un moteur, la religion est pour Donald Trump une arme qu’il utilise pour mener une guerre culturelle aux démocrates. Le président américain affirme ainsi que les chrétiens étaient « persécutés » sous la présidence de Joe Biden, pourtant fervent catholique.
Pour y remédier, le président a signé un décret pour lutter contre les « préjugés anti-chrétiens » dans l’administration, et surtout créé un tout nouveau « bureau de la foi ». Placé au plus près du pouvoir, cet organe aux mains des évangéliques conseille le président sur les questions religieuses et a autorité sur l’octroi de subventions publiques à des institutions religieuses.
Le bureau est dirigé par la conseillère spirituelle de Donald Trump, Paula White. Cette prédicatrice exubérante, qui s’était illustrée en 2020 par un prêche enflammé en soutien à son candidat, a grandement œuvré au rapprochement entre le président américain et la galaxie évangélique, autrefois davantage attirée par d’autres candidats républicains comme le sénateur texan Ted Cruz.
Parmi les très nombreuses chapelles évangéliques qui orbitent désormais autour du président américain figure celle du dominionisme. Ce mouvement affirme que les chrétiens doivent exercer leur domination dans les différentes couches de la société: la famille, la religion, l’éducation, les médias, le divertissement et surtout le gouvernement.
« Selon les interprétations, cette domination passe soit par l’établissement d’une théocratie, c’est-à-dire d’un État chrétien non-démocratique, soit par une répercussion par le bas via les institutions médiatiques et politiques », explique François Mabille.
Des fondations chrétiennes fantasmées
Certains prédicateurs proches du président ont aussi « une conséquence extrêmement forte sur la politique pro-israélienne de Trump », ajoute François Mabille, de nombreux évangélistes voyant dans le soutien à l’État hébreu un accomplissement de prophéties bibliques.
En institutionnalisant « la présence des religieux conservateurs au sein du gouvernement fédéral », l’administration Trump « révèle que le pouvoir entend désormais tirer sa légitimité du soutien privilégié d’une communauté identifiée, plutôt que des procédures démocratiques », estiment les chercheuses Laurie Boussaguet et Florence Faucher.
Selon elles, le bureau de la foi remet aussi « en question la séparation de l’Église et de l’État aux États-Unis ». En effet, « le premier amendement de la Constitution des États-Unis interdit l’établissement d’une église officielle », rappelle sur le site de Sciences Po le politologue Denis Lacorne, qui explique comment Donald Trump fantasme le caractère chrétien de la nation américaine.
« Pour Trump et son entourage, les textes fondateurs de la République américaine auraient tous une origine biblique et pour mieux asseoir cette reconstruction du passé américain, Trump a publié la God Bless the USA Bible qui regroupe la Bible protestante, la Déclaration d’indépendance et la Constitution de 1787, le tout accompagné du texte de la chanson de Lee Greenwood, God Bless the USA (1984) », détaille ce spécialiste des États-Unis.
« Un blasphème grossier »
Autoproclamé défenseur des chrétiens, Donald Trump n’a pourtant pas hésité à s’en prendre à l’un de ses plus hauts représentants, le pape Léon XIV. Déjà très opposé à François, qui avait critiqué la violence de sa politique anti-migrants, le président américain a violemment attaqué son successeur, coupable à ses yeux de ne pas soutenir sa guerre unilatérale contre l’Iran. Le message qu’il a publié sur son réseau Truth a choqué de nombreux catholiques américains, y compris les plus conservateurs.
En insultant ainsi le chef de quelque 70 millions de fidèles américains, Donald Trump risque de se mettre à dos un électorat qu’il était parvenu à rallier en 2024, notamment grâce à son vice-président J.D. Vance, récemment converti au catholicisme.
« Son message est très mal passé, d’autant que le pape est américain », pointe auprès de BFM Lauric Henneton, spécialiste des États-Unis. « Quand c’était le pape François, à la limite, c’était un pape argentin, un peu lointain, et qui en plus avait ce côté pro-migrant insupportable aux yeux de la droite maga. Avec Léon XIV, c’est différent », ajoute le maître de conférences à l’université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines.
Au-delà des seuls catholiques, l’image représentant Donald Trump en Jésus a braqué les chrétiens d’une manière générale, y compris les plus fidèles supporters de Donald Trump. « C’est un blasphème grossier. La foi n’est pas un accessoire », a ainsi fustigé l’influenceur MAGA Brilyn Hollyhand. L’ex-élue républicaine Marjorie Taylor-Greene, qui a récemment rompu avec Donald Trump, est allée encore plus loin. « C’est plus qu’un blasphème. C’est l’esprit de l’Antéchrist », a-t-elle lancé sur X, reprenant une expression utilisée par d’autres partisans MAGA.
« Usure » dans l’électorat religieux
Les évangéliques blancs restent parmi les plus fervents partisans de Donald Trump, mais leur soutien à sa politique est tombé de 66% à 58% en un an, selon une étude du Pew Resarch center publiée en février dernier. Un risque politique dont Donald Trump semble avoir pris conscience en retirant l’image problématique.
Pour Lauric Henneton, ces controverses révèlent la véritable nature du rapport de Donald Trump à la foi chrétienne, purement électoraliste. « Donald Trump est son propre prophète. Il n’a qu’une seule religion, c’est lui et le dollar », assure-t-il.
À quelques mois des élections de mi-mandat, l’heure est d’autant plus grave que la popularité du président au sein de sa base MAGA est déjà fragilisée par la guerre en Iran et l’affaire Epstein. Reste à savoir si l’extraordinaire résilience politique de Donald Trump va lui permettre, une nouvelle fois, de passer entre les gouttes.
« Ce n’est pas parce qu’il y a polémique qu’il y aura désertion électorale », prévient l’américaniste Lauric Henneton, qui reconnaît toutefois une « usure » dans l’électorat religieux. Selon le spécialiste, un élément jouera en la faveur du républicain: « même s’ils ne l’aiment pas, beaucoup de conservateurs voteront toujours pour Trump, parce qu’en face, ce sont les démocrates ».
Source : www.bfmtv.com
Conclusion : L'équipe continuera de suivre cette situation et partagera les développements.

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