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23 mars 2026RECIT. « Il ne voulait pas être président » : la campagne ratée de Lionel Jospin en 2002, qui a mis fin à sa vie politique
Analyse : Nos journalistes proposent quelques éléments à retenir de cette actualité.
Un résumé concis de « RECIT. « Il ne voulait pas être président » : la campagne ratée de Lionel Jospin en 2002, qui a mis fin à sa vie politique » selon notre équipe.
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Les mines sont déconfites. Il est 19h03 et Gérard Le Gall, le « monsieur sondages » de la campagne, n’a plus de doute : Lionel Jospin ne sera pas au second tour de l’élection présidentielle 2002. Le Premier ministre de l’époque, mort lundi 23 mars à 88 ans, n’est pas encore au courant, en ce début de soirée du 21 avril. Le candidat du Parti socialiste affiche un grand sourire en arrivant à 19h05 à son QG de l’Atelier, situé rue Saint-Martin, dans le 3e arrondissement de Paris. Il monte les marches, encouragé par ses partisans, et rejoint son bureau au troisième étage. « Lionel vient directement à 50 centimètres de moi et me dit : ‘Tu ne m’as pas appelé' », raconte aujourd’hui Gérard Le Gall.
« On vient juste d’avoir l’information », souffle alors dans un brouhaha la garde rapprochée du socialiste. Dans la salle, une dizaine de caciques du PS est entassée, notamment Martine Aubry, Elisabeth Guigou, François Hollande, Dominique Strauss-Kahn, Laurent Fabius, Pierre Moscovici ou encore le directeur de campagne, Jean Glavany. « Au fur et à mesure des remontées des instituts de sondage, je leur disais en direct, et je les ai vus s’effondrer, avec des larmes ici ou là », se souvient Gérard Le Gall. Puis, quand Lionel Jospin apparaît, il faut mettre fin au suspense. « Je me lève, je le regarde et je lui dis : ‘Chirac est premier, Le Pen deuxième, tu es troisième' », poursuit l’ancien responsable des études d’opinion du parti.
« Lionel ne réagit pas, il reste stoïque et va embrasser les uns et les autres. »
Gérard Le Gall, conseiller sondages de Lionel Jospinà franceinfo
Sans un mot, le dirigeant socialiste s’installe à son bureau et commence à rédiger la déclaration qu’il prononcera peu après 22 heures, une fois passé le choc de la découverte, à 20 heures, sur les écrans de télévision, des visages de Jacques Chirac et Jean-Marie Le Pen. Le président sortant obtient 19,88% et le candidat du Front national (FN) 16,86%, devant Lionel Jospin (16,18%). « J’assume pleinement la responsabilité de cet échec et j’en tire les conclusions, en me retirant de la vie politique », lance le Premier ministre malgré les cris de protestation de ses militants.
Dans la salle, les visages hagards tentent de réaliser l’ampleur du séisme politique. Tous étaient persuadés de la victoire de cet homme qui ne cessait de vanter son bilan, notamment sur la baisse du chômage, après cinq ans à Matignon. Mais la dispersion des voix de son camp, avec sept autres candidats de gauche, doublée d’une campagne truffée d’erreurs stratégiques, ont mis fin aux espoirs socialistes ainsi qu’à la vie politique de Lionel Jospin.
La course présidentielle débute seulement le 20 février pour le chef du gouvernement, tout juste deux mois avant le premier tour. « La campagne a pris du retard, le programme a été fabriqué très tardivement… Peut-être pensait-il que, face à Jacques Chirac, cela passerait comme une lettre à la poste », note l’ancien ministre socialiste Jack Lang, qui participe à des dîners préparatoires au cours du mois de janvier. Pour acter la candidature, pas de grand discours, pas d’acte solennel, Lionel Jospin envoie une simple déclaration à l’AFP. Loin de la conception gaullienne d’une présidentielle, « la rencontre d’un homme et d’un peuple », le socialiste choisit une méthode semblable à celle des « démocraties nordiques, avec l’envoi d’un simple fax », observe Jean-Christophe Cambadélis, alors membre de l’équipe de campagne.
« Sa conception de la politique était plus proche du régime parlementaire que de la monarchie constitutionnelle. »
Jean-Christophe Cambadélis, cadre de la campagne socialisteà franceinfo
« Au fond, je pense que Lionel Jospin ne voulait pas être président, c’est l’homme qui ne voulait pas être roi », poursuit l’ancien premier secrétaire du PS, qui a développé cette théorie dans l’ouvrage L’Etrange Echec. « C’est la contradiction dans laquelle s’est toujours trouvée la gauche : chercher un personnage providentiel, alors que ce n’est pas sa culture. » Face au bon vivant Jacques Chirac, Lionel Jospin met en place une campagne sobre et parfois rigide. Le socialiste a toujours refusé de céder à la politique spectacle, déclinant par exemple avec sa femme l’invitation sur le divan rouge de Michel Drucker. « Il a une forme de mépris pour cette manière de faire de la politique, démagogique, qui attrape tout, faite de poignées de main et de tapes dans le dos », poursuit Jean-Christophe Cambadélis.
Le candidat se qualifie lui-même « d’austère qui se marre » et sait qu’il renvoie une image de rigueur dans l’opinion. « Les gens ont du mal à imaginer un Lionel Jospin détendu, souriant, voire déconneur, parce qu’il avait cette retenue dans la vie publique, ce qui lui a peut-être causé du tort dans sa réussite politique, confirme son directeur de campagne de l’époque, Jean Glavany. Il n’a peut-être pas réussi à trouver cette espèce d’attachement, de lien personnel et direct avec le peuple français. »
Sur les conseils de ses stratèges en communication, il tente bien de fendre un peu l’armure. Il descend par exemple les escaliers en marche arrière face au couturier Karl Lagerfeld pour une séance photo. Mais difficile de forcer sa nature. « On se disait qu’il fallait faire avec, qu’il fallait jouer de la différence avec Jacques Chirac, c’est-à-dire que la présidentielle est une affaire sérieuse et non pas une affaire de look », confie Jean-Christophe Cambadélis.
Lionel Jospin se concentre sur le fond. Pour appuyer sa candidature, il publie le 1er mars 2002 un livre d’entretiens réalisé avec Alain Duhamel. « On s’y est mis à partir du mois de septembre en se voyant une fois par semaine. Il voulait donner la dimension de ce qu’il avait, à ses yeux, réussi comme Premier ministre », raconte l’éditorialiste. Puis viennent les premiers meetings, à Lille le 7 mars et à La Réunion le 9. Dans l’avion du retour, le socialiste commet une maladresse considérée comme l’un des tournants de la campagne présidentielle. « On est au cul de l’avion. Toute la presse est là et Lionel Jospin se ramène », se souvient Didier Hassoux, alors journaliste à Libération.
Au milieu de « propos banals » sur la campagne, le candidat se lâche : « [Chirac] est fatigué, vieilli, gagné par une certaine usure du pouvoir ». Les journalistes se regardent incrédules et, tandis que le candidat retourne à l’avant pour dormir, ils vérifient auprès du conseiller presse, Yves Colmou. « On va le chercher et je lui pose la question : ‘C’était du off ou pas ? On peut l’écrire ?’ Et il nous dit : ‘Allez-y' », se souvient Didier Hassoux, qui rentre à Paris et rédige rapidement son article.
« Il y a eu un débat entre journalistes sur l’opportunité de sortir le truc ou pas, mais dans la mesure où ce n’était pas du off… »
Didier Hassoux, journalisteà franceinfo
La dépêche AFP est reprise partout, et le RPR, le parti de droite dirigé par Jacques Chirac, va profiter de la sortie de route. « Qu’est-ce que j’entends ? Des propos sur le physique, sur le mental, sur la santé… C’est une technique qui s’apparente (…) presque au délit de sale gueule », réagit sur France 2 Jacques Chirac. Les ventes du livre d’entretiens avec Alain Duhamel, jusque-là florissantes, « s’arrêtent pile le lendemain de cette phrase polémique », se souvient le contributeur. « La droite en a fait des caisses et Lionel Jospin n’est plus apparu comme l’homme intègre et bienveillant ; d’un seul coup, il a pris l’image de l’agressif », constate Jean-Christophe Cambadélis.
« Ce n’est pas moi. Cela ne me ressemble pas », tente de s’excuser une semaine plus tard le candidat Jospin. Mais le mal est fait. D’autant que l’écurie socialiste commet en parallèle une succession d’erreurs stratégiques, avec des gages donnés aux centristes, quitte à délaisser sa base électorale. « Le projet que je propose au pays n’est pas un projet socialiste », déclare ainsi le candidat sur France 2 en début de campagne, pensant déjà à rassembler en vue du duel final. « On a oublié de faire la campagne de premier tour avant de faire celle du second, ça, je suis d’accord », admet Jean Glavany.
« Je n’ai cessé de le dire pendant la campagne, mais tout le monde était déjà tourné vers le deuxième tour. »
Jean Glavany, directeur de campagneà franceinfo
Les affiches du second tour « Présider autrement » sont déjà dans les cartons et Jean-Christophe Cambadélis travaille sur l’opération « Tempêtes plurielles », qui doit permettre à l’ensemble des candidats de gauche de se rallier derrière le socialiste dans l’entre-deux-tours. Mais sur le terrain, la campagne ne prend pas. Lors d’un déplacement sur la recherche à Evry (Essonne), Lionel Jospin se confronte à un syndicaliste : « Si à chaque fois qu’il y a un plan social, on doit nationaliser… », lâche le Premier ministre. Les médias retiennent cette séquence plutôt que les promesses du candidat faites aux chercheurs. Par ailleurs, cette ligne, incarnée par la formule « Il ne faut pas tout attendre de l’Etat », coûte de nouveaux points au candidat.
Au fil des semaines, beaucoup se demandent où est la cohérence, d’autant que la campagne est gérée par plusieurs pôles qui s’entendent difficilement. Jean Glavany dirige la campagne au QG, Pierre Moscovici se charge du projet rue de Solférino, au siège du PS, et le directeur du cabinet à Matignon, Olivier Schrameck, influence également les choix de campagne.
« Il faut qu’on travaille mieux ensemble, on a plein de petits problèmes », lance Jean Glavany à Pierre Moscovici dans le documentaire Comme un coup de tonnerre, qui dévoile les coulisses de la campagne. « Pierre Moscovici à Solférino est d’un certain point de vue coupé de l’équipe de campagne. Il refuse d’aller dans ce ‘cloaque’, pour reprendre une des formules de l’époque », assure Jean-Christophe Cambadélis.
« J’ai extrêmement peu de temps pour réfléchir politiquement à cette campagne, vous me faites courir… »
Lionel Jospindans le documentaire « Comme un coup de tonnerre »
Résultat, « la campagne est désincarnée. Tous les thèmes sont coupés en morceaux, avec un voyage pour parler de culture à tel endroit, d’éducation à tel autre… Il manque une ligne », estime Jack Lang. « Tout cela est résumé dans le incident que cette campagne n’a pas un slogan, mais plusieurs », ajoute Jean-Christophe Cambadélis, qui évoque par ailleurs « un phénomène de cour » qui n’est pas de nature à alerter le candidat. « Tout l’état-major, à peu près une centaine de personnes, était sûr de gagner. Donc ils étaient tous dans le regard de Lionel Jospin pour être ministre ou Premier ministre. »
Personne ou presque ne tire la sonnette d’alarme, d’autant que l’illusion est collective, avec un vote Le Pen sous-estimé par les sondages. Et si le scénario s’est répété depuis, personne ne croit à l’époque à l’hypothèse d’un FN qualifié pour le second tour. « L’aveuglement est dans la campagne, mais aussi chez les sondeurs, les essayistes, dans les médias », retrace Gérard Le Gall. Le conseiller sondages alerte la direction de campagne du risque, lors de deux réunions durant la dernière semaine, le lundi et le mardi. « Statistiquement, les niveaux se recoupent », insiste-t-il à cinq jours du premier tour, évoquant ainsi une possible élimination de Lionel Jospin. « C’est un argument de perdant et je vous déconseille de l’utiliser et même d’en parler ! », lance Jean-Marc Ayrault, porte-parole de la campagne.
« Ce n’était pas dans les esprits parce que c’était impensable. J’ai dit l’indicible et personne ne m’a cru. »
Gérard Le Gall, conseiller sondages de la campagneà franceinfo
Inquiet, Gérard Le Gall alerte quand même à deux reprises le journal Le Monde, qui va également faire la sourde oreille. « Ce qui l’emporte dans la discussion collective, c’est qu’on est peut-être l’objet d’une manœuvre du Parti socialiste, qui voudrait, dans la dernière ligne droite, mobiliser ses troupes », reconnaît dans un podcast de Slate l’ex-directeur du quotidien, Jean-Marie Colombani. Aucun média n’évoque l’hypothèse et pourtant, cinq jours plus tard, les courbes se croisent. Jean-Marie Le Pen accède au deuxième tour et Lionel Jospin tire sa révérence. « Il aurait dû être élu président de la République. Et il aurait été un bon président, estime Jack Lang. C’est une anomalie absolue de l’histoire. »
Source : www.franceinfo.fr
Conclusion : Notre équipe gardera un œil sur l’évolution de la situation.

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