
à Auschwitz, Esther Senot, 97 ans, témoigne pour des lycéens
22 mars 2026
Alerte de chaleur extrême, jusqu’à 44,4°C observés… Les États-Unis enregistrent des records de température en plein mois de mars
22 mars 2026Analyse : Notre équipe partage son regard général sur cette actualité.
Nos rédacteurs considèrent que « Patrick Bruel, histoire d’un silence médiatique » est un article à suivre.
Les éléments principaux
« Enfin ». D’un mot sur son compte Instagram, l’actrice Chloé Jouannet résume un sentiment largement partagé à la lecture de l’enquête de Mediapart sur les accusations de violences sexistes et sexuelles visant le chanteur Patrick Bruel.
« Enfin », car les premiers faits évoqués datent de 1992. « Enfin », parce que les quatre premiers témoignages, conclus par un classement sans suite de la justice en 2019, n’avaient aucunement affecté le statut de l’artiste de 66 ans, autant célébré avant qu’après. « Enfin », aussi, parce que la musique est restée jusque-là relativement à l’écart de #MeToo.
Les plus jeunes l’ignorent, mais pour toute une génération, Bruel est une icône, au moins une star. Auteur de tubes comme « Alors regarde » ou « Place des grands hommes », il est aussi acteur, joueur de poker, grand amateur de tennis. Populaire, il est un des visages des Enfoirés, le concert événement annuel en faveur des Restos du cœur où les places sont chères. Cette année encore, c’est notamment Patrick Bruel qui a accueilli le Ballon d’Or Ousmane Dembelé venu saluer la troupe.
Et puis, pour les plus de 40 ans, Bruel, c’est une belle gueule, la voix cassée et le regard pétillant. Celui dont les fans criaient le prénom « Patriiiick » dans la fosse. Un « séducteur », d’après les codes hétérosexuels dominants.
La presse adore le décrire en ces termes. En 1991, Paris Match l’affichait en Une sous ce titre : « Patrick Bruel, le retour du séducteur ». Il figure dans l’article sur « 70 ans de séduction au masculin » du magazine Elle. Le Journal des femmes propose aussi une sélection d’« images de la vie d’un grand séducteur ».
Les séducteurs et les violences sexuelles
Dans l’imaginaire d’avant #MeToo (en espérant que cela ait changé depuis), un beau gosse ne pouvait pas être un violeur, un agresseur, un harceleur. Le discours majoritaire s’était alors convaincu que les violences sexistes et sexuelles avaient un analyse avec la sexualité ou venaient assouvir un « besoin » sexuel. Or on le sait aujourd’hui : il ne s’agit pas de sexualité ou de séduction, mais d’un revue de domination qui, en l’espèce, prend les atours de la sexualité.
Cela change tout. Et cela explique que, pendant si longtemps, plus les hommes avaient du pouvoir – économique, politique, artistique et sur le marché de la séduction –, moins ils étaient soupçonnables de violences sexuelles.
« Que nous ayons l’idée que Dominique [Strauss-Kahn] était un séducteur… Mais il y a une très grande différence entre être charmeur, être séducteur, et puis la contrainte, le viol. D’ailleurs, pourquoi aurait-il besoin de le faire ? C’est un homme charmant, brillant, intelligent, il peut être drôle par moments… Pourquoi ? », expliquait ainsi l’ancienne ministre Élisabeth Guigou, dans le documentaire Netflix consacré à la chute de l’ex-patron du FMI, accusé de viol en 2011.
C’est sans doute ce qui explique, du moins en partie, que Patrick Bruel ait réussi l’exploit de traverser #MeToo, déclenché en 2017, sans encombre ou presque. Un petit miracle, malgré l’ouverture en 2019 de l’enquête pour agression sexuelle, harcèlement sexuel et exhibition sexuelle après les plaintes et signalements des quatre premières femmes à avoir témoigné.
Une impunité médiatique et artistique
Un an plus tard, l’affaire était classée. Et la carrière de Bruel n’en a pas été entravée. Son image publique n’en a pas été écornée. En 2020, le magazine VSD publiait une Une sous le titre « Le passionné ». À l’intérieur, un dossier fleuve de 12 pages sur sa popularité, clamant qu’il était « aimé par chaque génération de 18 à 65 ans ». Sans mention de l’enquête, qui était alors en cours.
Dans l’émission « 50 minutes inside », en 2024, on apprenait que « rencontrer quelqu’un quand on s’appelle Patrick Bruel n’est pas toujours de tout repos notamment à cause de son étiquette de don Juan qui lui colle à la peau ».
Le Figaro, en mars 2019, attestait de son « envie insatiable de plaire », assouvie « en multipliant les conquêtes dans tous les domaines ». Son ami Jean-Paul Enthoven le décrivaitt comme un homme qui « adore et consomme [les femmes], à la fois don juan et patriarche, père formidable ». Un art de vivre manifestement éprouvé dès l’adolescence : « Dès l’âge de 13-14 ans, j’étais au centre de la bande. Elles ne me repoussaient pas, en tout cas », disait Bruel de lui-même dans un documentaire diffusé le 1er novembre 2019 sur France 3.
Le 8 février 2026, il faisait la une de La Tribune dimanche avec ces mots : « Les gentils sont les héros des temps modernes. »
L’industrie musicale à la traîne
Ce phénomène est particulièrement fréquent dans l’industrie musicale, jusque-là relativement épargnée par #MeToo. Dans le milieu du rap, plusieurs artistes sont poursuivis ou ont déjà été condamnés, à commencer par Naps (connu notamment pour « La kiffance »), Doums ou Moha La Squale. Mais ailleurs en France, hormis concernant Slimane ou No One is innocent, c’est encore souvent le grand silence.
Les artistes femmes parlent, souvent même, à l’instar de Pomme, de Louane ou encore de Flore Benguigui… Une des rares voix à s’être élevées contre le grand retour de Patrick Bruel au Québec en 2022 est d’ailleurs une autre chanteuse, Safia Nolin. Toutes ont décrit les violences systémiques de l’industrie musicale : le sexisme, le contrôle des corps et des voix, les stéréotypes de genre et de sexualité auxquels se conformer, et puis les violences sexuelles…
C’était aussi le constat de l’appel à témoignages #MusicToo lancé en 2020, notamment par Jean-Michel Journet et Rose Lamy : grâce à eux, Mediapart avait pu éplucher des centaines de témoignages. Notre conclusion à l’époque : « Musique : l’industrie qui n’aimait pas les femmes ».
« Sur les 300 témoignages reçus dans notre initiative, une vingtaine seulement a été médiatisée ou judiciarisée, nous explique six ans plus tard Jean-Michel Journet. Beaucoup de noms circulent sous le manteau, certains corrigent leur posture publiquement, personne n’est dupe mais on constate très peu de conséquences visibles dans l’industrie musicale. »
Il ajoute : « Le silence de l’industrie musicale, la complicité des émissions de divertissement sur un temps aussi long doit nous interpeller, mais après tout il aura fallu un documentaire sur Netflix en 2025 pour que la musique se pose enfin la question sur le cas Cantat. »
Une référence à la diffusion sur la célèbre plateforme de témoignages et de documents qui montrent comment, en 2003, Bertrand Cantat, chanteur de Noir Désir, avait bénéficié d’un traitement médiatique extrêmement complaisant après avoir tué sa compagne, la comédienne Marie Trintignant.
« J’aimerais qu’on soit désormais un peu plus rapides à entendre les victimes, à les croire et à mettre en avant des artistes qui ne sont pas des personnes violentes, la musique et le cinéma regorgent suffisamment de talents pour éviter d’applaudir des personnes dont les agissements sont dénoncés de façon claire et constante », conclut le cocréateur de #MusicToo.
Depuis les révélations de Mediapart sur Patrick Bruel, la presse belge a révélé le témoignage d’une autre femme, Karine, qui a porté plainte pour agression sexuelle il y a plusieurs années en Belgique pour des faits remontant à 2010.
Le chanteur, par la voix de son avocat Christophe Ingrain, réfute « toute accusation de viol » et, de manière générale, toutes « les allégations de violence, de brutalité, ou de contrainte », et il affirme « n’avoir jamais outrepassé un refus, jamais forcé à un geste ou un rapport sexuel ». Tout juste concède-t-il avoir « pu chercher à séduire, proposer des relations intimes, parfois de manière directe, ou maladroite peut-être ».
Source : www.mediapart.fr
Conclusion : La rédaction reste attentive et continuera à observer les faits.

9999999
