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16 mars 2026Oksana Lyniv, cheffe d’orchestre dans un milieu toujours très masculin, est aussi une figure ukrainienne engagée : depuis le début de la guerre, elle tient à jouer les compositeurs ukrainiens en concert partout en Europe, et d’une façon très concrète, elle aide les jeunes musiciens ukrainiens victimes de la guerre. Rencontre.
France Musique : Comment êtes-vous devenue cheffe, qu’est-ce qui vous a donné l’envie de diriger ?
Oksana Lyniv : Je suis née dans une famille de musiciens, ma mère était professeure de piano et mon père chef de chœur. Enfant, j’ai vite réalisé que la musique rendait les autres heureux, et je pense que c’est à ce moment que j’ai voulue devenir musicienne. Je voulais aussi travailler avec les autres, être leader, c’est dans mon caractère, mais je n’avais aucun exemple de femme cheffe d’orchestre. Pendant mes études, j’ai été amenée à prendre des cours de direction, surtout pour être préparée à devenir professeure, diriger des ensembles d’enfants. Et après un concert, un ancien professeur est venu me voir et m’a dit : “Vous n’êtes pas Toscanini, mais vous avez un bel avenir !”. Je ne comprenais pas vraiment à l’époque… Et c’est un autre camarade qui m’a demandé si je pensais à la direction, comme profession. Je lui ai demandé si les femmes y étaient autorisées, il m’a répondu que oui, mais que personne ne le faisait. Alors j’ai tenté le conservatoire et les cours de direction. J’étais la seule femme au début dans mon cursus.
France Musique : Et dans un milieu où les femmes étaient encore très peu représentées, comment avez-vous été perçue ?
Oksana Lyniv : Il y a 25 ans, quand j’ai commencé, nous devions faire face à beaucoup de scepticisme, de critiques. Même mon père était fâché contre moi. Il m’a dit : “Mais qu’est-ce que tu crois ? Quel orchestre va t’embaucher ? Personne ne va t’inviter. Personne ne va te laisser diriger”. Nous n’avions pas d’exemple, de modèle dans la société.
France Musique : Vous avez ensuite souvent était désignée comme “première” : première femme à prendre la tête d’un théâtre lyrique italien en 2022 (Bologne), et surtout première femme, en 145 ans, à diriger un opéra de Wagner au festival de Bayreuth en 2021. Quel souvenir en gardez-vous ?
Oksana Lyniv : Je n’aurais jamais imaginé que je serais la première femme à diriger à Bayreuth. Et ce début a été difficile, c’était encore le Covid. Quelques semaines avant la première, nous ne savions toujours pas si on nous laisserait jouer. Et puis Le Vaisseau fantôme est l’un des opéras les plus difficile à jouer à Bayreuth, car il n’a pas été écrit pour Bayreuth, comme Parsifal ou L’Anneau du Nibelung. Imaginez comme c’est difficile de diriger à Bayreuth en temps normal, mais ici, c’était encore plus difficile. Un journaliste allemand m’a dit après : “Nous étions impatient de vous écouter à la radio, et voir si une femme pouvait diriger Wagner” (rire). Mais le véritable challenge de Bayreuth pour un chef est d’être réinvité. (Oksana Lyniv revient pour la cinquième fois diriger à Bayreuth pour les 150 ans du festival, à l’été 2026).
France Musique : En 2018, seuls 4,3% des orchestres dans le monde étaient dirigés par des femmes, le chiffre s’élève aujourd’hui à 8% (Source : Étude de Nathalie Krafft, commande La Maestra 2024). Constatez-vous cette légère évolution ?
Oksana Lyniv : Je pense que le monde a complètement changé. Tous les grands orchestres, toutes les grandes maisons d’opéra tentent de programmer des cheffes durant la saison, au moins trois ou quatre, et il n’y en a pas assez ! Car il y a eu un manque pendant des siècles dans la profession. Mais elles sont encore peu à diriger des orchestres de façon permanente dans le monde, aussi parce qu’il faut une longue préparation. J’espère que dans 10 ans, nous vivrons une situation différente.
France Musique : En 2026, vous avez présidé le concours de La Maestra, qui promeut les femmes cheffe d’orchestre. Pourquoi ce type de concours est-il toujours nécessaire ?
Oksana Lyniv : Cette initiative est très importante, car les jeunes filles qui aimeraient essayer la direction savent désormais qu’elles ont une chance. Elles peuvent la saisir, croire en elles.
France Musique : Vous êtes ukrainienne, comment la guerre a-t-elle changé votre quotidien ?
Oksana Lyniv : Il y a quatre ans, nos vies ont complètement changé. Concrètement, pas pour ma carrière, car elle a commencé avant la guerre, mais ces dernières années ont été exigeantes. Par exemple, il y a neuf ans, j’ai fondé le Youth Symphony Orchestra of Ukraine (L’Orchestre des jeunes d’Ukraine) : un projet pédagogique, musical et social. Nous accompagnons les jeunes musiciens ukrainiens, qui ont entre 12 et 25 ans. Mais quand la guerre a éclaté, ils se sont soudainement retrouvés dans une situation de danger de mort. Beaucoup ont perdu leur maison, leurs parents. Et cet orchestre est devenu une importante plateforme de soutien, pas seulement musicalement, mais financièrement et psychologiquement. Beaucoup d’entre eux sont confrontés à des problèmes. Ils survivent. Nous les amenons dans des endroits sûrs, nous leurs offrons des opportunités, nous invitons des intervenants qui viennent de grands orchestres, ils répètent ensemble. Et vous pouvez voir comme la musique soigne leur stress, leur traumatisme. C’est un moment fabuleux de les voir sourire. Tous les enfants, les adolescents, devraient être heureux à cet âge.
France Musique : Quand la guerre a commencé, vous avez aussi créé le projet Music for the futur, pour aider les jeunes musiciens ukrainiens. Pouvez-vous nous expliquer ?
Oksana Lyniv : Avec l’Orchestre des jeunes de Slovénie, par solidarité, nous avons trouvé un endroit à Ljubljana, et nous avons pu évacuer plusieurs familles de jeunes musiciens. Dans la précipitation, ils ont mis dans leur valise le strict nécessaire : une veste, un jean, des chaussures, parfois leur violon. Et la première question qu’ils nous posaient en arrivant était : “Pouvez-vous m’imprimer ma partition de Bach ? Ma sonate de Mozart ? Je veux jouer”. Vous comprenez alors que la musique est pour eux, à ce moment-là, une connexion vers leur ancienne vie, leur enfance, mais aussi un espoir. L’espoir que la guerre se termine. Vous savez, nous rêvons tous de la paix, de la justice aussi, mais de la paix avant tout. La guerre se terminera – elles se terminent toujours -, la musique restera.
Source : www.radiofrance.fr

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