
« L’ange de la mort » : un ancien directeur de prison libyen devant la CPI
20 mai 2026En Libye, “l’ange de la mort” face à la CPI
20 mai 2026Analyse : Notre équipe partage son regard général sur cette actualité.
Un résumé concis de « Pierre Fritznel: «Le peuple haïtien n’en peut plus de la situation sécuritaire» » selon notre équipe.
Points clés à connaître
En Haïti, dix jours après les violents affrontements entre gangs à Cité Soleil, la situation reste préoccupante. Des milliers d’habitants ont fui les violences, tandis que la police peine à reprendre durablement le contrôle de la commune. Entre espoirs placés dans la force multinationale et inquiétudes face aux abus documentés sur le terrain, les défenseurs des droits humains tirent la sonnette d’alarme. Entretien avec Pierre Fritznel, responsable de l’ONG Combite pour la paix et le évolution.
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RFI : Après la flambée de violences de ces derniers jours à Cité Soleil, quelle est la situation sur place ?
Pierre Fritznel : Le calme n’est pas encore revenu. La situation reste extrêmement préoccupante et dramatique pour la population. Nous parlons de milliers de personnes déplacées, de maisons incendiées et d’un nombre très important de victimes. Les affrontements entre gangs ont créé un climat de terreur permanent dans plusieurs quartiers de Cité Soleil et dans les zones limitrophes. Même si la police nationale a tenté d’intervenir pour limiter les violences et permettre à certaines familles de fuir, les habitants vivent toujours dans la peur de nouvelles attaques. Beaucoup ont dû abandonner leurs maisons sans savoir s’ils pourront un jour y retourner. Les sites de déplacés, notamment à Delmas, continuent de recevoir de nouvelles familles qui arrivent sans ressources et dans des conditions extrêmement précaires.
Donc, pour l’instant, les habitants qui ont fui ont-ils pu rentrer chez eux ?
Non, car les gangs continuent de mener des incursions et les affrontements restent fréquents. Certaines familles sont encore bloquées chez elles, incapables de sortir à cause des échanges de tirs. D’autres ont réussi à fuir de justesse grâce à l’intervention de la police.
Face à cette puissance des gangs, quelles sont aujourd’hui les capacités réelles de la police nationale haïtienne ?
Le problème est profondément structurel et remonte à plusieurs années. À Cité Soleil, l’État a progressivement disparu. Des commissariats, des tribunaux et même des bureaux d’état civil ont été détruits ou abandonnés après les offensives des gangs. Cela montre à quel point les institutions publiques se sont effondrées dans certains quartiers. La police nationale peut parfois reprendre temporairement certaines zones grâce à des opérations ponctuelles et à l’utilisation de véhicules blindés. Mais elle ne parvient pas à maintenir durablement sa présence sur le terrain. Les gangs reviennent souvent dès que les forces de l’ordre se retirent. Le véritable défi aujourd’hui, ce n’est pas seulement de lancer des opérations, c’est surtout de sécuriser durablement les territoires reconquis et de rétablir une présence permanente de l’État.
La nouvelle force de répression des gangs peut-elle changer la donne ?
La population haïtienne place énormément d’espoir dans cette nouvelle force parce que la situation actuelle est devenue insoutenable. Les attentes sont très fortes : reprendre le contrôle des territoires occupés par les gangs, réduire les enlèvements, sécuriser les axes routiers, protéger les civils et permettre enfin un retour à une certaine stabilité. Mais tout dépendra des moyens réels accordés à cette mission, de sa capacité opérationnelle et surtout de la coordination avec la police haïtienne. Si cette force souffre des mêmes problèmes de financement, d’équipement ou de stratégie que la précédente force d’intervention, les résultats risquent d’être très limités.
Pour l’instant, seuls 400 soldats tchadiens sont arrivés. Est-ce suffisant ?
Non, clairement, ce n’est pas suffisant face à la puissance actuelle des groupes armés. Les informations dont nous disposons évoquent une montée en puissance progressive avec peut-être entre 800 et 1 200 hommes dans les prochains mois. Mais au-delà des effectifs, ce qui manque surtout aujourd’hui, c’est une stratégie claire et une véritable volonté politique. Les Haïtiens sont épuisés par cette crise qui dure depuis des années et qui ne cesse de s’aggraver. Pendant ce temps, les gangs continuent d’étendre leur influence, non seulement à Port-au-Prince, mais aussi dans d’autres régions comme l’Artibonite ou le Sud-Est. Beaucoup de citoyens ont l’impression que l’État perd progressivement le contrôle du territoire national.
Votre organisation documente aussi les violences et abus policiers. Quel bilan faites-vous aujourd’hui ?
Nous sommes très préoccupés par les conséquences de certaines opérations sécuritaires, notamment avec l’utilisation de drones explosifs. Il existe aujourd’hui une grande opacité autour de ces opérations. On ne sait pas clairement qui pilote ces drones ni sous quelle autorité se font ces opérations. Certes, ces frappes ont parfois permis de freiner l’expansion des gangs dans certains quartiers du centre-ville de Port-au-Prince. Mais elles ont aussi provoqué un nombre important de victimes civiles. Entre décembre 2025 et février 2026, nous avons recensé plus de 80 morts parmi des habitants qui n’avaient aucun lien avec les groupes armés. Nous avons aussi documenté des destructions de maisons et de biens privés. Et surtout, il n’existe aujourd’hui aucun mécanisme clair qui permet aux victimes ou à leurs familles d’obtenir réparation ou d’engager des procédures contre les responsables. Cela alimente un sentiment d’injustice et d’impunité très fort au sein de la population.
Il y a aussi des accusations d’exécutions sommaires et de violences lors des opérations policières ?
Oui, malheureusement, nous continuons de documenter des cas très graves. Nous parlons de disparitions forcées, d’exécutions sommaires et d’abus commis contre des civils lors de certaines opérations de sécurité. Dans plusieurs quartiers populaires, la proximité géographique entre habitants et groupes armés crée une suspicion généralisée. Certaines personnes sont considérées comme complices simplement parce qu’elles vivent dans ces zones. Cela favorise des dérives extrêmement dangereuses et nourrit un climat d’impunité. Nous pensons qu’il est indispensable de renforcer les mécanismes de contrôle et de surveillance des forces de sécurité afin d’éviter que la lutte contre les gangs ne se transforme en nouvelles violations des droits humains. La population a besoin de sécurité, mais cette sécurité doit aussi respecter les droits fondamentaux.
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Source : www.rfi.fr
Conclusion : L’équipe éditoriale continuera à analyser les faits.

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