
le leader démocrate, Hakeem Jeffries, réagit au renvoi de la ministre de la Sécurité intérieure
5 mars 2026
Guerre au Moyen-Orient: "Le régime iranien essaye, en bombardant tous azimuts, de provoquer une crise économique internationale", estime Bernard Guetta, député européen Renew
5 mars 2026Madrid est à couteaux tirés avec Washington. Après avoir refusé l’accès aux États-Unis à ses bases militaires situées en Andalousie, le gouvernement espagnol a campé sur ses positions, mercredi 4 mars, et démenti « catégoriquement » toute intention de collaborer avec les États-Unis, après les déclarations de la Maison Blanche annonçant une volte-face espagnole.
« L’Espagne a été terrible » et « très, très peu coopérative », a lancé, mardi, Donald Trump, en menaçant de suspendre tous les échanges commerciaux entre Washington et Madrid. « Non à la guerre ! Nous ne serons pas complices », lui a répondu, mercredi, le Premier ministre espagnol, Pedro Sanchez, lors d’une allocution télévisée.
Alors qu’elle a longtemps été considérée comme pilier fiable de l’Otan, l’Espagne a de nouveau revendiqué son choix de dire « Non à la guerre ! », un slogan déjà martelé par les socialistes espagnols lors de l’invasion américaine en Irak en 2003.
France 24 a recueilli à ce sujet l’éclairage de Laura Ruiz de Elvira, politiste espagnole chargée de recherche à l’Institut de recherche pour le développement (IRD).
France 24 : Comment expliquez-vous que l’Espagne soit le seul pays européen à s’opposer frontalement à l’offensive américano-israélienne contre l’Iran ?
Laura Ruiz de Elvira : Le « Non à la guerre ! » du gouvernement socialiste de Pedro Sanchez est en effet une position unique au niveau des gouvernements européens, mais pas au niveau des groupes parlementaires européens de gauche qui sont aussi opposés à l’intervention en Iran.
Au-delà de la dénonciation du non-respect du droit international et de la résolution des conflits et des tensions par la guerre, le chef du gouvernement espagnol a, concrètement, refusé que l’aviation américaine puisse avoir accès à ces deux bases militaires, l’une aérienne et l’autre navale, au motif que leur utilisation serait contraire aux accords de coopération militaire de 1953 signés par les deux pays, sous Franco.
Ce refus de la guerre, que Sanchez qualifie de « dangereuse » et « injustifiée », s’inscrit dans un contexte plus large de mois de tensions entre les deux pays. Les positions critiques du gouvernement espagnol sur le soutien américain à Israël et sur la répression sanglante israélienne à Gaza qu’il a qualifiée de « génocide » ont déclenché la colère de Washington, tout comme l’annulation par le gouvernement Sanchez, en août 2025, d’un contrat de 6,25 milliards d’euros pour l’achat de nouveaux avions de chasse. Les tensions n’ont fait qu’empirer après que l’Espagne a ensuite interdit, en septembre 2025, le transit d’avions et de navires militaires américains transportant des armes, des munitions ou des équipements destinés à Israël via ses bases. Sans oublier, le désaccord majeur sur l’augmentation de 5 % des dépenses militaires des pays de l’Otan exigée par Trump à laquelle Pedro Sanchez s’est opposé.
À lire aussiEn direct : la panique gagne la banlieue sud de Beyrouth, Trump veut choisir le prochain dirigeant iranien
Comment expliquez-vous cette singularité de la position espagnole sur le plan historique ?
L’Espagne a une certaine autonomie critique vis-à-vis des États-Unis et d’Israël, parce qu’elle a peu d’interêts au Moyen-Orient et parce qu’elle se sent historiquement moins liée aux Américains que d’autres pays européens qui leur doivent leur libération à la fin de la Seconde Guerre mondiale. D’autre part, le poids militaire de l’Espagne est limité. Elle n’a pas une armée et une marine importantes comme la France. Le coût est moindre que pour d’autres pays européens.
Quelle lecture faites-vous de ce « Non à la guerre ! » de Pedro Sanchez ?
Sanchez a récupéré le « Non à la guerre ! » prononcé par le socialiste José Luis Zapatero après l’invasion américaine de l’Irak en 2003. Ce slogan lui avait permis de remporter les élections législatives en 2004, contre le président du gouvernement de droite sortant, José Maria Aznar, qui avait suivi les Américains et Britanniques en envoyant 1 300 soldats espagnols en Irak. Cette récupération politique permet aujourd’hui à Sanchez de rappeler que la guerre en Irak de 2003 « n’avait produit qu’une grande insécurité, une augmentation du terrorisme jihadiste, une crise migratoire et une montée des prix de l’énergie ». En d’autres termes, que rien de bon n’était sorti de ce conflit et que rien de bon ne sortira de l’intervention en Iran.
Dans quelle mesure ce « en même temps » de Pedro Sanchez, qui s’oppose à la fois à une intervention militaire israélo-américaine menée « hors de toute légalité » et à « un régime odieux comme celui d’Iran », peut-il lui profiter sur le plan politique intérieur ?
Dans la mesure où la société espagnole est traversée par une forte hostilité à Israël, comme l’ont montré les nombreuses manifestations massives contre le « génocide » à Gaza, Pedro Sanchez a tout intérêt à tenir cette ligne. Ce d’autant plus qu’il est à la tête d’un gouvernement de coalition de gauche, avec des alliés plus à gauche que lui, qui l’ont critiqué pour ne pas avoir fermé les bases militaires en Andalousie. Sachant que l’opinion espagnole est dans son ensemble contre la guerre en général, et contre l’intervention en Iran en particulier. Il sait qu’il a tout gagné en s’érigeant en défenseur du droit international.
Tenir cette ligne lui permet enfin de neutraliser la droite espagnole qui est divisée sur Israël. Sous pression, le chef du Parti populaire, Alberto Nunez Feijoo, a été contraint de reconnaître, en octobre, devant le Parlement, que le « massacre » à Gaza devait cesser, tandis que la présidente de la communauté de Madrid, Isabel Diaz Ayuso, qui incarne l’aile dure du parti, a ordonné le retrait des drapeaux et des messages de soutien à Gaza dans les écoles madrilènes.
À lire aussiPourquoi l’Espagne régularise 500 000 migrants sans papiers
Longtemps pilier fiable – quoique parfois réticent – de l’Otan, l’Espagne ne risque-t-elle pas de payer le prix fort de ce refus dès lors que l’administration Trump l’a menacé d’un blocus commercial ?
L’UE, ainsi que de nombreux gouvernements européens, comme la France, ont d’ores et déjà exprimé leur soutien face à cette menace commerciale. Au-delà de cette preuve de solidarité, l’Espagne peut compter sur l’instrument anti-coercition (IAC), règlement entré en vigueur en 2023, qui vise à protéger l’UE et ses États membres contre la coercition économique exercée par des pays tiers. On peut penser que la décision de cesser les échanges commerciaux entre l’Espagne et les États-Unis restera de l’ordre de la menace, comme souvent avec Trump. Les États-Unis n’ont pas vraiment d’intérêt à rompre les relations commerciales avec l’Espagne, qui sont plutôt bonnes.

9999999
.avif)