Le chef de la Commission européenne, Von Der Leyen, se rendra en Australie à l’approche d’un accord commercial
18 mars 2026
à Jérusalem, les Lieux saints fermés et la Vieille ville désertée
18 mars 2026
Aucun pays n’a accédé à la demande de Donald Trump de déployer des moyens pour sécuriser le détroit d’Ormuz, couloir stratégique du commerce mondial de pétrole. Le signe d’un isolement diplomatique des États-Unis, selon l’analyste Ulrich Bounat.
Donald Trump plus isolé que jamais? Le président américain s’est dit ce mardi 17 mars « sidéré » que les alliés des États-Unis refusent de venir épauler l’armée américaine dans le détroit d’Ormuz pour sécuriser la zone et rouvrir le passage au trafic maritime de pétrole.
Royaume-Uni, Allemagne, France, mais aussi Japon et Australie: tous ont exclu d’envoyer des moyens sur place. Du moins dans l’immédiat. Ce mardi, Emmanuel Macron a martelé qu’il était hors de question pour la France de s’engager dans de telles opérations « dans le contexte actuel », tout en évoquant la mise en place d' »escortes » quand la situation sera « plus calme ».
Dans le Bureau-Ovale, Donald Trump s’en est particulièrement pris aux membres de l’Otan, accusés d’ingratitude. « Je ne suis pas surpris par leurs actions toutefois, parce que j’ai toujours considéré l’Otan, qui nous coûte des centaines de milliards de dollars par an pour protéger ces pays, comme un système à sens unique », a-t-il jugé.
Champion autoproclamé du rapport de force, Donald Trump semble une nouvelle fois se heurter à un mur. Le signe d’un isolement toujours plus grand de Washington? Ulrich Bounat, analyste géopolitique et chercheur associé chez Euro Créative, décrypte la séquence pour BFM.
Pourquoi Donald Trump a-t-il lancé cet appel à débloquer le détroit d’Ormuz? Qu’attendait-il exactement de ses alliés européens et asiatiques?
La fermeture du détroit d’Ormuz est un problème qu’il n’avait pas du tout anticipé. Les États-Unis ne dépendent pas directement de ce passage mais sa fermeture a des conséquences sur le prix de pétrole. Et ça, c’est un vrai problème pour Donald Trump parce que ça lui coûte politiquement.
Il a donc demandé que les pays disposant de capacités militaires, comme la Grande-Bretagne et la France, et les pays qui sont directement impactés par la fermeture du détroit, notamment les pays asiatiques, participent à une opération pour sécuriser le passage des bateaux.
Il n’a jamais été très clair sur ce qu’il voulait précisément, mais on peut imaginer le déploiement de navires démineurs, de destroyers ou de frégates qui seraient capables de faire de la protection aérienne et maritime auprès des cargos. Son idée n’était pas d’agir dans le cadre de l’OTAN, mais plutôt de s’adresser à tous les pays un par un et de voir ceux qui répondraient pour mener une coalition ad hoc. Il s’attendait à ce que ces pays plieraient à sa volonté mais ça ne s’est pas produit.
Donald Trump reproche le manque d' »enthousiasme » des alliés des États-Unis. Comment expliquer cette réticence à intervenir dans le détroit d’Ormuz?
Tout d’abord, Donald Trump n’a consulté personne pour faire cette guerre, donc c’est un peu facile pour lui de venir demander de l’aide à ses alliés dès qu’il est en difficulté.
Ensuite, sa demande s’inscrit dans une année extrêmement difficile où il n’a pas hésité à malmener, voire même franchement à humilier ses différents partenaires, en particulier européens. On pense à l’aide à l’Ukraine, aux droits de douane, aux pressions pour s’emparer du Groenland… Côté asiatique, c’est un peu pareil. Les pays n’ont pas été consultés pour le déclenchement de cette guerre et pire, il a retiré des moyens de défense en Corée du Sud et au Japon sans même demander leur avis. Donc il y a un vrai questionnement pour savoir si les États-Unis sont toujours un allié. Et si ce n’est pas un allié, est-ce que ça vaut le coup de se porter à son secours?
Par ailleurs, comme l’a formulé Emmanuel Macron, une manœuvre de protection du détroit d’Ormuz serait extrêmement risquée. Cela risque d’être considéré comme un acte de guerre par l’Iran, qui attaquerait probablement non seulement les navires envoyés dans la zone, mais probablement les États eux-mêmes.
On peut penser à des actes terroristes ou à des attaques contre les troupes de ces pays situés dans les pays du Golfe. Nous, Français, sommes bien placés pour le savoir: nous avons déjà perdu un soldat. Donc il y a un vrai risque à s’engager militairement dans ce qui ressemble de plus en plus à un bourbier.
Après cette fin de non-recevoir, le président américain a fini par dire qu’il n’avait « plus besoin » d’aide. Est-ce son égo blessé qui parle?
Oui. Je pense qu’il avait vraiment besoin de cette mission internationale pour rouvrir le détroit d’Hormuz. Parce qu’au final, ce que démontre la situation actuelle, c’est que les États-Unis ne sont pas capables de le rouvrir tous seuls.
En fait, l’armée américaine n’est pas dimensionnée dans la zone pour une opération de long terme. Donald Trump s’attendait à une opération de très courte durée mais il a été pris au piège de ses propres estimations hasardeuses. Militairement, les États-Unis n’ont pas les moyens de faire grand-chose dans le détroit. Ce n’est pas pour rien qu’ils ont été chercher l’USS Tripoli, qui était au Japon, pour le rapatrier sur zone.
Donc je pense qu’il avait une vraie volonté de se débarrasser du problème. Donald Trump fonctionne souvent comme ça: quand il a un problème qu’il n’arrive pas à résoudre, il cherche à refiler la patate chaude aux autres, on le voit bien avec la guerre en Ukraine.
Contrairement à son habitude, Donald Trump n’a pas brandi la menace de représailles…
Il faudra voir ce qu’il se passe dans les prochains jours mais de toute façon, il n’a plus beaucoup de moyens de représailles à très court terme. Il a perdu son pouvoir d’infliger des droits de douane (la Cour suprême a invalidé la plupart des taxes imposées par le président américain depuis son retour au pouvoir, NDLR) et sur les aspects militaires, on voit mal sur quoi il pourrait faire pression.
Cet épisode est-il significatif de l’isolement des États-Unis dans leur guerre contre l’Iran?
Complètement. Quand vous regardez le nombre de pays qui avaient accompagné les États-Unis en 2003 pour l’invasion de l’Irak, qui était aussi une guerre unilatérale contre un pays du Moyen-Orient, et ceux qui font la guerre à l’Iran aujourd’hui, c’est stupéfiant.
En 2003, certes, il n’y avait pas la France, mais il y avait un gros contingent de pays européens, les Japonais, les Sud-Coréens, les Australiens… Aujourd’hui, les Américains sont tout seuls. Ils ne peuvent compter que sur Israël, et encore, les Israéliens semblent jouer leur propre partition. Donc oui, tout ça dit quelque chose de l’isolement américain, et je pense que c’est la conséquence directe d’une politique de Donald Trump qui est clairement néo-impérialiste.
D’une manière générale, les États-Unis sont-ils en train de se couper de leurs alliés?
Il y a une vraie détérioration du lien transatlantique, c’est incontestable, et je pense que ça va être durable. Même les pays asiatiques alliés, comme la Corée du Sud et le Japon, ont commencé à sérieusement se poser la question de la validité de l’aide américaine.
La question se pose aussi pour les pays du Golfe: que vaut la protection américaine? Ils n’ont pas vraiment été consultés pour cette guerre et ils subissent de plein fouet ses conséquences sans pouvoir répliquer. Au final, même le parapluie américain n’est pas totalement sûr. C’est assez dévastateur pour la crédibilité des États-Unis en tant que garant de sécurité et en tant qu’allié d’un certain nombre de pays sur la planète.
Maintenant, je ne pense pas qu’on va abandonner complètement le lien transatlantique, parce que ça reste incontournable, notamment pour l’industrie de défense ou la résolution de la guerre en Ukraine. On ne peut pas se séparer des Américains aussi vite, mais on voit bien que de plus en plus de pays commencent à prendre des mesures concrètes pour leur autonomie stratégique.
Source : www.bfmtv.com

9999999
