
Un cloître caché au centre de Rome a un passé mouvementé gravé sur ses murs
20 mars 2026
Benjamin Netanyahu assure que Téhéran n’a plus aucune capacité d’enrichir l’uranium
20 mars 2026La situation à Cuba est-elle si désespérée que l’affirment Donald Trump et son administration ?
• Le président américain espère des réformes sur l’île qui subit un embargo américain depuis 1962.
• Sur place, la situation économique s’était améliorée jusqu’au Covid mais la dégradation est majeure depuis plusieurs mois.
En début de semaine, Donald Trump annonçait « croire » qu’il « aura l’honneur de prendre Cuba », en grandes difficultés économiques, ajoutant un nouveau pays – après le Canada et le Groenland – à ses envies d’expansion. Depuis, les États-Unis maintiennent une pression diplomatique forte sur le gouvernement communiste de l’île, l’exhortant à accélérer les réformes en faveur de l’économie de marché.
« Face au pire scénario, Cuba a une certitude : tout agresseur extérieur se heurtera à une résistance indestructible », a répondu le président cubain Miguel Diaz-Canel. Le dirigeant n’est toutefois pas en position de force : Cuba vit sa pire crise économique depuis plus de 30 ans, au rythme des pannes d’électricité générales (six en 18 mois) et alors qu’un convoi d’aide humanitaire de 20 tonnes arrive progressivement sur l’île par voie aérienne et maritime.
Comment Cuba a-t-elle pu en arriver si bas ? Pour le comprendre, il faut commencer par faire un bond dans le passé d’une soixantaine d’années. À l’été 1962, le président américain John F. Kennedy met en place un embargo économique, commercial et financier à l’encontre de Cuba, en représailles après la nationalisation de terres appartenant à des compagnies américaines. Dès lors les entreprises américaines sont privées de commerce avec l’île, seulement distante de 250 kilomètres des côtes de la Floride. Cet embargo est aussi un moyen de pression utilisé par Washington pour tenter de renverser le régime issu de la Révolution cubaine de 1959.
Avance rapide. Nous voici en 2015, Barack Obama est à la Maison Blanche. Le destin de Cuba va s’accélérer, de manière très positive quand, le 1er juillet, le président démocrate rétablit officiellement les relations diplomatiques entre les deux pays. Un évènement historique qui pourrait mettre fin aux dernières tensions issues de la guerre froide.
Des années touristiques fastes avant le Covid
En découlent plusieurs années fastes, liées à un grand boom du tourisme. En 2017, 2018 et 2019, 4,5 millions de touristes du monde entier, en moyenne, posent le pied sur l’île. Ce qui représente près de 2,5 milliards d’euros de recettes. Des chiffres deux fois supérieurs à ceux connus en 2008. De nombreux Cubains font affaire grâce à la restauration ou la location de logements de vacances. Les croisières, qui apportent un lot important de touristes américains, tournent à plein régime.
Cette période réjouissante pour l’économie de l’île et le moral des Cubains va s’effondrer brutalement, en 2020, à cause du Covid. Le tourisme cesse et le choc économique lié à la pandémie conduit à une baisse du PIB de 10,9 %. En 2021, le nombre de touristes annuel chute ainsi jusqu’à 355 000, avant une reprise timide à 1,6 million l’année suivante.
Mais le mal économique est fait. En parallèle, les transferts de fonds de la diaspora cubaine, qui représentaient la deuxième source de devises pour l’île, chutent fortement. Ils baissent de 47 %, passant de 3,7 milliards de dollars en 2019 à 1,97 milliard en 2023, indiquait dans une note publiée en octobre 2025 le ministère français de l’Économie.
YAMIL LAGE / AFP
Des touristes conduisant des voitures américaines « vintage » dans une rue de La Havane, à Cuba, le 18 mars 2026.
La période post-Covid n’est pas redevenue rose pour autant. Bien au contraire. Sur le plan touristique, seulement 1,8 million de visiteurs étrangers se sont rendus sur l’île en 2025, loin des 2,6 millions espérés par le gouvernement.
Pénuries et pannes d’électricité
Surtout, Donald Trump est de nouveau dans le Bureau ovale et les relations diplomatiques dans toute la région en pâtissent. Dès juillet 2025, le républicain avait demandé à ses principaux ministres de revoir la politique américaine envers Cuba, leur ordonnant d’examiner les sanctions actuelles et de trouver des moyens de les durcir rapidement.
Dans une note de service publiée par la Maison Blanche à ce moment-là, il était écrit que les États-Unis devaient chercher des moyens de mettre fin à tout tourisme vers l’île et de limiter les voyages éducatifs aux groupes organisés et gérés exclusivement par des citoyens américains. Elle indiquait aussi que l’administration Trump « soutient l’embargo économique contre Cuba et s’oppose aux appels lancés aux Nations Unies et dans d’autres instances internationales en faveur de sa levée ».
Comme le montre la vidéo en tête d’article, la situation s’est un peu plus aggravée depuis la capture du président vénézuélien Nicolas Maduro en janvier par les forces américaines et la fin des livraisons de pétrole que Caracas envoyait à son allié. Donald Trump menace en outre de représailles tout pays qui enverrait du pétrole à l’île des Caraïbes.
Toutes ces mesures et événements récents mis bout à bout n’ont fait que renforcer une crise énergétique sur l’île, qui commence à manquer de tout, alors qu’aucun bateau chargé de pétrole n’est officiellement entré à Cuba depuis le 9 janvier. Comme le note France Diplomatie, les pénuries de carburant, de médicaments et de certains aliments, les restrictions liées aux moyens de transport public, la réduction de l’offre de soins dans les hôpitaux ou les pannes d’électricité fréquentes et prolongées, font désormais partie du quotidien des 11 millions de Cubains.
Une réforme économique inédite
Compte tenu du manque de carburants, et donc de kérosène sur place, Air France va même suspendre à partir du 28 mars, et ce jusqu’à la mi-juin, sa liaison aérienne directe avec La Havane. Habituellement, la compagnie dessert l’île trois fois par semaine par gros-porteur.
Face à la colère montante de la population, le gouvernement tente de réagir comme il peut. Il a annoncé lundi une réforme économique inédite, permettant aux entreprises américaines et la diaspora cubaine de pouvoir investir à Cuba dans de nombreux secteurs, comme les banques, l’agriculture, le tourisme, les mines ou les infrastructures. Les Cubains non-résidents sur l’île auraient aussi accès au système financier et pourraient s’associer à des sociétés cubaines, publiques comme privées, rapporte Le Monde.
Dès le lendemain, le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, d’origine cubaine et farouchement anticastriste, a considéré que ces réformes n’étaient « pas assez radicales », qu’elles ne suffiraient « pas à redresser la situation », et que les Cubains devaient « nommer de nouveaux responsables ».
Le renouveau n’est donc peut-être pas pour demain pour les Cubains, qui pourraient bien devoir attendre, dans un premier temps, la fin du mandat de Donald Trump à la Maison Blanche, en 2028, pour connaître un vent d’espoir.
Source : www.huffingtonpost.fr

9999999
