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4 mars 2026
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4 mars 2026Première avancée judiciaire, au Kenya, pour démanteler un immense réseau qui a dupé un millier de Kényans avec des promesses de travail en Russie pour finalement les envoyer combattre en Ukraine (je vous en parlais mercredi) : un homme de 33 ans a été inculpé, hier, de « traite d’êtres humains », annoncent les quotidiens kényans Daily Nation et The Star, ainsi que le Moscow Times. L’accusé, Festus Omwamba, avait été identifié, notamment, par trois recrues kényanes qui se sont confiés à l’agence Associated Press : un jeune homme a expliqué qu’on lui avait promis un emploi de plombier en Russie, mais à son arrivée, passeport confisqué. Ce Kényan a alors été emmené dans un camp militaire pendant quelques jours avant d’être déployé sur le front en Ukraine. Un autre homme, rapporte le Washington Post, a dit avoir rencontré le recruteur Festus Omwamba dans une maison de Nairobi, où d’autres personnes attendaient de partir pour la Russie. « Cette affaire n’est peut-être que la partie émergée de l’iceberg », prévient NTV Kenya, car l’accusé « a pu agir avec la protection ou l’implication de personnalités puissantes au sein de l’administration du président William Ruto, exploitant des Kényans qui souffre de la crise économique. »
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La pression monte autour de responsables kényans qui ont facilité le recrutement d’un millier de Kényans par la Russie : « Le ministère de l’Intérieur est confronté à une forte pression de la part des parlementaires qui réclament l’arrestation et la poursuite des fonctionnaires soupçonnés d’avoir facilité l’envoi de Kényans en Russie pour combattre en Ukraine », explique le présentateur du JT de Citizen TV Kenya. « Un rapport des services de renseignement, présenté au Parlement, a révélé que des agents de l’immigration, des enquêtes criminelles et de l’Agence nationale pour l’emploi ont joué un rôle clé dans ce recrutement, veillant à ce que les Kényans ne soient pas interceptés à l’aéroport international Jomo Kenyatta à Nairobi », rapporte Citizen TV Kenya. Sans compter le rôle de l’ambassade russe à Nairobi et de l’ambassade du Kenya en Russie, si bien que des députés parlent de « trafic d’êtres humains » passant notamment par « la Turquie, Abou Dhabi, l’Ouganda, la RDC, l’Afrique du Sud », précise Citizen TV Kenya.
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Plus de 1 400 Africains combattent pour la Russie, de « la chair à canon » : Alors que la guerre en Ukraine entre dans sa cinquième année, « l’Afrique apparaît comme l’un des continents les plus touchés en dehors de la zone de guerre immédiate », alerte le quotidien kényan The Star et la revue The East African. Plus de 1 400 Africains combattent pour la Russie et sont envoyés en première ligne, précisent The Star, l’hebdomadaire sud-africain The Continent, le Guardian et le collectif d’investigation All Eyes on Wagner. « De la chair à canon », résument le quotidien britannique The Telegraph et la chaîne américaine CNN, qui font voir des images insoutenables : une vidéo, censée montrer les préparatifs d’une attaque, met en scène un Africain, Francis, recruté par l’armée russe, être utilisé comme une bombe humaine. « Il a une mine terrestre attaché à la poitrine », décrit le journaliste de CNN Larry Madowo. Ce soldat africain essuie des insultes racistes avant d’être forcé, sous la menace d’une arme, de courir à travers un no man’s land pour cibler des positions ukrainiennes sur la ligne de front, ajoute The Telegraph. Un homme dit en russe que cet Africain sert « d’ouvre-boîte » pour pénétrer dans un bunker ennemi, poursuit CNN. Vidéo traumatisante pour la mère de cet homme que CNN a retrouvé au Kenya. Son fils Francis est ingénieur de formation, précise CNN, on lui avait promis un emploi civil en Russie, mais il a été contraint, ensuite, de s’enrôler dans l’armée. Trois semaines d’entraînement puis direction : la ligne de front.
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« La Russie ratisse l’Afrique pour combler ses pertes humaines », analyse Jeune Afrique, carte à l’appui : l’Égypte fournit le plus de combattants, mais des ressortissants du Kenya, du Cameroun, du Ghana, de Gambie, du Mali sont aussi recrutés. Nombre d’entre eux recherchent désespérément un moyen de gagner de l’argent, note le Guardian, et deviennent la proie de fausses annonces sur les réseaux sociaux, « d’influenceurs transformés en rabatteurs », note Jeune Afrique, sur le sol africain comme en Russie – j’en ai parlé ici même le mois dernier. Une enquête passionnante de près d’un heure de la BBC a révélé l’existence d’une filière de recrutement entre plusieurs pays et une femme russe, Polina Alexandrovna Azarnykh, ancienne prof âgée aujourd’hui de 40 ans. Avant la guerre, Polina gérait un groupe Facebook qui aidait des étudiants arabes à venir travailler à Moscou. Depuis, elle s’appuie sur ce groupe et sur une chaîne Telegram à 21 000 abonnés pour faire sa pub et convaincre de jeunes Yéménites, Égyptiens, Irakiens, Syriens, de s’engager dans l’armée russe, avec la promesse de gagner beaucoup d’argent et d’obtenir la citoyenneté russe, détaille BBC Eye Investigation. Si les jeunes recrues acceptent de lui verser 3 000 dollars, pas besoin de combattre, prétend Polina. Elle pourrait également toucher entre 300 et 4 000 dollars de la part des autorités russes pour chaque enrôlement, affirment un témoin et une spécialiste de l’Institut de la guerre interrogés par la BBC.
Entretien avec Lou Osborn, membre du collectif All Eyes on Wagner IMPACT.
Des Kényans, Egyptiens, Camerounais, Ghanéens, Togolais, notamment, sont attirés en Russie par de fausses annonces d’emploi et par des influenceurs puis sont contraints, une fois sur le sol russe, de s’engager dans l’armée pour aller combattre en Ukraine. Comment ces hommes se retrouvent-ils sur la ligne de front ?
Pour résumer, il y a trois cas de figure. Le premier, ce sont des hommes qui savent qu’ils s’engagent dans l’armée mais ce qu’ils ne savent pas, en revanche, ce sont les conditions dans lesquelles ils vont se retrouver. La deuxième situation, ce sont des gens à qui on promet une offre d’emploi, un programme universitaire qui est, en fait, une fausse annonce. Ils partent en Russie et au moment où ils arrivent, ils signent un document, sans savoir ce que c’est. Et en fait, on les emmène non pas sur leur lieu de travail, mais dans une base militaire. Et la troisième situation qu’on a documentée, et qui nous est aussi rapportée par les familles, ce sont des gens qui sont déjà en Russie, dans des emplois ou des programmes universitaires, qui arrivent à la fin de leur visa ou qui rencontrent un problème administratif. On leur met alors sur la table un choix très difficile : soit on les expulse, soit ils s’engagent dans l’armée. Quand on entend les dernières déclarations des autorités kényanes, elles évoquent un millier de personnes enrôlées ainsi dans l’armée russe. C’est déjà énorme mais on serait facilement autour de 2 500 ou 3 000 recrues pour le continent africain. Cela touche 35 pays en Afrique, notamment le Cameroun, l’Egypte et le Ghana qui ont beaucoup d’hommes recrutés dans ces filières.
Quelle est la part de responsabilité des autorités russes et africaines, des influenceurs qui exploitent cette misère de ressortissants africains ?
La part de responsabilité du gouvernement russe, elle est totale parce qu’en fait, c’est vraiment organisé par eux. On a même un recruteur russe qui nous a dit que ce recrutement est coordonné par le service de sécurité russe, le FSB.
Sur la responsabilité des autorités africaines, on voit des pays qui aujourd’hui sont complètement silencieux, il n’y a pas vraiment eu de réponse. On voit des pays comme le Kenya, l’Afrique du Sud, le Ghana aussi, qui prennent le problème à bras le corps : ils essayent de négocier des rapatriements avec le Kremlin ou donnent carrément une réponse policière, où ils démantèlent les réseaux de recrutement.
Sur les acteurs de la coopération russo-africaine et les influenceurs, ce sont des gens qui sont mobilisés, notamment, pour un programme adjacent : le programme « Alabuga Start », qui recrute des jeunes femmes pour aller monter des drones en Russie.
Si l’on prend l’exemple du programme « Alabuga Start », qui emploie des jeunes femmes africaines de 18-22 ans pour fabriquer des drones en Russie, alors qu’on leur promettait au départ des emplois ou des formations dans l’hôtellerie-restauration, si l’on prend également le cas du Kenya, où des agents de l’immigration et de l’Agence nationale pour l’emploi ont joué un rôle clé dans ce recrutement, est-ce que les réponses des différents pays africains sont à la hauteur de la détresse des familles qui veulent voir leurs proches rentrer en Afrique ?
Evidemment, aujourd’hui, la réponse n’est pas à la hauteur. Et vous mentionnez un phénomène qui est assez important et qui nous permet de nous extraire du débat géopolitique qui se joue : on est face à des réseaux de trafic humain. Et donc pour qu’ils fonctionnent, il faut évidemment qu’il y ait la complicité de responsables locaux qui facilitent les départs, qui facilitent l’accréditation des agences de recrutement ou de voyages, etc. Cette complicité rend le démantèlement des filières beaucoup plus difficile parce qu’on est sur des histoires de corruption, de « bakchich » pour que faire fonctionner ces réseaux.
Là où il y a un vrai travail de la machine de propagande russe, c’est qu’aujourd’hui, dans le discours qui est fait au continent africain sur les opportunités qu’offre un partenariat avec la Russie, ils ont un boulevard. Parce que si l’on regarde le discours européen, il n’est pas vraiment pro-immigration. Les Russes en jouent et ils en abusent en créant une espèce d’image très fantasmée de la Russie qui attire, du coup, ces candidats à des emplois et à une vie meilleure. Mais c’est complètement faux puisque derrière, ces Africains se retrouvent en première ligne au front. Et pour obtenir un passeport, il faut qu’ils survivent plus d’un an dans l’armée russe, sachant que la durée de survie moyenne est de six mois et l’on a beaucoup de cas où c’est juste un mois.
Pour faire un deuil, il faut être capable d’enterrer ses morts. Or, il n’y a aucune information sur ce qu’il est advenu des corps de ces recrues africaines. Ce sont des histoires atroces et ce n’est pas un phénomène qui concerne seulement l’Afrique. On a aussi l’Inde, le Sri Lanka, le Népal, certains pays d’Amérique latine où des combattants sont enrôlés de force. Le phénomène des combattants étrangers pour la Russie est très important.
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