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9 mars 2026Pluie noire, fumée toxique… Les scientifiques alertent sur les conséquences des explosions à Téhéran
– / AFP
Des bénévoles du Croissant-Rouge iranien se tiennent près des panaches de fumée d’un incendie qui fait rage à la suite d’une frappe aérienne nocturne sur la raffinerie de pétrole de Shahran, au nord-ouest de Téhéran, le 8 mars 2026.
• Un brouillard de suie, d’hydrocarbures et de métaux lourds rend l’air difficilement respirable.
• Des scientifiques alertent sur la présence possible d’hydrocarbures cancérigènes et de particules ultrafines aux effets sanitaires et environnementaux durables.
« Il pleut du pétrole sur Téhéran ». Les habitants de la capitale iranienne affrontent ce lundi 9 mars un épisode de pollution exceptionnel. Dans la nuit de samedi à dimanche, une semaine après le début de l’offensive israélo-américaine en Iran, des frappes ont touché quatre dépôts pétroliers et un site logistique d’hydrocarbures, provoquant d’immenses explosions et un épais nuage de fumée.
Dans un premier temps, les déflagrations ont teinté le ciel de rouge. Puis un brouillard noir, mélange de suie, d’hydrocarbures et de métaux lourds, s’est progressivement abattu sur la ville. L’air est devenu difficilement respirable et les habitants ont été invités à limiter leurs déplacements.
Très vite, les traces de cette pollution se sont matérialisées partout dans la capitale. Les voitures blanches garées dans les rues sont désormais couvertes d’un dépôt grisâtre, tout comme les bâtiments. « C’est comme si toutes les voitures et les trottoirs étaient recouverts de peinture noire », raconte Leïla, une habitante de Téhéran interrogée par le Time.
MORTEZA NIKOUBAZL / NurPhoto via AFP
Un véhicule recouvert de résidus d’huile et de suie provenant des installations de stockage de pétrole de Téhéran, qui ont été frappées lors d’une campagne militaire américano-israélienne à Téhéran, en Iran, le 8 mars 2026.
Au-dessus de la capitale, un impressionnant nuage de fumée noire s’est formé après les explosions. « On dirait qu’un monstre noir a englouti le ciel de Téhéran », poursuit Leïla. Les effets sur la santé se font déjà sentir. « La peau de mon visage, surtout mes lèvres, est douloureuse et irritée. Ça brûle et j’ai l’impression qu’il y a du gaz lacrymogène dilué dans l’air. Ça m’irrite les yeux et je dois constamment me racler la gorge », a-t-elle ajouté.
– / AFP
Un nuage de fumée noire s’est formé après une frappe aérienne sur la raffinerie de pétrole de Shahran, au nord-ouest de Téhéran, le 8 mars 2026.
« Il pleut du pétrole sur Téhéran », a déclaré dans une vidéo partagée sur X le journaliste de CNN Frederik Pleitgen, montrant des gouttes de pluie noires tomber sur son balcon. Et la capitale n’est pas la seule concernée : la fumée des explosions s’étend sur des dizaines de kilomètres, indique l’AFP.
Des polluants qui peuvent entrer « jusque dans le sang »
Ce type de pollution est bien connue des scientifiques. « On a déjà observé des phénomènes similaires, par exemple lors de la guerre en Irak lorsque des puits de pétrole avaient été incendiés, ou encore lors de catastrophes comme l’explosion de la plateforme Deepwater Horizon en 2010 », explique au HuffPost Éric Villenave, enseignant-chercheur en chimie atmosphérique à Bordeaux.
Lors de telles explosions, plusieurs substances nocives sont libérées dans l’atmosphère : des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), dont certains sont fortement cancérigènes, mais aussi du carbone noir et des résidus de métaux lourds, détaille l’expert.
Ces particules sont fines, voire ultrafines. « Elles sont dangereuses car leur taille leur permet de pénétrer dans le corps humain, de contaminer le système respiratoire et même de passer dans le sang, touchant ainsi l’ensemble des organes », précise le chercheur. Cela peut engendrer « des maladies respiratoires, maladies cardiovasculaires, ou encore des atteintes du système nerveux et de l’hypertension ».
Le risque de « pluies acides »
Le Croissant-Rouge iranien a appelé les habitants de Téhéran à rester chez eux autant que possible, mettant en garde contre d’éventuelles pluies « extrêmement dangereuses et acides ».
Pour le spécialiste de l’atmosphère Gabriel da Silva, la pluie noire observée dans la capitale « indique que des polluants toxiques, comme des hydrocarbures HAP, des particules ultrafines et des composés cancérigènes, se sont retrouvés piégés dans les gouttelettes de pluie ».
Dans un article publié dans The Conversation, il explique par ailleurs que la fumée issue des explosions de dépôts pétroliers contient également du dioxyde de soufre et du dioxyde d’azote, qui sont précurseurs de la formation d’acide sulfurique et d’acide nitrique dans l’air. « Cet acide se mélange ensuite aux gouttelettes d’eau et est responsable de ce que l’on appelle communément les pluies acides », conclut-il.
Le scientifique recommande aux habitants de porter un masque, de rester à l’abri et de fermer portes et fenêtres afin de limiter l’exposition à l’air extérieur. Il conseille également de nettoyer les surfaces sur lesquelles les polluants se sont déposés, même si « cela peut être très difficile dans le chaos de la guerre ».
Une pollution de l’eau, des sols, et de l’air
Cet épisode de pollution de l’air n’est pas seulement nocif à court terme pour les habitants de Téhéran. Il pourrait aussi laisser des traces durables dans l’environnement.
Si les conditions météorologiques sont favorables, avec un temps et venteux, les particules libérées lors des explosions pourraient être transportées sur de très longues distances. « Elles peuvent parcourir des milliers de kilomètres et, dans certains cas, faire jusqu’à la moitié du tour du globe », précise le chimiste de l’atmosphère Éric Villenave.
D’autre part, une partie des polluants finira par retomber au sol, entraînée par les pluies et le ruissellement. « Les composés soufrés, les hydrocarbures HAP ou encore certains métaux lourds vont en partie rester dans les sols, mais aussi se transférer vers les cours d’eau et les nappes phréatiques », indique au HuffPost Luc Aquilina, professeur en Sciences de l’eau à l’Université de Rennes.
Une fois dans les sols et l’eau, « ces substances toxiques pourront persister pendant des années », souligne le chercheur, alors que le pays fait déjà face à une crise de l’eau. Pour les Iraniens, cela signifie une véritable double peine : au choc immédiat des frappes s’ajoutent des conséquences environnementales et sanitaires durables, un héritage toxique qui continuera de les affecter bien après la fin des explosions.

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