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Notre équipe met en lumière les éléments clés de « “Il est très important que la voix des Cubains soit entendue” ».
Les faits essentiels
COURRIER INTERNATIONAL : Pour quelle raison avez-vous décidé de lancer cette vaste enquête d’opinion ?
JOSÉ NIEVES : Depuis le 3 janvier et l’intervention des États-Unis au Venezuela, l’administration Trump a accentué les sanctions et la pression sur Cuba pour provoquer un changement de régime. Nous savons que des négociations sont en cours entre le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, et le petit-fils de Raúl Castro, mais nous ne savons rien de leur contenu.
Nous sommes inquiets à l’idée que l’avenir de Cuba se décide sans que la société civile ait une chaise à cette table. Il est très important que la voix des Cubains soit entendue et donc que l’on sache ce qu’ils pensent.
Quelles sont les principales difficultés que vous avez rencontrées ?
La première est bien sûr l’existence d’un gouvernement dictatorial au pouvoir à Cuba qui empêche de récolter l’opinion de la population. Nous savons que notre enquête, fondée sur l’anonymat, souffre d’un biais d’autosélection, puisqu’elle récolte principalement l’opinion de gens qui lisent des médias indépendants d’opposition démocratique. Nous avons toutefois essayé de contrer ce biais en offrant la possibilité aux participants de gagner des recharges de téléphone portable, afin de mobiliser des personnes qui n’ont pas l’habitude de s’exprimer.
Nous avons aussi remarqué une surreprésentation de La Havane, sans doute parce que c’est la région où il y a le moins de pannes d’électricité, ainsi qu’une surreprésentation d’universitaires et de la tranche d’âge comprise entre 26 à 54 ans. Par ailleurs, si les données de géolocalisation nous indiquent que 58 % de ceux qui ont répondu se trouvaient à Cuba, nous savons qu’une partie de ceux qui étaient géolocalisés ailleurs étaient sans doute eux aussi à Cuba mais ont dû utiliser des VPN pour déjouer la censure du régime.
Car la page qui héberge votre enquête d’opinion a été bloquée à Cuba…
Effectivement. Nous nous sommes associés avec une vingtaine de médias qui ont fait la promotion de ce sondage, et rapidement le gouvernement a décidé de nous attaquer et de bloquer l’accès à la page de l’enquête. Les Cubains qui disposaient d’un téléphone récent avec les dernières mises à jour des principaux navigateurs pouvaient tout de même y accéder, mais, pour les autres, il fallait un VPN.
Priorité aux libertés civiles et politiques
Près de 42 000 Cubains ont répondu à l’enquête réalisée par El Toque, selon les données rendues disponibles en temps réel sur Internet. Quelque 58 % sont des personnes géolocalisées sur l’île des Caraïbes, et 42 % vivent ailleurs. Pour 80 %, Cuba a besoin de “s’acheminer vers un modèle capitaliste de démocratie libérale et d’économie de marché”. Mais 10,6 % souhaitent “combiner des éléments socialistes et capitalistes”, et 6,7 % plaident pour un “modèle capitaliste avec un gouvernement fort et sans multipartisme”.
Les trois principales préoccupations des Cubains sont le manque de libertés civiles et politiques, mentionné par 82,2 % d’entre eux, l’inefficacité et l’immobilisme du gouvernement (74,8 %) et la crise économique et les pénuries de biens de première nécessité (52,7 %). Alors même que, dans la rue cubaine, la crise, les pénuries et les coupures d’électricité apparaissent de loin comme la principale préoccupation des habitants.
Les personnalités qui récoltent le plus d’opinions favorables appartiennent à la droite dure. Le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, est celui dont la cote de popularité est la plus haute (3,9 sur 5), devant Donald Trump (3,4). De manière spontanée, les participants à l’enquête ont mentionné Nayib Bukele et Javier Milei comme références. À 47 %, ils sont favorables au maintien de l’embargo américain sur Cuba jusqu’à ce que le régime soit changé, et 61 % souhaitent une intervention militaire. Des positions dures, proches de ce qu’a coutume de défendre la diaspora cubaine à Miami.
Les résultats dressent-ils, selon vous, un portrait général de la population ? Avec 94 % de personnes “très insatisfaites” du régime castriste et 61 % favorables à une intervention armée des États-Unis, il semble plus donner des indications sur l’opposition.
Il est évident que les défenseurs du régime ont décidé de ne pas y répondre. Cette enquête est un geste civique qui n’a donc pas une valeur représentative de toute la société cubaine. Mais elle reste importante dans le contexte cubain. Contrairement à ce que veut faire croire le régime, les opposants aux régimes ne sont pas rares et isolés, et ce sondage leur permet de s’en rendre compte.
Si le régime compte toujours un noyau dur de militants, de fonctionnaires, de militaires qui le soutient, sa vision nationaliste souverainiste n’est plus majoritaire, et si demain il y avait une intervention des États-Unis, comme au Venezuela, nous sommes convaincus qu’ici non plus personne ne sortirait dans la rue pour défendre le régime. Ce sondage nous montre aussi qu’il existe de nouveaux consensus à Cuba autour d’un besoin urgent de changement, de liberté et il constitue un plébiscite en faveur d’un système de démocratie libérale avec une économie de marché.
Certaines déclarations de Marco Rubio ont laissé entendre que le gouvernement des États-Unis pourrait privilégier un scénario de type vénézuélien, avec une ouverture économique plus que démocratique et un maintien de la famille Castro au pouvoir.
C’est le scénario le plus probable, alors même que nous voyons dans notre enquête que les gens signalent le manque de liberté comme le principal problème à Cuba, devant même la crise économique. Cette solution ne serait pas satisfaisante, mais si elle est présentée comme un processus de transition vers la démocratie elle sera acceptée, à condition que l’appareil répressif soit anéanti.
Le peuple cubain ne veut plus être pris en otage de ce régime. Trois millions de Cubains ont abandonné l’île – 20 % de la population en quatre ans –, et la seule chose qu’ils veulent c’est récupérer leur pays. Pour le moment, le régime n’a cédé sur rien : les prisonniers politiques sont toujours emprisonnés, la répression continue et c’est la seule chose qui l’empêche de s’écrouler. Son plan est de faire durer les négociations le plus longtemps possible et survivre jusqu’aux élections de mi-mandat [aux États-Unis] en espérant que Trump soit ensuite empêché de gouverner.
Cuba pourra-t-elle tenir jusque-là, sans pétrole, sans touristes, sans électricité, avec des pénuries de médicaments et d’aliments ?
La situation est très difficile pour les Cubains, mais c’était déjà le cas avant l’intervention de Trump au Venezuela. Le régime a investi des millions d’euros dans des hôtels de luxe au lieu de remettre en état le système électrique et l’agriculture. À présent que presque aucun bateau de pétrole n’arrive, que le régime n’a plus d’allié étranger grâce auquel vivre, comme le furent l’URSS et le Venezuela, il lui faut négocier. En attendant, Cuba survit grâce aux envois de nourriture et de médicaments et aux transferts de devises que réalise la diaspora.
Et les États-Unis contrôlent leur pression pour éviter une famine à 140 kilomètres de leurs côtes : ils permettent aux quelques entreprises privées cubaines d’importer du carburant et de la nourriture et ont laissé entrer un pétrolier russe.
Pour réaliser votre sondage, vous vous êtes alliés avec des médias cubains indépendants, comme El Estornudo, 14ymedio, CiberCuba, Periodismo de Barrio, Rialta, La Hora de Cuba ou Café Fuerte, ainsi qu’avec des youtubeurs et des personnalités de la société civile : ce genre de collaboration est-elle fréquente ?
Ce n’est pas fréquent, mais c’est déjà arrivé pour surveiller la libération de prisonniers politiques annoncée à la fin du gouvernement de Joe Biden. Dans le cas présent, nous avons créé une coalition ad hoc entre des personnes et des médias qui parlent à la population cubaine pour créer un espace de libre expression.
Source : www.courrierinternational.com
Conclusion : Cette situation sera observée de près par nos journalistes.

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