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9 mars 2026
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9 mars 2026En attaquant l’Iran le 28 février 2026, Israël et les États-Unis ont franchi un cap dans leur alliance militaire et leur engagement commun pour remodeler le Moyen-Orient. Contrairement aux assassinats ciblés menés par Israël depuis des années, contrairement à la guerre des douze jours déjà déclenchée contre Téhéran à l’été 2025 par Washington et Tel Aviv, il ne s’agit plus seulement d’une opération destinée à détruire les sites nucléaires iraniens, mais bien d’une guerre, susceptible de faire vaciller le pouvoir en lui-même, voire de renverser le régime islamique au pouvoir en Iran depuis 1979 – la mort du Guide suprême Ali Khamenei et de nombreux autres dignitaires du régimes tués dans les bombardements en témoigne.
Néanmoins, les nombreux discours tenus par les responsables politiques israéliens et états-unien sur les fins poursuivies dans cette guerre et sur les moyens engagés pour y parvenir oscillent entre une rhétorique minimaliste, celle de la guerre « préventive », menée pour détruire le programme iranien avant d’être détruit, et des ambitions plus politiques, comme lorsque Donald Trump appelait les Iraniens à se révolter puis affirmait au New York Times avoir identifié « trois très bons choix » de profils pour la transition en Iran.
Côté états-unien, cette guerre contre l’Iran s’inscrit dans la continuité de la résurgence interventionniste observée depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, dont l’épisode le plus spectaculaire, l’intervention militaire au Venezuela, était destiné à neutraliser son leader, Nicolás Maduro, sans faire tomber le régime pour autant. Cet interventionnisme se caractérise partout par le primat de la force, le mépris du droit, mais aussi le souci de ne pas s’embourber dans les marasmes d’interminables guerres civiles, comme l’a affirmé le ministre de la Défense états-unien Pete Hegseth, vétéran de la guerre en Irak, en assurant que ce conflit n’était pas « un exercice de construction de la démocratie ». Si les États-Unis semblent vouloir affaiblir le régime iranien plutôt que de l’abattre définitivement, Israël s’inscrit pour sa part dans la lignée de sa stratégie de guerre régionale engagée à Gaza, au Liban et en Syrie depuis le 7 octobre 2023, destinée à lui assurer l’hégémonie militaire au Moyen-Orient et justifiée par le concept orwellien de « défense avancée ».
Après le Venezuela, cette intervention en Iran marque-t-elle un tournant dans l’histoire de l’interventionnisme états-unien et la fin du logiciel du « changement de régime » ? Comment Israël assume-t-il désormais l’ambition d’exercer son hégémonie militaire sur tout le Moyen-Orient ? Les deux alliés ont-ils le même agenda pour l’Iran ? Comment les contextes de politique intérieure marqués par les midterms pour Donald Trump et les élections générales pour Benyamin Nétanyahou façonnent-ils les politiques militaires des deux chefs d’État ?
Julie Gacon s’entretient avec Bertrand Badie.
Focus – L’Espagne, rare voix dissidente en Europe face à l’interventionnisme des États-Unis
Avec Maria Elisa Alonso, maîtresse de conférences à l’université de Lorraine, membre associée au CREDA (Centre de recherche et de documentation sur les Amériques).
L’Espagne est l’une des rares voix en Europe à s’élever contre l’intervention états-unienne en Iran. Quelles sont les racines politiques, sociétales et historiques de cette position ? Comment se déploie-t-elle sur d’autres conflits, notamment en Amérique latine ? Quelles en sont les éventuelles limites ou exceptions ?
Pour aller plus loin
- Bertrand Badie, Par-delà la puissance et la guerre. La mystérieuse énergie sociale, Odile Jacob, 2026.

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