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Des peintures paléolithiques datées directement pour la première fois en Dordogne
10 mars 2026Dans un article d’analyse précis et fouillé publié par Foreign Affairs, Robert Pape souligne un paradoxe stratégique qui risque de rendre la guerre israélo-américaine en Iran beaucoup moins prévisible que prévu.
Pour ce professeur de sciences politique à l’université de Chicago, spécialiste de la guerre aérienne, si l’opération Fureur épique a déployé des moyens aériens d’une grande précision, tout espoir de l’emporter rapidement et que ces frappes ciblées puissent limiter l’ampleur du conflit “s’est évanoui”.
Un constat qui s’appuie sur quelques observations stratégiques. Les frappes iraniennes ne peuvent être considérées “comme de simples représailles isolées, les derniers soubresauts d’un régime à l’agonie”. Bien au contraire, elles s’inscrivent dans ce que Robert Pape appelle “une stratégie d’escalade horizontale”, qui consiste à transformer les enjeux d’un conflit “en élargissant son champ d’action et en prolongeant sa durée”. Autrement dit, à faire durer la guerre en impliquant d’autres acteurs.
L’hypothèse d’une guerre asymétrique
Cette stratégie d’escalade horizontale consiste à élargir la dimension géographique et politique d’un conflit plutôt que de le circonscrire sur un seul territoire et aux seuls belligérants. Une stratégie qui profite à la partie la plus faible du conflit, estime l’analyste américain.
“Une telle stratégie permet à un belligérant plus faible de modifier les calculs d’un adversaire plus puissant.”
Concrètement, au lieu de tenter de vaincre un adversaire plus puissant, la partie la plus faible va multiplier les zones de risque et de conflit, entraînant d’autres États dans le conflit. Un précédent historique, celui de la guerre au Vietnam, vient à l’appui de l’hypothèse de l’analyste, qui rappelle en effet qu’à l’écrasante démonstration de force aérienne américaine, la guérilla vietnamienne avait répondu par une escalade horizontale, aboutissant finalement à la défaite américaine.
“L’Iran ne peut vaincre les États-Unis ou Israël dans un conflit militaire conventionnel. Il n’en a pas besoin. Son objectif est d’accroître son influence politique.”
Au final, l’Iran a suivi cette stratégie, estime Robert Pape, en faisant d’abord preuve de résilience par une riposte forte, puis dans un second temps, en étendant le conflit au territoire d’au moins neuf pays, provoquant ce que les experts appellent une “multiplication de l’exposition”. Ce faisant, l’Iran a aussi politisé le conflit par ses frappes, puisque de nombreux acteurs étatiques aux intérêts pas forcément convergents en sont désormais partie prenante, même malgré eux. Tous peuvent en modifier le cours, échappant aussi au contrôle de Washington.
In fine, conclut Robert Pape, en s’appuyant aussi sur l’essentiel facteur qu’est le temps, l’Iran façonne son propre récit sur l’ordre régional. En présentant ses actions comme une résistance à la domination israélo-américaine sur la région, Téhéran peut d’abord semer la discorde entre les États régionaux pris dans cette guerre. Ensuite, s’il dure, le conflit peut dégénérer en guerre asymétrique impliquant des acteurs non étatiques. Surtout si les forces terrestres américaines étaient engagées, même de façon limitée, avertit l’analyste.

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