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En temps de guerre, cette substance n’est pas interdite si elle est utilisée pour répondre à des objectifs stratégiques, comme masquer des troupes au sol. Elle peut toutefois être employée comme arme incendiaire et provoquer de graves blessures sur un périmètre important, puisque larguée par les airs.
Des allégations que l’armée israélienne a dit « ne pas pouvoir confirmer ». Ce lundi 9 mars, Human Rights Watch a accusé Israël d’avoir utilisé « illégalement » du phosphore blanc sur des zones habitées dans le sud du Liban.
L’ONG de défense des droits humains déclare avoir « vérifié et géolocalisé sept images montrant des munitions au phosphore blanc » qui ont explosé « au-dessus d’une zone résidentielle » et des agents de la Défense civile libanaise intervenant pour éteindre un incendie touchant des maisons, « qui a probablement été causé par des morceaux de feutre imprégnés de phosphore blanc ».
Une accusation également relayée par l’Agence nationale d’information libanaise pour deux autres localités frontalières.
De son côté, l’armée israélienne assure ne pas être au courant, précisant que sa politique consiste à ne pas utiliser d’obus contenant du phosphore blanc « dans des zones densément peuplées, sauf dans certains cas ».
Une « capacité de terrorisation »
Dans le cadre militaire, le phosphore blanc est principalement utilisé pour masquer les opérations sur le terrain. En effet, cette substance a la propriété de s’enflammer au contact de l’oxygène et peut ainsi être utilisée pour créer des écrans de fumée afin de dissimuler le mouvement des troupes. La nuit, elle permet d’éclairer les champs de bataille.
« Il interfère également avec l’optique infrarouge ou d’autres systèmes de repérage militaire, protégeant ainsi les soldats contre des armes guidées telles que les missiles antichar », précise également Human Rights Watch.
Lorsqu’utilisé sur des terrains de conflit, le phosphore blanc est souvent dispersé par des obus d’artillerie, des bombes ou des roquettes. « Ces armes ont une capacité de terrorisation assez importante. Le phosphore, au contact de l’air, s’élève à une température très élevée et provoque des incendies. Quand des civils sont à proximité, cela engendre des brûlures extrêmement graves et d’un aspect assez abominables », expliquait sur BFMTV Olivier Lepick, chercheur associé à la Fondation pour la recherche stratégique et expert en armes chimiques.
De très graves brûlures, des chances de survie faibles
Le phosphore blanc peut aussi être utilisé comme arme incendiaire. Inflammable dès qu’il est exposé à l’oxygène, il est responsable de graves brûlures. Surtout, la substance est « très soluble dans les lipides, de sorte qu’il peut pénétrer dans les tissus sous-jacents, ce qui entraîne des brûlures profondes qui sont lentes à cicatriser », explique l’Organisation mondiale de la Santé (OMS).
Le risque est que des particules de phosphore blanc restent dans les plaies, que celles-ci se rallument directement dans la peau et que de la fumée s’en échappe. Selon Amnesty International, « même lorsque les brûlures ne couvrent qu’une faible partie du corps (10 à 20%), les chances de survie sont faibles si le phosphore blanc est en cause ».
La substance peut, effectivement, contaminer d’autres zones du corps, voire les personnes qui tentent de soigner les victimes. En temps de guerre, la difficulté pour les soignants est notamment d’identifier que les blessures ont été causées par du phosphore blanc et donc de procéder aux soins adaptés.
Fumées toxiques pouvant entraîner la mort
La combustion du phosphore produit une fumée irritante contenant divers oxydes de phosphore. Celle-ci est « nocive pour les yeux et les voies respiratoires, car les oxydes de phosphore se dissolvent avec l’humidité pour former des acides phosphoriques ». Les séquelles peuvent ainsi aller jusqu’à la formation d’un œdème pulmonaire d’apparition tardive.
Comme le précise l’OMS, dans les cas graves d’exposition, « les effets systémiques retardés peuvent inclure des troubles cardiovasculaires et une perte de connaissance, ainsi que des lésions rénales et hépatiques, une altération du niveau de conscience et un coma ». « Un choc, une insuffisance hépatique ou rénale, une atteinte du système nerveux central ou des lésions du myocarde peuvent ainsi entraîner la mort », poursuit l’organisme.
En outre, selon Human Rights Watch, « les personnes qui survivent à leurs blessures initiales risquent souvent d’en souffrir durant toute leur vie ».
L’ONG cite notamment des resserrements permanents des muscles et d’autres tissus qui entravent la mobilité des blessés ou « le traumatisme lié à l’attaque, les traitements douloureux et les cicatrices altérant l’apparence physique (qui) conduisent souvent à des dommages psychologiques et à l’exclusion sociale ».
« Ces armes se situent dans une zone un peu floue dans le droit de la guerre »
Les bombes au phosphore blanc ne sont pas considérées comme des armes chimiques au sens de la Convention internationale sur les armes chimiques. Les armes incendiaires, auxquelles sont rattachées les bombes au phosphore, sont encadrées par le Protocole III de la Convention sur certaines armes classiques. Le texte indique qu’il « est interdit en toutes circonstances de faire d’un objectif militaire situé à l’intérieur d’une concentration de civils l’objet d’une attaque au moyen d’armes incendiaires lancées par aéronef ».
Par « concentration de civils », le Protocole entend « une concentration de civils, qu’elle soit permanente ou temporaire, telle qu’il en existe dans les parties habitées des villes ou dans les bourgs ou des villages habités ».
En revanche, l’utilisation de ces armes en zone civile pour répondre à des objectifs stratégiques, comme l’illumination d’un périmètre, n’est donc pas interdite. « Ces armes se situent dans une zone un peu floue dans le droit de la guerre. (…) Une convention des Nations unies réprouve leur utilisation dans des zones fortement peuplées par des civils, mais ce ne sont pas des armes chimiques, ni interdites par le droit de la guerre », résumait auprès de BFMTV Olivier Lepick.
L’origine de l’utilisation du phosphore blanc sur terrains de guerre remonterait au 19e siècle, avec leur emploi par des nationalistes irlandais. Ces armes ont ensuite commencé à se répandre dans les armées occidentales à partir de la Première Guerre mondiale. Depuis, elles ont été utilisées à de multiples reprises, par les Russes lors des deux Guerres de Tchétchénie ou par les Américains à Falloujah, en Irak, en 2004.
Les autorités libanaises et Human Rights Watch ont déjà accusé par le passé Israël d’avoir brûlé des régions boisées et des terres agricoles dans le sud du pays en les bombardant au phosphore blanc. Ces précédents, notamment en 2023 et 2024, « ont mis les civils en grave danger et contribué au déplacement de civils ».

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