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24 mars 2026Sur TikTok, la tendance hyperprotéinée et viriliste du « boy kibble » inquiète les nutritionnistes
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Nos rédacteurs mettent en avant les points clés de « Sur TikTok, la tendance hyperprotéinée et viriliste du « boy kibble » inquiète les nutritionnistes ».
Points essentiels de l’article
Unsplash / Vicky Ng
La tendance « boy kibble » consiste à consommer le maximum de protéines grâce à quelques ingrédients cuits tous ensemble dans une même poêle.
En 2023, déferlait sur TikTok la trend « girl dinner ». Ce « repas de fille » consistait pour certaines à composer une assiette de fruits et des légumes à picorer, pour d’autres, à associer une poignée de pâtes et un énorme verre de vin. le aspect clé commun de ces dîners plus ou moins chaotiques était toujours le même : ils étaient rapides à préparer, et surtout très peu nutritifs.
Trois ans plus tard, c’est aux jeunes hommes que s’adresse la tendance « boy kibble ». Littéralement traduite par « croquettes pour garçons », elle promet de les aider à réduire leur masse grasse et à conserver leur masse musculaire, le tout, en réduisant au maximum le temps de préparation. Comment ? En ingurgitant – il n’y a pas d’autres mots – le maximum de protéines grâce à quelques ingrédients basiques, cuits tous ensemble dans une même poêle : du riz blanc, de la viande hachée, parfois surmontée d’un œuf et, dans de rares cas, de quelques légumes type maïs ou carottes.
« L’idée, c’est de préparer une grande quantité de nourriture, un peu comme une bouillie, qui contient tous les nutriments nécessaires pour la semaine, explique au New York Times Patrick Kong, 28 ans et adepte de “boy kibble”. Ensuite, on en mange tout au long de la semaine. » Il aurait, assure-t-il, perdu 9 kg en six mois grâce à ce repas hyperprotéiné.
Une alimentation pauvre en fibres et en vitamines
Le « boy kibble » fait l’impasse sur la variété nutritionnelle. Son créateur autoproclamé, le créateur de contenus Christian Miles, membre de la Fédération internationale de bodybuilding, promet plutôt à ceux qui le mangent d’obtenir un corps tout en muscles sans trop d’effort.
Mais sans surprise, ce plat sans sauce et presque sans légumes est loin d’être idéal pour la santé, d’autant plus lorsqu’il est consommé à tous les repas. « Ce n’est pas parce que la nourriture est simple, ennuyeuse et fade qu’elle est saine, résume auprès de Parents.com la diététicienne nutritionniste américaine Destini Moody. Il n’y a aucune vertu supérieure à manger ainsi tous les soirs. Souffrir ne signifie pas être meilleur, cela signifie simplement qu’on ignore ce qui est bon pour soi, et ce n’est pas une qualité à rechercher chez un créateur de contenus. »
Ce type d’assiette dépourvue de céréales complètes et de légumes est d’autant plus néfaste qu’elle prive ceux qui la consomment régulièrement d’apports essentiels à une bonne santé : des acides gras, des vitamines, du calcium, du fer ou encore de la vitamine D, liste auprès de Parents la pédiatre Madison Szar. « De plus, le manque de fibres expose les enfants à un risque de constipation et ne favorise pas un microbiote intestinal sain », ajoute la professionnelle de santé, qui met en garde les garçons et jeunes hommes tentés par la trend « boy kibble » : en se fiant à ces conseils nutritionnels glanés sur les réseaux sociaux pour optimiser leur santé et accroître leur masse musculaire, ils risquent en réalité de nuire à leur santé et à leur forme physique.
Une tendance aux accents masculinistes
Au-delà de son aspect purement nutritionnel, la trend « boy kibble » interroge aussi par le message qu’elle véhicule. Alors que l’optimisation de l’apport en protéines était autrefois réservée aux adeptes de fitness et de musculation, elle est désormais pratiquée par de plus d’hommes et même de jeunes garçons, certains encore adolescents avec un objectif clair : afficher une musculature développée pour correspondre à un certain idéal masculin.
Interrogée par le New York Times, Emily Contois, professeure agrégée d’études médiatiques et autrice de Diners, Dudes and Diets : How Gender and Power Collide in Food Media and Culture (Restaurants, hommes et régimes : quand genre et pouvoir s’affrontent dans les médias et la culture culinaires, 2020, non traduit en français), explique même que l’emploi du mot « boy », (« garçon ») dans le nom de la trend n’est pas anodin. Selon elle, il contribue à « atténuer ce qui pourrait être perçu comme des comportements de consommation relevant de la masculinité toxique » et serait le signe d’un « retour de bâton des hommes qui souhaitent se réapproprier une autorité masculine plus traditionnelle et conventionnelle ».
L’experte estime même que cette trend s’inscrit dans une logique encore plus large : celle d’une instrumentalisation de l’alimentation et de la santé au service d’une idéologie conservatrice et viriliste. Elle en veut pour preuve les conseils nutritionnels controversés du secrétaire d’État à la Santé américain, Robert F. Kennedy Jr., antivax notoire et qui fait régulièrement la promotion de la consommation de lait cru et de suif de bœuf malgré les avertissements de professionnels de santé.
Si pour l’heure, la trend « boy kibble » reste encore confidentielle – elle compte quelles centaines de vidéos sur TikTok et sur Instagram -, elle participe à une redéfinition d’une masculinité axée sur la performance, et donc à la montée de l’idéologie masculiniste. D’ailleurs, Patrick Kong l’assure au New York Times : avec 364 000 likes et plus de 25 000 commentaires, sa vidéo sur les « croquettes pour garçons » est actuellement celle qui cumule le plus de vues sur ses réseaux sociaux.
Source : www.huffingtonpost.fr
Conclusion : Nous restons vigilants sur les évolutions de cette information.

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