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24 mars 2026TRANSPARENCE. Guerre en Iran : comment les rédactions de France Télévisions sélectionnent elle leurs invités experts ?
Analyse : L’équipe éditoriale a repéré les points les plus pertinents.
Les journalistes partagent leur point de vue sur « TRANSPARENCE. Guerre en Iran : comment les rédactions de France Télévisions sélectionnent elle leurs invités experts ? ».
Ce qu’il est utile de savoir
« On essaye d’avoir sur notre plateau à la fois de l’expertise militaire, parce que c’est une guerre, et de l’expertise diplomatique. Des interlocuteurs capables de parler avec précision et de répondre à des questions très techniques, résume Romain Messy, directeur de la rédaction de franceinfo TV (canal 16). C’est pour cela que nos plateaux se structurent notamment autour de diplomates et d’experts militaires. »
Les opérations américano-israéliennes contre l’Iran, les menaces de contagion régionale et l’engagement de la France occupent prioritairement les journaux et les magazines de France Télévisions. Ils imposent aux rédactions une urgence : donner un sens et un contexte à des événements complexes et violents. Pour les expliquer, les rédactions s’appuient sur des profils capables de décrypter les stratégies militaires, ou encore les enjeux du droit international. Les experts militaires – généraux retraités, officiers supérieurs – excellent pour décoder les cartes, les mouvements de troupes, les frappes de précision ou les stratégies navales. Les diplomates, eux – anciens ambassadeurs, négociateurs, conseillers au Quai d’Orsay – apportent l’éclairage sur les coulisses des négociations éventuelles, les alliances régionales, les sanctions internationales.
« Inviter un ou une expert(e) est une responsabilité : c’est lui accorder une autorité, lui conférer un rôle rassurant face à la complexité d’une situation. »
Romain MessyDirecteur de la rédaction de la chaine info
« Quantitativement les experts ne sont pas nombreux, et toutes les chaînes se les disputent, poursuit Romain Messy. Ce qui signifie qu’on va tourner avec un nombre de profils assez restreint. Tous ont cette légitimité de parler du conflit, par rapport aux pays dans lesquels ils ont été en poste [ou qu’ils étudient]. Parce qu’ils connaissent ce terrain, ils connaissent les relations diplomatiques avec les pays du Moyen-Orient. »
« Ce n’est pas tout d’avoir été militaire, poursuit-il. Il faut aussi que l’expert ou l’experte soit à l’aise dans les médias pour être capable de parler à des téléspectateurs qui ne connaissent pas la chose militaire. Pour les diplomates, c’est la même chose. Ce qui compte pour nous c’est que chacun puisse amener un éclairage et qu’à la fin, on sorte enrichi », poursuit-il.
Pour Christina Hadjidakis, rédactrice en chef en charge de la cellule invités pour franceinfo TV et le journal de 20h de France 2, « la programmation [d’invités], c’est le nerf de la guerre ». Ce travail, aussi appelé « booking » dans le jargon, est aussi invisible que capital. Il consiste à identifier, joindre et convaincre des invités. Pour réussir, les programmateurs aux carnets d’adresses bien fournis activent leurs réseaux.
« Dans cette actualité forte, qui écrase tout, il faut être les premiers à décrocher ces experts. A franceinfo nous devons trouver 50 invités par jour. 3 pour chaque demi-heure d’antenne. C’est un défi pour mon équipe et moi », explique Christina Hadjidakis.
« Si, sur notre plateau, nous parlons du déplacement du porte-avion Charles de Gaulle, nous allons choisir un ancien militaire de la marine. Si nous parlons des Rafale, nous faisons le choix de partir sur un ancien chef d’état major de l’armée de l’air. En fonction de l’angle choisi, nous affinons en permanence », précise-t-elle. Autrement dit, être un expert militaire « généraliste » ne suffit pas forcément. La spécialisation est la bienvenue à chaque fois que c’est possible.
Les journalistes désignent par le terme de « toutologue » ces soi-disant experts au champ de connaissance très (trop) large, connus pour leur éloquence et leur culot, capables de parler (mal) d’à peu près tout. Quand l’actualité se tend, et que les questions factuelles se font de plus en plus nombreuses et précises, les « toutologues » ne font plus illusion et risquent de commettre de graves erreurs d’interprétation. Dans les conflits armés, les téléspectateurs ont grand besoin des invités pour comprendre ce qui se joue heure par heure, au-delà des images. Les anciens officiers conviés peuvent aisément décrypter, par exemple, les cartes projetées derrière eux, analyser les tactiques militaires, comparer les styles d’armes et résumer les enjeux du conflit.
« Leur pédigrée est important. On regarde leur parcours, et on les choisit aussi en fonction des lieux où ils ont été en poste. »
Anne RobinelJournaliste – Programmatrice pour « C’est dans l’air »
Les rédactions de France Télévisions disposent d’un vivier : officiers contactés via les états-majors, diplomates via les cercles du ministère des Affaires étrangères, analystes via les instituts de relations internationales (IFRI, IRIS). Mais choisir un invité ne signifie pas lui offrir « un micro » sans condition. Les équipes éditoriales épluchent les parcours, les prises de positions publiques. Une étape de vérification essentielle. L’expert « chimiquement pur », c’est à dire vierge de tout biais politique, philosophique ou autres, n’existe pas. A la rédaction d’identifier ces biais et d’équilibrer ses plateaux.
« Nous avons des listings d’invités dans lesquels nous puisons chaque jour. Et évidemment le CV de chaque expert présent sur le plateau est décortiqué en amont. Après 15 ans passés à la rédaction de l’émission « C’est dans l’air », je finis par pratiquement tous les connaitre et au fil du temps, nous avons tissé un lien de confiance », précise Anne Robinel, journaliste programmatrice.
A l’antenne (mais aussi dans la liste mensuelle des invités de franceinfo TV, par exemple), l’enjeu est de présenter clairement qui est qui : fonction, affiliation, engagements passés connus du public.
Pour Romain Messy : « Dans le cas des militaires et des diplomates c’est assez simple parce que leur CV parle de lui-même, personne ne peut s’inventer ancien ambassadeur de France à Téhéran. Pour chaque expert qui vient sur notre plateau, nous connaissons son profil, ses principales fonctions passées et les conflits sur lesquels il a travaillé », ajoute le directeur de la rédaction du canal 16.
« Mon tableau Excel ne se limite pas à des milliers de noms et numéros de téléphone, souligne pour sa part Christina Hadjidakis. « Je note tout, je sais par exemple que Philippe Etienne a été ambassadeur de France aux Etats-Unis au moment du premier mandat de Donald Trump. Et je sais qu’il sera un très bon invité sur notre antenne ». » Un ancien ambassadeur en poste en Chine ou en Afrique n’a aucun intérêt pour nous », précise la rédactrice en chef en charge de la cellule invités.
« Cela nous est arrivé parfois d’écarter certains invités qui ont dérapé à l’antenne, dit des choses qui pour le coup n’étaient plus de l’expertise, mais qui était du registre de l’idéologie pure et simple ou de l’appel à la violence. »
Romain MessyDirecteur de la rédaction de franceinfo TV
Tous les spécialistes de la guerre en Iran ne trouvent pas leur place sur nos plateaux. Certains invités, pourtant très présents dans le débat public, sont écartés par choix éditorial : positions trop militantes, propos agressifs. Autant de signaux qui conduisent parfois nos équipes à dire non, afin de préserver la qualité du débat et la confiance du public.
« Il y a des gens parfois qu’on a mis de côté en se disant que leur parole peut déraper, l’idée ce n’est pas d’écrire les textes des invités qui viennent en plateau. Mais nous n’avons pas envie de nous retrouver avec des personnes qui vont appeler à tuer les gens du camp d’en face. Cela nous est arrivé sur le conflit à Gaza. Les tensions sont telles qu’on a pu avoir des invités en plateau qui de temps en temps sortaient du champ républicain [et de la légalité]« , explique Romain Messy qui ajoute : « Cela nous est arrivé après des émissions, lors des points réguliers avec la cellule programmation, de se dire untel ou untel on ne les invite plus sur le conflit au Proche-Orient, parce que l’on risque un dérapage à l’antenne ». Si la justice est indulgente lorsque les propos sont tenus en direct, il n’en reste pas moins que la maîtrise de l’antenne est un critère majeur du cahier des charges de France Télévisions.
« On lutte à armes inégales de ce point de vue là. »
Romain MessyDirecteur de la rédaction de franceinfo TV
Tous les invités ne sont pas accessibles à France Télévisions. Certains experts militaires ou diplomates, très demandés depuis le début de la guerre en Iran, sont liés par des contrats d’exclusivité avec des chaînes concurrentes ou rémunérés pour chacune de leurs apparitions. Pour des raisons déontologiques, mais aussi financières, le service public n’entre pas dans cette logique de “plateaux payants”. Ce qui conduit parfois la rédaction à renoncer à des “têtes d’affiche” au profit d’autres voix, tout aussi compétentes.
« Cela ne sert à rien d’appeler tel général ou tel ancien diplomate car nous savons qu’il est sous contrat et payé par une chaîne concurrente. Tous les anciens généraux qui se succèdent sur notre antenne viennent de manière citoyenne et bénévole. Ils viennent expliquer la guerre au Moyen-Orient. Et c’est pareil pour les diplomates, et tous nos invités. »
« Nous avons un carnet d’adresses bien fourni. Et ceux qui viennent sur le plateau de franceinfo TV ou au 20h de France 2 nous font confiance. A l’image du Général Dutartre qui est revenu à plusieurs reprises au 20h, il est concis, explique bien et a compris la mécanique de la télévision », ajoute Christina Hadjidakis.
Cet engagement bénévole est parfois très ancien, comme l’explique Anne Robinel : « Vu la longévité de C dans l’air – moi-même j’y travaille depuis 15 ans – nos experts viennent de manière régulière et ce depuis des années ».
« Il y a une nécessité de croiser les regards, c’est important pour l’émission. Et c’est pour ça qu’on mêle les expertises. »
Anne RobinelJournaliste programmatrice pour « C’est dans l’air »
Si les experts militaires et diplomates restent incontournables pour décrypter les frappes iraniennes et les enjeux stratégiques, France Télévisions s’attache à ouvrir ses plateaux à d’autres profils : universitaires indépendants, membres de la société civile, analystes de la diaspora iranienne, juristes du droit international ou même témoins exfiltrés. Un croisement des regards pour mieux comprendre se qui se joue au Moyen-Orient.
« Outre l’expertise militaire et diplomatique, il est important pour nous de donner de la place aux voix iraniennes, car il n’y pas une voix iranienne au singulier, mais plusieurs, ajoute Romain Messy. Aussi nous ouvrons notre plateaux à différents types d’invités. A des témoins, des chercheurs, des historiens, des universitaires qui connaissent ces pays. Tous les jours nous devons trouver les grandes questions qui sont posées par rapport à l’évolution de la guerre. Nous devons avoir des faits et du décryptage. Je demande à nos invités de donner des clés pour comprendre ce qui est en train de se jouer », poursuit le directeur de la rédaction de franceinfo TV.
« C’est vraiment important de trouver des profils diversifiés pour nous parler de cette guerre. Nos invités ne doivent pas dire la même chose, il faut que leurs propos se complètent. Un militaire aux côtés d’un géo-politologue, d’un expert des États-Unis, et la parole d’un iranienne installée à Paris se succèdent sur notre plateau », conclut Christina Hadjidakis.
Source : www.franceinfo.fr
Conclusion : Nous continuerons à partager nos observations sur cette actualité.

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