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10 mars 2026Israël accusé d’utiliser du phosphore blanc contre le Liban, voici pourquoi cette ONG s’inquiète
HAMZA AL-AJWEH / AFP
Photo d’illustration montrant des bombes incendiaires au phosphore blanc, à Damas, en Syrie, en 2018.
Une alerte « extrêmement grave ». Dix jours après le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient, l’ONG Human Rights Watch a accusé Israël d’avoir utilisé « illégalement » du phosphore blanc sur des zones habitées au Liban dans le cadre de son offensive contre le Hezbollah.
L’association de défense des droits humains a expliqué, lundi 9 mars, avoir « vérifié et géolocalisé sept images montrant des munitions au phosphore blanc », ayant explosé au-dessus d’habitations le 3 mars, « dans la localité de Yohmor, dans le sud du Liban ». Des allégations que l’armée israélienne affirme « ne pas pouvoir confirmer ». Et Tsahal précise que sa politique consiste à ne pas utiliser d’obus contenant du phosphore blanc « dans des zones densément peuplées, sauf dans certains cas ».
Human Rights Watch s’inquiète en raison des dommages humains et dégâts irréversibles que cette substance toxique a provoqués lors de son usage par l’Union soviétique lors de la Seconde Guerre mondiale, lors de la guerre en Irak en 2004, ou encore lors d’offensives israéliennes à Gaza en 2008-2009. L’Ukraine a aussi accusé la Russie d’avoir eu recours à cette arme en mars 2022.
• Brûlures « jusqu’à l’os »
Ce n’est en effet pas la première fois que des suspicions d’usage de cette arme chimique pèsent sur Israël. Il y a deux ans, l’agence de presse libanaise ANI avait fait état à plusieurs reprises de bombardements israéliens au phosphore blanc dans le sud du Liban ayant réduit en cendres des villages. Et le ministère libanais de la Santé déclarait, en juin 2024, que des centaines de civils et de combattants souffraient de graves brûlures et de problèmes respiratoires.
Le phosphore blanc est dangereux en cas de contact avec la peau ou les yeux. Sa fumée est toxique et il « brûle tout ce qu’il touche à 850 °C », explique Abbas Baalbaki, chercheur environnemental, auprès du média Reporterre. En plus, il est « hautement soluble dans les graisses et donc dans la chair humaine », ajoute un porte-parole d’Human Rights Watch. Ce dernier insiste sur France Inter : « il peut brûler les personnes thermiquement et chimiquement jusqu’à l’os ».
En cas de forte exposition, le phosphore blanc peut entraîner des « troubles cardiovasculaires et une perte de connaissance, ainsi que des lésions rénales et hépatiques, une altération du niveau de conscience, un coma », et même la mort, précise l’OMS.
• Stratégie de destruction des terres agricoles
Les autorités libanaises et Human Rights Watch ont également accusé Israël d’avoir brûlé en 2024 des régions boisées et des terres agricoles. « C’est une tactique sociale qui participe à la dépopulation de la région », analysait à l’époque Ahmad Beydoun, doctorant à l’université technique de Delft aux Pays-Bas, spécialiste la militarisation de l’environnement au Moyen-Orient, à Reporterre. Les agriculteurs, dont les terres avaient brûlé, craignaient une potentielle contamination des sols et cultures.
En détruisant des villages, d’autres experts expliquaient qu’Israël tentait de créer une « zone tampon inhabitable » dans le sud-Liban, dans le but d’empêcher un retour du Hezbollah. S’il n’y a rien, ni habitations, ni cultures pour se cacher, les combattants du mouvement chiite ne peuvent plus « établir des positions » près de la frontière israélienne, jugeait à cet égard Calev Ben-Dor, ancien analyste au ministère israélien des Affaires étrangères, à l’AFP.
Human Rights Watch craint qu’Israël ait encore l’objectif de dépeupler la région en visant de nouveau des zones d’habitations. À ce jour, les frappes israéliennes ont provoqué le déplacement d’un demi-million de personnes, dont 200 000 enfants, d’après l’Unicef.
• Ce que dit le droit international
L’État hébreu joue sur les nuances des règles internationales lorsqu’il a affirmé utiliser « légalement » cette substance chimique à Gaza et au Liban, lors d’offensives contre le Hamas et le Hezbollah, notamment en 2023 et 2024.
Car le phosphore blanc n’est pas prohibé par définition par le droit international ; cela dépend des usages. Classé « arme incendiaire », le phosphore blanc est régulé par la Convention sur les armes chimiques (CIAC) uniquement lorsqu’il est utilisé spécifiquement pour ses effets toxiques. Son usage contre des civils ou près d’habitations est toutefois considéré comme une violation du droit international et peut constituer un crime de guerre, détaille l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), sur son site.
Mais ce n’est pas le cas s’il est utilisé sur les champs de bataille pour créer des écrans de fumée ou de l’éclairage. En s’enflammant au contact de l’oxygène, il permet à une armée de protéger ses troupes au sol en occultant la « ligne de mire » de l’ennemi.
• Un « crime de guerre » difficile à démontrer
Déjà accusé de « crimes de guerre » par Amnesty International après l’utilisation de bombes au phosphore blanc à Gaza durant l’hiver 2008-2009, le pays gouverné par Benjamin Netanyahu n’a pour autant jamais été sanctionné.
Pour déterminer si Israël a déjà enfreint le droit international, l’avocat indépendant et expert militaire Bill Boothby invite à se référer au principe de « proportionnalité ». Celui-ci implique que « le préjudice causé ne doit pas être excessif au regard des avantages militaires attendus », expliquait-il à la BBC en 2024. Il reconnaît toutefois que le « choc des preuves » rend toute conclusion difficile : « Les villageois (libanais ndlr) affirment qu’il n’y avait aucune raison de créer un écran de fumée. Le phosphore blanc a-t-il réellement été utilisé dans ce but ? Répondre à cette question supposerait de savoir ce que pensaient les responsables israéliens qui ont décidé de l’attaque. »
Pour établir des preuves, le chercheur Ahmad Beydoun a rassemblé photos et témoignages pour établir une carte, publiée en octobre 2025, montrant qu’Israël a bel et bien visé des zones civiles et agricoles : « 39 % de toutes les frappes au phosphore que nous avons documentées ont eu lieu au-dessus de zones civiles, 16 % au-dessus de terres agricoles, et seulement 44 % dans des zones non habitées ou éloignées des habitants », a-t-il résumé auprès de France24. En enquêtant sur l’usage excessif de phosphore blanc, scientifiques et ONG contribuent à combler les zones d’ombre entourant les frappes d’Israël et fournissent des preuves pour d’éventuelles enquêtes sur des violations du droit international.

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