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19 avril 2026Analyse : Cette actualité a retenu notre attention et mérite quelques remarques.
Notre rédaction a sélectionné quelques points clés concernant « La tragédie de mon pays, le Soudan, est tombée dans l’oubli général ».
Éléments à garder en tête
La notion de “foyer”, le observation de se sentir chez soi, a toujours évoqué deux choses pour moi. D’une part, les lieux de mon enfance, au Soudan : les murs granuleux de ma chambre, les effluves des plats que cuisinait ma mère, le couinement du ventilateur au plafond qui repoussait la chaleur écrasante de l’été. De l’autre, le postulat tacite et fragile que cette terre sur laquelle nous vivions était immuable. Mais le 15 avril 2023, la guerre a fait voler ces deux réalités en éclats.
En trois ans, j’ai vu cette tragédie passer de la une des journaux à de simples appels à la mobilisation, avant de tomber dans l’oubli général. Sur place, pourtant, le bilan du conflit s’apparente à une liste exhaustive de la misère humaine dans ce qu’elle a de pire : la plus grande crise des déplacés du monde – avec près de 13 millions de civils forcés d’abandonner leur maison, soit un Soudanais sur trois –, sur fond d’insécurité alimentaire dramatique, d’innombrables faits de violence envers les femmes et les enfants, et d’actes relevant indiscutablement du génocide.
Le peuple soudanais n’attend pas qu’on vienne le sauver
Accaparée par d’autres atrocités, la majeure partie de la communauté internationale s’est détournée de cette tragédie. Mais le peuple soudanais n’attend pas qu’on vienne le sauver. Dans l’ombre du mépris international, et face à cette terrible cruauté, nous avons développé nos propres moyens de survie. Loin d’être pittoresque ou photogénique, le résultat est confus, épuisant et horriblement lent. Mais notre capacité de résilience est bien réelle, preuve s’il en est que nous ne nous laisserons pas terrasser par la souffrance.
La situation déplorable du Soudan n’est pas le résultat de sa pauvreté, mais du pillage de ses ressources. Aujourd’hui, c’est l’or qui attire toutes les convoitises, car les gisements soudanais figurent parmi les plus importants du continent africain. Et cette guerre a fait basculer la bataille des ressources dans une brutalité sans précédent.
Après la révolution de 2019 et le renversement du dictateur [Omar Al-Bachir], l’armée régulière soudanaise et les Forces de soutien rapide (FSR), une milice paramilitaire, ont trouvé une fragile entente sur le partage des pouvoirs. Mais les FSR, issues des milices janjawids responsables du génocide au Darfour au début des années 2000, avaient bien du mal à s’accommoder de l’autorité exercée par l’armée. Les tensions entre les deux groupes et leurs dirigeants sont allées crescendo, jusqu’à l’éclatement d’une guerre ouverte, en avril 2023.
Plusieurs puissances étrangères se sont alors immiscées dans le conflit. Tandis que la plupart des pays de la région se rangeaient du côté de l’armée régulière, les Émirats arabes unis (EAU), déjà proches des FSR, ont vite pris parti pour la milice. Car cette dernière pouvait leur offrir ce qu’ils désiraient par-dessus tout : un accès direct à la mer Rouge et aux mines d’or. Depuis le début de la guerre, les marchés de Dubaï sont submergés d’or importé clandestinement, qui scintille dans le tout nouveau Gold District de la métropole émiratie. Les EAU auraient même participé au recrutement de mercenaires colombiens venus combattre aux côtés des FSR.
Le peuple soudanais n’est pas en guerre
Les commentateurs étrangers parlent souvent de “guerre civile” au Soudan. Cette étiquette est bien commode : elle permet au grand public de cataloguer le pays comme le théâtre d’une énième tragédie africaine inextricable, trop difficile à comprendre, et trop lointaine pour revêtir une véritable importance. Mais les drones émiratis et les mercenaires étrangers n’ont rien de très soudanais. La situation de mon pays est on ne peut plus emblématique de notre époque : une bataille pour des ressources menée par alliés interposés, dans l’indifférence générale.
Ceux qui fuient la violence ont été bien mal reçus. Les pays occidentaux, qui avaient simplifié le processus de demande de visa pour les réfugiés ukrainiens et syriens, n’ont pas étendu la politesse aux Soudanais.
Alors nous avons dû nous débrouiller seuls, selon le principe du nafeer, mot d’arabe soudanais désignant la solidarité au sein d’une communauté : quand vient l’heure des récoltes, tous les villageois viennent prêter main-forte ; quand une habitation est ravagée par une crue du Nil, chacun participe à sa reconstruction. Ces dernières années, le nafeer s’est répandu comme une traînée de poudre – dans le bon sens du terme.
Au sein de la diaspora, des groupes WhatsApp parviennent désormais à rassembler plusieurs milliers de dollars du jour au lendemain. Au pays, de jeunes bénévoles coordonnent des cuisines collectives d’urgence et la livraison de repas aux familles qui n’ont rien avalé depuis des jours. Dans les zones contrôlées par les FSR, les médecins soignent les blessés au péril de leur vie.
La plupart des agences d’aide internationales, entravées par leur fonctionnement bureaucratique et leurs protocoles de sécurité, se sont repliées dans la sécurité relative de Port-Soudan [sur les rives de la mer Rouge]. Mais les bénévoles soudanais, malgré des moyens dérisoires et l’absence quasi totale de reconnaissance de leur travail, parviennent à atteindre les régions inaccessibles aux Nations unies. Eux n’attendent pas de permission pour agir. Ils n’attendent pas d’éventuel cessez-le-feu. Ils font simplement ce que les Soudanais ont toujours fait : se soutenir les uns les autres. Voilà ce que le monde semble incapable de voir. Notre refus obstiné de capituler face à notre triste sort.
Le peuple soudanais rebâtira sur ses ruines
Cet état d’esprit est particulièrement flagrant à Khartoum. Lorsque l’armée a repris la capitale aux FSR, l’an dernier, nul ne s’attendait à voir revenir les habitants. Et pourtant. Plus de 1 million de déplacés sont rentrés à Khartoum depuis, pas parce que la capitale est sûre ni intacte, mais parce que cette ville est la leur. En février, l’aéroport international a accueilli son premier vol de la compagnie Sudan Airways depuis près de trois ans, avec 160 passagers à bord. Un signe discret, mais hautement symbolique, que la vie reprenait ses droits dans la capitale.
La guerre n’est pas finie. Les FSR, malgré les efforts de l’armée régulière pour contrer leur progression, contrôlent désormais la quasi-totalité du Darfour, dans l’ouest du Soudan. En avril [2025], la milice a revendiqué la mise en place d’un gouvernement parallèle, dit “de paix et d’unité”. Un nom des plus paradoxaux quand on connaît la brutalité de ce groupe : après avoir exécuté des milliers de civils dans des massacres ethniques, voilà que la milice prétend gouverner au nom de la paix.
La guerre en Iran, et sa propagation jusqu’aux EAU, a rebattu les cartes. Abou Dhabi, qui attisait autrefois les flammes de la guerre au Soudan, voit soudain son propre territoire menacé, comme pour nous rappeler que ceux qui profitent du chaos parviennent rarement à le maîtriser bien longtemps. Cette diversion pourrait apporter un peu de répit au Soudan. Mais, quoi qu’il advienne, le peuple soudanais – tenace, jamais à court d’idées, et d’une résistance à toute épreuve – ne baissera pas les bras.
Nous savons ce que nous avons perdu. Et nous rebâtirons sur ces ruines pour nous sentir à nouveau chez nous.
Source : www.courrierinternational.com
Conclusion : Nous continuerons de surveiller cette situation pour vous informer.

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