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7 mars 2026Avec l’expiration de ce traité, le monde entre dans un vide nucléaire inédit depuis la Guerre froide
Igor Russak via Reuters
Un sous-marin à propulsion nucléaire de type K-266 à Kronstadt, en Russie, le 16 juillet 2021.
C’est un événement dont on mesure mal l’ampleur, mais dont les conséquences pourraient être durables. Depuis jeudi à minuit (GMT), les États-Unis et la Russie ne sont plus liés par aucun traité limitant leurs arsenaux nucléaires stratégiques. Avec l’expiration de New Start, le dernier accord de désarmement hérité de la Guerre froide, le monde entre dans une zone grise inédite.
L’alerte est venue de l’ONU. Pour son secrétaire général, Antonio Guterres, « l’expiration du traité New Start […] marque un moment grave pour la paix et la sécurité internationales ». Il exhorte Washington et Moscou à « s’entendre » rapidement sur un nouveau cadre. « Cette dissolution de décennies d’acquis ne pourrait survenir à un pire moment – le risque d’utilisation d’une arme nucléaire est à son plus haut niveau depuis des décennies », a-t-il mis en garde dans un communiqué.
Signé en 2010, le traité New Start plafonnait strictement les arsenaux stratégiques des deux principales puissances nucléaires mondiales. Il limitait chaque pays à 800 lanceurs et bombardiers lourds et à 1 550 ogives nucléaires déployées, avec un mécanisme de vérification mutuelle. Son expiration acte la fin de toute contrainte formelle sur ces arsenaux, une situation qui ne s’était plus produite depuis la Guerre froide.
Cette disparition du cadre juridique ne tombe pas de nulle part. Les inspections prévues par le traité avaient déjà été suspendues en 2023, sur fond de guerre en Ukraine, après l’offensive russe lancée en février 2022. En septembre 2025, Vladimir Poutine avait bien proposé de prolonger New Start d’un an. Une initiative jugée alors « bonne idée » par le président américain Donald Trump, mais à laquelle les États-Unis n’ont finalement pas donné suite.
Pas d’accord sans la Chine
Côté russe, le ton est désormais clair. Dès mercredi, Moscou a affirmé ne plus se considérer lié par le traité. « Nous partons du principe que les parties au traité New Start ne sont plus tenues par aucune obligation », a déclaré le ministère russe des Affaires étrangères. Le Kremlin tente toutefois de rassurer. Selon le conseiller diplomatique de Vladimir Poutine, Iouri Ouchakov, le président russe a assuré à son homologue chinois Xi Jinping que la Russie agirait « de manière réfléchie et responsable », tout en restant « ouverte à la recherche de voies pour négocier et assurer la stabilité stratégique ».
À Washington, la réponse reste floue. Le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, a indiqué que Donald Trump s’exprimerait « plus tard » sur le sujet, sans calendrier précis. Il a surtout rappelé la position américaine de longue date : aucun nouvel accord ne serait crédible sans la Chine. « Il était impossible d’agir sans inclure la Chine », a-t-il affirmé, évoquant un arsenal chinois « considérable et en pleine expansion ».
Remplacer « la logique de la peur et de la méfiance par une éthique partagée »
La fin de New Start a également suscité des réactions plus inhabituelles. Le pape Léon XIV, rarement intervenu sur les questions nucléaires, a appelé à « prévenir une nouvelle course aux armements ». Il a exhorté les États à ne pas abandonner cet accord « sans veiller à son suivi concret et effectif », plaidant pour remplacer « la logique de la peur et de la méfiance par une éthique partagée ».
En Europe, la France a pris position, tout en désignant Moscou comme responsable. Pour Paris, l’expiration de New Start signifie « la disparition demain de toute limite sur les plus grands arsenaux nucléaires du monde pour la première fois depuis la Guerre froide », dénonçant « une série de reculs des normes internationales concourant à la stabilité stratégique ».
Les ONG partagent ces inquiétudes. La coalition ICAN, engagée pour l’abolition des armes nucléaires, appelle Russes et Américains à s’engager publiquement à respecter les plafonds de New Start « pendant la négociation d’un nouveau cadre ». En attendant un éventuel accord, le monde bascule dans une ère nucléaire moins encadrée, où la dissuasion repose davantage sur la méfiance que sur des règles communes.

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