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18 mars 2026En Russie, le musée du Goulag remplacé par un « musée du génocide du peuple soviétique », nouvel épisode de révisionnisme
À Moscou, le musée de l’histoire du Goulag, fermé depuis novembre 2024, va être remplacé à l’été par un « musée du génocide du peuple soviétique », consacré à la période de la Seconde Guerre mondiale. La fermeture de ce lieu de mémoire et de recherche réputé est un nouvel épisode du révisionnisme historique en cours en Russie, qu’analyse Sergueï Parkhomenko. Ce journaliste russe exilé en France, militant de la mémoire des victimes de la répression de l’époque soviétique, est le créateur du projet « Dernière adresse », qui pose des plaques gravées sur les façades des derniers domiciles connus des personnes arrêtées, déportées ou exécutées pour des raisons politiques en URSS.
Comment analysez-vous la disparition du Musée de l’histoire du Goulag ?
Ce changement de nom est une grande hypocrisie. On a prétexté des raisons de sécurité incendie pour le fermer, mais il s’agissait, en fait, de raisons politiques et de censure. Parce que l’idée même de ce musée ne correspond pas à ce que les autorités veulent en Russie aujourd’hui. Mais ce n’est pas le premier cas de ce genre. Le pouvoir avait déjà repris en main le mémorial de Katyn (lieu du massacre de milliers de Polonais par le régime soviétique) et le musée Perm 36, consacré au Goulag.
Qu’est-ce qui dérange fondamentalement le régime russe actuel ?
Le régime de Vladimir Poutine est fondamentalement staliniste. Il repose sur la même philosophie de mépris total de la vue humaine. L’État est beaucoup plus important que l’homme. Les objectifs de l’État autorisent le sacrifice de n’importe quelle quantité d’êtres humains. C’est le cas de la guerre en Ukraine. C’était le cas du Goulag, qui avait ses objectifs : creuser un canal, construire un chemin de fer… Et l’autre aspect, très important, est que Vladimir et son entourage -ils se définissent eux-mêmes ainsi- sont les héritiers directs du KGB, héritier du NKVD et du Guépéou. Donc ils ne veulent pas voir entretenue la mémoire des crimes commis par leur famille, leur famille politique. Pour eux, reconnaître la mort de centaines de milliers de fusillés, de millions de déportés vers le Goulag, reviendrait à admettre leur propre responsabilité.
D’où vient l’idée de transformer ce musée consacré au Goulag ? D’où vient ce concept ?
C’est, en fait, une petite partie d’un plus grand concept d’agression du monde occidental contre la Russie et l’Union soviétique. Ils sont en train de réécrire l’histoire qui devient une arme dans les mains du régime. Même à l’époque de l’URSS, personne ne souhaitait réécrire à ce point l’histoire de la Seconde Guerre mondiale et personne n’osait dire, comme le fait Poutine aujourd’hui, que l’Union soviétique avait battu l’Allemagne à elle seule contre toute l’Europe coalisée. L’URSS avait fini par rompre avec le culte de la personnalité de Staline et débuté un processus de réhabilitation des victimes de la répression politique qui s’est poursuivi jusque dans les années 90. Aujourd’hui, le régime est en train de revenir sur ces réhabilitations. Des milliers de cas ont été rouverts pour revenir aux accusations de départ, quand on accusait les gens d’être des espions à la solde du Japon, de l’Allemagne, d’être des terroristes. Ils vont annuler ces réhabilitations de masse.
Avez-vous peur que la mémoire de ces répressions soit menacée aujourd’hui ?
La plupart des actes législatifs pris du temps d’Eltsine qui ont permis l’ouverture des archives de la répression ont été annulés ces dernières années. L’accès aux archives n’est désormais possible que si vous êtes un descendant de la victime. Pour les chercheurs, les historiens, le travail devient de plus en plus difficile. Après la liquidation par la justice russe de l’association Mémorial, en 2022, les gens qui trouvaient des documents dans leurs affaires familiales continuaient à les apporter au musée de l’histoire du Goulag qui était devenu le centre de cette collecte intime et populaire. Le musée avait constitué un fonds très important. Or, on ne sait pas aujourd’hui ce que vont devenir ces archives. C’est tout simplement catastrophique. Mais c’est ainsi que se comportent tous les régimes totalitaires. Ils ont peur de leur histoire, et de la comparaison avec leurs prédécesseurs.
Source : www.radiofrance.fr

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