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22 mars 2026Analyse : Quelques éléments à retenir de cette information pour nos lecteurs.
Voici notre analyse rapide sur « Au Danemark, un paysage politique toujours plus fragmenté ».
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Mardi 24 mars, les électrices et électeurs danois vont renouveler leur Parlement, le Folketing, à l’issue d’une campagne que Mette Frederiksen a voulu courte. Ce scrutin, qui devait intervenir avant fin octobre, a été convoqué à la surprise générale par la première ministre social-démocrate le 26 février.
Son idée était simple. Elle espérait profiter du léger regain de popularité dont son parti avait bénéficié lors de la crise du Groenland, en janvier. La gestion de cette crise, durant laquelle Mette Frederiksen avait tenu tête à Donald Trump et s’était efforcée, avec son ministre des affaires étrangères, Lars Løkke Rasmussen, de consolider le soutien européen, avait été plutôt appréciée des Danois.
C’était une fenêtre de tir inespérée, alors que sa gestion depuis la dernière élection, en 2022, était très largement rejetée par la population. Mette Frederiksen avait alors fait le choix de former une « grande coalition », regroupant son parti et son rival traditionnel, Venstre (droite), ainsi que le parti centriste des Modérés, créé par Lars Løkke Rasmussen, ancien premier ministre avec Venstre.
Cette coalition rompait pour la première fois avec la logique des blocs. Jusque-là, la politique danoise s’organisait autour de deux blocs : le rouge, à gauche, dominé par les sociaux-démocrates, et le bleu, à droite, dominé par Venstre (auparavant en concurrence avec le parti conservateur KFP). Même lorsque les gouvernements étaient minoritaires, ils pouvaient compter sur cette logique de vote pour assurer leur stabilité. Seul le parti radical (Radikale Venstre, RV), un parti social-libéral, passait régulièrement d’un bloc à l’autre pour assurer les majorités.
Pour Mette Frederiksen, cette logique était devenue un obstacle. En 2019, elle avait engagé un tournant dans le programme du parti social-démocrate en durcissant le ton sur l’immigration, pour réduire l’influence du parti de droite xénophobe DF (Parti du peuple danois), arrivé deuxième aux élections de 2015. Cette stratégie s’accompagnait du maintien d’un discours redistributif permettant, en théorie, de tenir une coalition avec les deux partis à sa gauche, le Parti socialiste du peuple (SF) et la Liste de l’unité (EL).
Un gouvernement impopulaire
Mais le maintien de la coalition de gauche entre 2019 et 2022 a été très difficile. Mette Frederiksen a convoqué en 2022 des élections anticipées, qui ont permis aux sociaux-démocrates, avec 27,5 % des voix, d’enregistrer leur meilleur score depuis 2001. Forte de son succès, la première ministre a alors décidé de changer d’alliance et de briser la logique des blocs.
Le deuxième ministère Frederiksen a cependant été marqué par une forte impopularité de cette formule centriste. Le gouvernement a continué une politique de réduction de l’immigration et mis en place des politiques néolibérales : des réformes fiscales favorables aux plus riches, le report de l’âge légal de la retraite à 70 ans en 2040, et la suppression d’un jour férié, le « grand jour de la prière » (« Store Bededag »), une fête religieuse chômée depuis 1686.
Cette dernière décision a provoqué une vague de protestation et de grandes manifestations en 2024. En novembre 2025, les élections locales ont pris un air de déroute pour la coalition. Le parti social-démocrate et Venstre ont perdu ensemble pas moins de 255 sièges. En part de voix, les deux partis ont reculé de 12 points. Pire, le parti de Mette Frederiksen a perdu dix-huit postes de maires, parmi lesquels celui de Copenhague qu’il tenait depuis le début du XXe siècle.
Début 2026, l’avenir électoral de la coalition semblait désespéré. L’embellie liée à la crise groenlandaise était donc une occasion à ne pas laisser passer.
La première ministre a pu se préparer et jouer de l’effet de surprise. Dès l’annonce de ces élections, elle a martelé une série de propositions destinées à donner le ton de la campagne. Son objectif était clair : dominer les débats et imposer un récit, celui du retour des sociaux-démocrates dans le bloc « rouge »..
Elle a jeté d’emblée un pavé dans la mare : un projet d’impôt sur la fortune qui frapperait annuellement, à hauteur de 0,5 %, les montants des patrimoines qui dépasseraient 25 millions de couronnes danoises (environ 3,35 millions d’euros) pour les célibataires, et 50 millions de couronnes (6,7 millions d’euros) pour les couples. Le parti social-démocrate espère ainsi collecter 6,5 milliards de couronnes (environ 870 millions d’euros).
La proposition a causé des cris d’orfraie de la droite, des Danois les plus riches et du patronat, représenté par l’association Dansk Industri dont le président, Morten Høyer, a prédit « une réduction du PIB ». Martin Thorborg, PDG du groupe de comptabilité Dinero, a prévenu que beaucoup de riches quitteraient le Danemark. C’est exactement ce que cherchait Mette Frederiksen.
« Chaque critique des riches contre ce projet est une bénédiction pour les sociaux-démocrates », explique Carsten Mai, un communicant qui a longtemps travaillé pour le centre-gauche à la mairie de Copenhague. Pour lui, « la proposition d’impôt sur la fortune est un mouvement intelligent » de la première ministre, qui sait que la question des inégalités est sensible au sein de la population.
Le Danemark est en effet le plus inégalitaire des pays nordiques, avec un niveau proche de celui de la France. L’indice de Gini, qui mesure les inégalités des revenus, est passé en 2024 au-dessus de 30 à 30,43 (plus l’indice est élevé, plus les inégalités sont grandes). Il était en 1990 à 22,16 et en 2019 à 29,55. Sur les patrimoines, l’indice du niveau d’inégalités est encore plus élevé, à 72,6 en 2021 selon Danmarks Statistik.
Il n’y a rien d’étonnant à cela. La croissance danoise repose sur deux piliers principaux : la croissance de l’immobilier et la performance de grandes entreprises, notamment pharmaceutiques, comme Novo Nordisk. L’essentiel de la richesse créée est donc capté par une minorité d’actionnaires, de dirigeants et de propriétaires. Logiquement, la question de l’impôt sur la fortune revient donc dans le débat national, comme elle l’a fait l’an dernier en Norvège. D’autres propositions marquées à gauche ont accompagné cette idée d’impôt sur la fortune, comme celle de faciliter l’accès à la retraite anticipée et d’en augmenter le montant.
Affaiblissement social-démocrate
Mais les sociaux-démocrates peinent encore à convaincre. Concrètement, comme l’a noté l’économiste Gabriel Zucman, dans un entretien au quotidien Politiken, la proposition d’impôt sur la fortune est « modeste » et n’est pas en mesure de corriger réellement les inégalités dans le pays. Sa mise en œuvre est aussi incertaine. Le précédent impôt danois sur la fortune avait été supprimé en 1997 par les sociaux-démocrates parce que, trop complexe, il était devenu peu rentable.
Cela amène à une question centrale qui traverse cette élection, celle de la confiance dans le parti social-démocrate. « Traditionnellement, le parti fait campagne à gauche et gouverne plus à droite », résume Elisabet Svane, journaliste politique à Politiken. Mais en ayant cherché à s’autonomiser du bloc rouge, Mette Frederiksen a rompu le charme de cette stratégie. Au sein du bloc de gauche, les sociaux-démocrates étaient rappelés à leurs obligations. En entrant dans une logique de coalition alternative, ils sont désormais capables de s’en affranchir, mais ils inquiètent aussi l’électorat de gauche.
Carsten Mai le dit clairement : « Le parti social-démocrate ne sait pas ce qu’il défend, y compris dans la lutte contre les inégalités. » Pour lui, c’est la faiblesse de la proposition d’impôt sur la fortune. « Ils ne sont pas convaincants sur la façon dont ils veulent améliorer la vie des gens : ils n’ont pas de projet de société », résume-t-il.
Le doute est en effet permis. Pendant quatre ans, les sociaux-démocrates ont mené des politiques qui ont creusé les inégalités. Subitement, ils en deviennent les adversaires. Tout cela sent l’opportunisme. D’ailleurs, mardi 17 mars, Mette Frederiksen a affirmé, pour sa défense, que « ce n’était pas les sociaux-démocrates qui avaient eu l’idée » de supprimer le jour férié du Store Bededag.
De plus, Mette Frederiksen tente de refaire la campagne de 2019 et de 2022 en mêlant un discours de gauche à des positions dures sur l’immigration. Dans son programme, son parti promet ainsi « d’être plus dur avec ceux qui exploitent [leur] hospitalité » en facilitant les expulsions administratives. Mais comme le rappelle Elisabet Svane, « le Danemark est déjà allé au maximum de ce qu’il est possible de faire dans le cadre de l’Union européenne pour réduire l’immigration et expulser les étrangers ».
Si le parti de la cheffe du gouvernement est, de ce point de vue, en compétition avec les deux partis d’extrême droite, les Démocrates danois (DD) et le Parti du peuple danois (DFP), il a perdu sa capacité à recruter des électeurs sur ce sujet qui, par ailleurs, affirme Elisabet Svane, est « moins central » dans le débat public. En revanche, cette position lui aliène un électorat urbain important à gauche, comme l’a montré l’élection à Copenhague.
Une gauche offensive
Malgré ses efforts et une alliance formelle avec les radicaux, Mette Frederiksen est donc à la peine. L’enjeu du scrutin sera, pour elle, de limiter les pertes en restant au-dessus des 20 %. À gauche, ce sont d’abord les Socialistes populaires (SF) qui devraient tirer leur épingle du jeu. Ils profitent logiquement des déçus de gauche de la « grande coalition » et pourraient terminer en deuxième position.
Le parti a pris depuis quelques années un tournant modéré et écologiste, mais il marque des points dans un des débats les plus importants de cette campagne, la production intensive de porcs, qui menace la qualité de l’eau potable. SF réclame une restriction sévère de cette production et trouve des oreilles attentives. « L’eau du robinet est un sujet très important », indique Elisabet Svane. La question place la droite, qui soutient habituellement les groupes agroalimentaires, dans une position délicate vis-à-vis de l’électorat urbain où SF ne cesse de se renforcer.
La cheffe de file de SF, Pia Olsen Dyhr, se présente comme une garantie de l’ancrage à gauche du prochain gouvernement. De 2011 à 2014, SF avait participé à un gouvernement avec les sociaux-démocrates et cela lui avait coûté très cher : en 2015, il n’avait obtenu que 4,2 % des voix. Cette fois, le parti insiste sur ses valeurs. « Je ne suis pas un simple soutien des sociaux-démocrates », a affirmé Pia Olsen Dyhr.
Autrement dit : une coalition avec Mette Frederiksen se fera sur un ancrage à gauche, notamment sur le plan fiscal. « Si SF fait un bon score, je pourrai ramener les sociaux-démocrates dans le bloc rouge, sinon nous continuerons à avoir un gouvernement à demi bleu », conclut-elle.
Lutte de leadership à droite
Derrière, la droite est extrêmement fragmentée. Venstre, le parti fort du camp bleu depuis les années 1990, sort en lambeaux de sa participation à la coalition gouvernementale. Après ses 13,3 % de 2022, pourra-t-il faire mieux que son plus bas score historique, les 10,5 % de 1987 ? Venstre pourrait perdre sa place de première force de droite au profit de l’Alliance libérale (AL) .
Ce parti, fondé à la fin des années 2000, a adopté un programme très agressif contre les impôts et développe un discours libertarien. « C’est un parti très libéral avec beaucoup d’éléments conservateurs, qui s’appuie sur la popularité de son chef », explique Elisabet Svane. Ce chef, c’est Alex Vanopslagh, qui a repris le parti en 2019. À 35 ans, il bénéficie de sa jeunesse et d’un aspect « moderne » qui tranche avec les têtes blanches de la droite.
Son discours radicalement antifiscal a aussi attiré une grande partie de la classe moyenne supérieure, déçue par l’accord entre Venstre et les sociaux-démocrates. Pendant les deux premières semaines de campagne, Alex Vanopslagh pensait disputer la deuxième place à SF et devenir premier ministre à la tête du bloc bleu. C’est pour cette raison qu’il a insisté pour que la droite ne déclare pas de candidat au poste de chef de gouvernement, comme le veut la coutume.
Mais voilà quelques jours, il a été emporté par une polémique. En 2023, Alex Vanopslagh avait pris position pour la légalisation de la cocaïne, en accord avec ses convictions libertariennes. Des journalistes lui ont alors demandé s’il avait lui-même consommé cette drogue. Après avoir refusé de répondre, il a reconnu en avoir utilisé « deux ou trois fois » depuis qu’il dirige le parti. Venstre et les conservateurs se sont jetés sur l’occasion pour dénoncer son comportement et affirmer qu’un chef de gouvernement ne peut pas être soupçonné de consommer de la drogue. Alex Vanopslagh a, par ailleurs, exclu certains de ses propres partisans qui ont critiqué son comportement.
L’affaire pourrait coûter à AL des voix précieuses. Derrière, la droite est très divisée, avec quatre autres partis susceptibles d’entrer au Folketing avec moins de 10 % des voix : les deux partis d’extrême droite DD et DFP, le parti conservateur et le « parti bourgeois » (BP), une formation violemment islamophobe. À gauche, plusieurs partis devraient aussi se situer sous les 10 % : la Liste d’unité, les radicaux et l’Alternative. Enfin, le parti centriste de Lars Løkke Rasmussen pourrait obtenir un score inférieur aux 9,3 % de 2022.
Fragmentation politique extrême
L’élément le plus remarquable de cette élection pourrait donc être l’accroissement d’une fragmentation déjà considérable. « Nous avons autant de partis qu’en Belgique au Parlement et construire un gouvernement dans ces conditions n’est pas facile », résume Carsten Mai.
C’est aussi pour cette raison que Mette Frederiksen, malgré sa campagne axée à gauche, a indiqué viser un « gouvernement du centre avec un indication de départ à gauche ». Il est impossible, avant le scrutin, de savoir quelles coalitions seront possibles, mais si aucun bloc traditionnel n’obtient la majorité, construire une alliance au centre ne sera pas davantage aisé.
SF, qui cherche à rétablir un bloc de gauche, n’a pas exclu une alliance avec les Modérés. Mais dans ce cas, la Liste d’unité, plus à gauche, acceptera-t-elle de soutenir le gouvernement ? Et Lars Løkke Rasmussen, qui a toujours soutenu la baisse des impôts, pourrait-il soutenir un programme incluant, entre autres, l’impôt sur la fortune ?
En face, le bloc bleu est très divisé, avec des compétitions internes pour la direction d’un éventuel gouvernement. Mais les divisions sont aussi programmatiques. Si la baisse des impôts fait consensus à droite, son ampleur est discutée et la question de l’immigration sensible. Là où DD et le DFP ne veulent pas d’un assouplissement de l’immigration de travail extra-européenne, AL entend répondre aux demandes des employeurs des services qui manquent de main-d’œuvre.
Enfin, les divergences personnelles sont fortes. La cheffe de file des Démocrates danois, Inger Støjberg, ancienne ministre de l’immigration pour Venstre, avait été condamnée en 2021 à soixante jours de prison pour avoir ordonné la séparation de couples de demandeurs d’asile. Elle avait alors quitté avec fracas Venstre, qui ne l’avait pas soutenue, et fondé en 2022 son parti. Au cours de la campagne, les élus de Venstre et d’AL ne manquent pas de rappeler ce passé de « délinquance » à Inger Støjberg.
Cette dernière pourrait, ainsi que le très droitier leader de DFP, Morten Messerschmidt, poser des conditions élevées à une participation ou à un soutien à un gouvernement bleu. Pour appliquer leurs politiques migratoires, ces partis ne cachent pas leur volonté de malmener l’État de droit. Cela est d’autant plus vrai que le bloc bleu ne pourra sans doute pas se passer du soutien du parti bourgeois (BP).
Surtout, la droite semble encore plus limitée que la gauche dans sa capacité à s’ouvrir au centre. Les radicaux ont constitué une alliance formelle avec les sociaux-démocrates. Quant à Lars Løkke Rasmussen, il est persona non grata à droite. Premier ministre de 2009 à 2011, puis de 2014 à 2019, il était alors le leader de Venstre. Mais il a fondé deux ans après sa défaite électorale un parti destiné à créer un « pont » entre les deux grandes formations du pays. Il est depuis considéré comme un traître par une grande partie de la droite. Les Démocrates danois et le DFP ont exclu toute alliance avec lui. « Une alliance entre le bloc bleu et les Modérés semble impossible », résume Elisabet Svane.
Si Mette Frederiksen conserve de grandes chances de garder son poste, « la situation est très volatile et incertaine », explique Elisabet Svane. Fortement uni derrière son gouvernement lorsqu’il devait faire face à l’agression états-unienne, le Danemark semble revenu dans sa réalité : une forte fragmentation politique qui traduit une incertitude complète sur son avenir.
Source : www.mediapart.fr
Conclusion : Quelques points à garder à l'esprit selon notre rédaction.

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