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7 mars 2026les féministes s’approprient la nuit depuis les années 1970, des marches nocturnes aux runnings clubs
• Aujourd’hui, aussi bien des marches nocturnes que des clubs de course non-mixtes sont organisés pour réduire la peur et renforcer la solidarité entre femmes.
• Ces actions ont contribué à des avancées législatives, comme la loi sur le viol de 1980.
« Marchons la nuit pour ne plus nous faire marcher dessus le jour. » Voici le genre de slogan que scandaient déjà les féministes dans les années 70. Depuis plus de 50 ans, elles s’efforcent d’affirmer qu’être une femme dans l’espace public la nuit, c’est politique. Et pour exister dans cet espace, elles mettent en place des initiatives avec l’ambition qu’ensemble, elles n’auront plus peur.
Pour bien comprendre, il faut remonter à la moitié des années 1970, juste après l’obtention du droit à l’avortement. « C’est une décennie où on interroge le rapport des femmes avec leur corps et la façon dont l’oppression masculine repose sur l’oppression du corps des femmes. La nuit c’est l’espace de la peur. C’est associé à l’espace de l’agression potentiel. La réflexion c’est que les violences faites aux femmes c’est une façon pour les hommes de contrôler le corps des femmes, de les ramener à l’espace privé », nous explique Marie Godo, historienne chercheuse sur les luttes féministes.
Alors pour s’approprier l’espace public, des femmes se rassemblent à la nuit tombée et déambulent dans les centres-villes. On observe ces mouvements d’abord aux États-Unis, puis rapidement en Europe et partout en France, comme vous pouvez le voir avec les images d’archives dans la vidéo en tête de l’article.
Dénoncer le viol
L’objectif pour ces femmes, c’est d’apprendre ensemble à ne plus avoir peur la nuit, mais aussi de s’imposer dans un espace où elles ne sont pas admises pour y dénoncer les violences sexistes et sexuelles.
« Les marches de nuit se déroulent en musique, chanson, c’est une façon de faire la fête dans la rue, avec beaucoup d’humour. Elles sortent des torches, souvent elles sont maquillées, déguisées, des tambours, la musique est très présente, beaucoup de chansons. L’idée c’est de se faire entendre, d’attirer une attention. Il y a cette idée que cette parole sur le viol est très nouvelle et que si on veut la porter, il faut la mettre en scène, la médiatiser », raconte Marie Godo. Et ça marche. La sphère médiatique et politique s’empare du sujet et la loi sur le viol de 1980 voit le jour. Cette dernière redéfinit le viol et durcit les peines des violeurs.
Depuis, le combat féministe pour reprendre la nuit continue, et il prend plusieurs formes. Les marches nocturnes continuent mais leurs revendications et leurs messages évoluent. D’autres marches, comme les marches exploratoires, sont mises en place dans divers environnements. Il s’agit de marcher la nuit pour analyser ce qui crée le sentiment d’insécurité des femmes.
Running clubs féministes
S’approprier la nuit passe aussi par des loisirs ou des moments de fête. Ces dernières années, on a vu apparaître des soirées en boîte de nuit réservées aux femmes par exemple.
Et il y a aussi les clubs de courses en non-mixité qui invitent des joggeuses à courir ensemble à la nuit tombée. À Rennes, le collectif « Run VNR » 100 % féminin, a pour intention de créer « un espace sans jugement, sans pression de performance, où l’on peut courir ensemble, en toute sérénité et en sécurité » a raconté Vicky Fiquet, la fondatrice du club, à Ici Rennes.
Aujourd’hui, il existe donc plein d’initiatives différentes qui permettent aux femmes de se sentir à l’aise la nuit. Mais derrière chacune d’elles, reste la même ambition que celle qui a poussé les femmes à s’engager, il y a plus de 50 ans : « Le nombre fait force, plus on est nombreuses et plus on se soutient. Moins on a peur et plus on peut aussi impressionner les hommes. Il y a une démarche d’occuper l’espace, que ce soit dans un café, que ce soit dans la rue ou dans un club de sport », conclut l’historienne.

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