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6 mai 2026Haïti: ce qu’il faut savoir du procès sur l’assassinat de l’ancien président Jovenel Moïse
Analyse : Notre équipe offre une vue générale sur cette actualité récente.
Quelques observations clés de notre rédaction sur « Haïti: ce qu’il faut savoir du procès sur l’assassinat de l’ancien président Jovenel Moïse ».
Les éléments principaux
À Miami, aux États-Unis, le procès sur l’assassinat de l’ancien président haïtien Jovenel Moïse, assassiné le 7 juillet 2021, entre dans sa dernière ligne droite, avec des plaidoiries finales cette semaine. Les attentes autour de cette procédure américaine étaient particulièrement élevées, d’autant que l’enquête menée en Haïti reste au point mort.
Dans la nuit du 6 au 7 juillet 2021, le président haïtien Jovenel Moïse est abattu à son domicile de Port-au-Prince par un commando armé composé d’une vingtaine d’hommes, dont une majorité d’anciens militaires colombiens. Son épouse est, elle, grièvement blessée lors de l’attaque, et transférée aux États-Unis pour y être soignée.
Ce meurtre a contribué à accélérer l’effondrement institutionnel du pays et à plonger Haïti dans une spirale de violence. Aujourd’hui, les gangs contrôlent environ 90 % de la capitale, Port-au-Prince L’enquête, aux ramifications internationales, met progressivement en lumière un complot complexe, impliquant à la fois des acteurs haïtiens et étrangers, des circuits financiers opaques et des sociétés de sécurité basées aux États-Unis.
Deux procédures judiciaires sont alors ouvertes en parallèle : l’une aux États-Unis, l’autre en Haïti. En juin 2023, un premier suspect, Rodolphe Jaar, ancien trafiquant de drogue devenu informateur de l’Agence américaine de lutte contre les stupéfiants (Drug enforcement administration, DEA), est condamné à la prison à perpétuité à Miami après avoir reconnu avoir fourni des armes et des munitions au commando.
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Deux procédures, deux objectifs
Le procès en cours à Miami ne couvre qu’une partie de l’affaire. La justice fédérale américaine s’est saisie du dossier avec un objectif précis : juger les personnes ayant un lien avec les États-Unis dans ce complot.
Il s’agit d’un procès pénal classique, avec un jury, centré sur la responsabilité individuelle des accusés. Ceux-ci sont liés à des activités en Floride, notamment à travers une société de sécurité privée. Le champ est donc volontairement limité : les procureurs cherchent à démontrer leur culpabilité, sans reconstituer l’ensemble du complot.
En Haïti, l’enquête est théoriquement plus large. Elle vise à répondre aux questions centrales : qui a planifié l’assassinat, avec quels soutiens politiques et financiers ?
Mais cette procédure est fortement fragilisée par la situation du pays. Depuis 2021, plusieurs juges d’instruction se sont succédé, certains ayant été contraints d’abandonner le dossier sous la pression ou les menaces. L’enquête a ainsi été ralentie à de nombreuses reprises.
Des dizaines de personnes ont été inculpées, dont des policiers, des membres de la sécurité présidentielle et des figures politiques. Parmi elles, Joseph Félix Badio, souvent présenté comme un acteur clé du complot. Arrêté après une longue cavale, son rôle précis reste encore à établir.
Qui sont les accusés à Miami ?
Quatre hommes sont jugés dans ce procès fédéral : le Colombien Arcángel Pretel Ortiz, l’Américain Antonio Intriago — tous deux à la tête de la société de sécurité CTU —, James Solages, employé de cette entreprise, et Walter Veintemilla, courtier en prêts hypothécaires.
Ils sont accusés d’avoir participé à l’organisation et au financement d’un complot visant, dans un premier temps, à enlever Jovenel Moïse, avant que celui-ci ne se transforme en assassinat, selon l’accusation. Ils encourent la prison à perpétuité en cas de condamnation.
Le procès d’un cinquième suspect, l’ancien pasteur Christian Emmanuel Sanon, a été reporté pour des raisons médicales.
Par ailleurs, plusieurs personnes ont déjà été condamnées aux États-Unis après avoir plaidé coupable. Certaines purgent des peines de prison à vie, tandis qu’une autre a été condamnée à neuf ans de prison pour avoir fourni du matériel sans connaître, selon elle, la nature exacte du projet.
Selon les enquêteurs, le sud de la Floride a joué un rôle clé dans la préparation du complot. Des sociétés liées aux accusés, comme CTU ou Worldwide Capital Lending Group, auraient servi de plateformes logistiques et financières.
À un moment donné, Christian Emmanuel Sanon aurait même été envisagé comme successeur de Jovenel Moïse, ce qui renforce l’idée d’un projet initialement politique.
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De multiples zones d’ombres
Pendant huit semaines, les jurés ont entendu de nombreux témoins : la veuve du président, des accusés ayant accepté de coopérer avec la justice, ainsi que des experts. Le procès a mis en lumière deux versions radicalement opposées.
Les procureurs défendent l’idée d’une conspiration structurée, d’abord destinée à enlever le président, puis transformée en assassinat, notamment pour des raisons financières.
La défense, elle, avance une thèse complètement différente : selon ses avocats, Jovenel Moïse aurait été tué par ses propres gardes, et les mercenaires colombiens participaient à une opération légale.
Pour Jake Johnston, chercheur spécialiste d’Haïti, le procès n’a pas apporté de révélations majeures. Il a surtout permis de préciser certains éléments : des échanges entre les acteurs, des déplacements, une chronologie plus détaillée. Mais il ne modifie pas fondamentalement la compréhension globale de l’affaire.
La question du cerveau de l’opération reste entière. Plusieurs témoins ont pointé du doigt Joseph Félix Badio, mais celui-ci n’a jamais été interrogé par les autorités américaines. Le procès apparaît donc, par nature, incomplet : certains acteurs clés échappent à cette juridiction.
Un complot en constante évolution
Les audiences confirment qu’il ne s’agissait pas d’un plan figé. Le projet aurait évolué au fil du temps : d’une opération politique visant à remplacer le président, il aurait progressivement dérivé vers un assassinat.
Mais de nombreuses zones d’ombre subsistent, notamment sur la chaîne de commandement et sur la décision finale. Un flou qui se répercute aussi sur le plan financier. Autre point troublant : le financement. Les montants identifiés, entre 300 000 et 350 000 dollars, paraissent faibles pour une opération de cette ampleur.
Ces fonds auraient servi à couvrir des dépenses logistiques, comme les hôtels, les déplacements ou les paiements en liquide. Cela laisse penser que d’autres sources de financement restent inconnues.
Le procès a aussi suscité des interrogations sur le rôle des États-Unis. Selon Jake Johnston, plusieurs participants au complot pensaient bénéficier d’un soutien implicite des États-Unis, en raison de contacts avec des informateurs ou des interlocuteurs américains.
Aucune preuve ne confirme cette hypothèse, mais cette perception aurait pu jouer un rôle dans le passage à l’acte. Le chercheur exclut toute implication directe de Washington, tout en évoquant des défaillances possibles dans la vigilance des autorités.
Un procès nécessaire, mais partiel
En définitive, le procès de Miami ne pouvait pas, à lui seul, établir toute la vérité. Il s’agit d’une procédure ciblée, limitée aux individus ayant un lien avec les États-Unis. Même en cas de condamnation, elle ne permettra pas de reconstituer l’ensemble du complot ni d’identifier clairement tous les responsables.
Une étape importante, donc, mais loin d’être suffisante pour comprendre pleinement l’assassinat de Jovenel Moïse.
Source : www.rfi.fr
Conclusion : Les évolutions seront analysées par notre équipe pour vous tenir informés.

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