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25 avril 2026Dalip Singh, 24 ans, premier marin mort sous le feu iranien dans le détroit d’Ormuz – franceinfo
Analyse : Cette information a été analysée pour vous fournir un résumé clair.
Voici notre analyse rapide sur « Dalip Singh, 24 ans, premier marin mort sous le feu iranien dans le détroit d’Ormuz – franceinfo ».
Points essentiels
Le 1er mars, une frappe iranienne a pulvérisé le pétrolier sur lequel se trouvait le jeune Indien. Deux mois après, son corps n’a toujours pas été retrouvé. Franceinfo a retracé sa vie, jusqu’au fracas de la guerre.
« Tout va bien à bord. » Ce 27 février, Dalip Singh appelle ses parents, restés en Inde, pour leur donner quelques nouvelles. Le pétrolier Skylight sur lequel il a embarqué vogue dans les eaux territoriales du sultanat d’Oman, tout près de la côte. Les Etats-Unis et Israël n’ont pas encore lancé leur attaque sur l’Iran, et la circulation dans le détroit d’Ormuz est extrêmement fluide, alors « ça va, ne vous inquiétez pas ». Deux jours plus tard, nouveau message, signé de l’armateur cette fois : « Nous vous annonçons que votre fils est mort ».
Le dimanche 1er mars, le soleil vient de se lever sur les eaux du Golfe quand un missile tiré depuis l’Iran pulvérise l’imposant tanker. Une première explosion fend le ciel. Puis une seconde. A bord, la panique envahit l’équipage de vingt marins, dont quinze Indiens. La plupart d’entre eux attrapent un gilet de sauvetage et sautent dans les navires qui viennent de se déporter après avoir entendu l’appel de détresse du Skylight.
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Au fur et à mesure que les secouristes se rapprochent de la zone en zodiac, ils découvrent l’ampleur des dégâts. Sur une vidéo tournée au smartphone, un sauveteur n’en revient pas de ce qu’il voit. D’immenses flammes ont déjà rongé une partie de la coque, ainsi que le pont. A l’intérieur, les cabines sont calcinées, la salle des machines déchiquetée. Le noir de la suie a recouvert le bleu originel de la carcasse.
Dans cette scène d’horreur, aucune trace de Dalip Singh. « Des morceaux de corps du capitaine ont fini par être retrouvés, ils étaient éparpillés à plusieurs endroits. Mais le corps de Dalip, personne ne sait où il est », raconte à franceinfo Devi Singh, son cousin.
« Les garde-côtes nous ont dit qu’ils nous préviendraient s’ils retrouvaient son corps. Peu de chances que ça arrive : cela fait déjà bientôt deux mois. »
Devi Singh, cousin de Dalipà franceinfo
La télévision d’Etat iranienne expliquera que le Skylight a été frappé parce qu’il était en train de franchir « illégalement » le détroit d’Ormuz, sans donner plus de précisions sur le type d’arme utilisée. Le pétrolier de 116 mètres est, en tout cas, le tout premier navire commercial directement visé ; et Dalip Singh, ainsi que le capitaine du navire, les toutes premières victimes collatérales d’une guerre dont ils étaient étrangers.
La mort brutale du jeune marin de 24 ans révèle également les entrailles d’un secteur maritime ultraconcurrentiel où « misère humaine, exploitation et esclavagisme moderne se rencontrent », résume Silvie Boyd, assistante sociale pour les marins internationaux. « Le parcours de Dalip illustre tout ça. » C’est elle qui a reçu en premier l’appel à l’aide de la famille du défunt.
Né le 6 juin 2021, Dalip Singh a grandi dans le village de Khinvtana, dans l’Etat du Rajasthan, dans le nord-ouest de l’Inde. Ce célibataire sans enfant, chevelure brune toujours impeccablement soignée, avait comme rêve d’intégrer les rangs de l’armée indienne, mais a toujours échoué aux examens d’entrée. Alors pourquoi pas la marine marchande ? Après tout, les armateurs cherchent des candidats à tour de bras. « Ses parents sont très pauvres, Dalip allait en mer pour gagner de l’argent et aider sa famille, témoigne son cousin Devi, lui-même marin. Tout dépendait de lui, il était le seul à travailler. »
Sa voix s’éraille sous l’émotion. « Ni la famille ni l’équipage… Personne ne pouvait imaginer ce qui allait se passer. Tout est allé si vite, et nous avons perdu Dalip. » Pour cette mission, la dernière, Dalip s’était engagé auprès de la société Red Sea Ship Management LLC, basée à Dubaï, aux Emirats arabes unis. Il avait décroché un poste de graisseur, l’équivalent d’un garagiste sur un navire.
Sur son contrat de travail, que franceinfo a obtenu (voir la capture qui suit), le marin a paraphé à l’encre bleue chacune des cinq pages. Le salaire mensuel est fixé à 400 dollars – heures supplémentaires et congés payés compris –, avec un jour de repos par semaine. Une somme trois fois inférieure à la rémunération minimum légale fixée par l’Organisation internationale du travail pour une personne occupant un poste similaire.
Le bateau large de 20 mètres est lui aussi problématique. Selon les documents que franceinfo a consultés, sa dernière inspection remonte à septembre 2021, dans le port de Tarragone, en Espagne. Entre 2006 et 2026, il a également été rebaptisé à cinq reprises : Clipper Krystal, Harbour Krystal, Caribe Cristina, Mermaid, Al Moustafa, et enfin Skylight. Ces vingt dernières années, le pétrolier a aussi régulièrement changé de propriétaires et de pavillon : Bahamas de 2006 à 2015, Liberia jusqu’en 2015, puis Saint-Kitts-et-Nevis, et enfin Palaos depuis 2023.
Rien d’anodin. Au sein de la marine marchande, le petit archipel situé à l’est des Philippines a droit à un surnom : « le pavillon corbillard ». Il propose aux armateurs peu scrupuleux « des frais d’immatriculation réduits et une fiscalité faible, voire nulle », explique la Fédération internationale des ouvriers du transport (ITF). « Ils recrutent la main-d’œuvre la moins chère possible, versent des salaires minimaux et réduisent leurs coûts en dégradant les conditions de vie et de travail de l’équipage. » Comores, Malte, Panama… La liste de l’ITF contient à ce jour 25 pays considérés comme des pavillons de complaisance, qui compliquent les poursuites judiciaires en cas de problème.
Et des problèmes, le Skylight en avait. Construit en 2006, il avait été ajouté en décembre dernier à la liste des navires sanctionnés par le Trésor américain pour avoir fait partie d’une supposée « flotte parallèle » transportant du pétrole iranien afin de contourner les sanctions américaines. « Disons-le : on peut tout à fait qualifier ce bateau d’épave », souffle un fin connaisseur du milieu marin.
Dalip avait-il ce CV en tête en montant à bord ? « Bien sûr que non ! », s’insurge Silvie Boyd. « Ce qui lui importait, c’était d’avoir trouvé ce travail qui allait subvenir aux besoins de sa famille. Les marins, souvent, acceptent tout, peu importe les conditions, peu importe l’état des bateaux, et sans connaître leurs droits. C’est extrêmement triste. Ils sont beaucoup dans ce cas… »
Récemment, un autre marin, lui aussi indien, a contacté l’assistante sociale pour lui annoncer qu’il venait d’accepter une mission en mer. Dans le contrat, signé le 7 avril, et que franceinfo a consulté, le candidat s’engage à n’avoir « aucune objection » à faire escale dans toutes les « zones à haut risque », dont les ports du détroit d’Ormuz. « Pour Dalip, comme pour lui, ce sont des questions de survie », confesse avec amertume Silvie Boyd.
Depuis le début des frappes de la coalition israélo-américaine, le 28 février, dix marins ont déjà perdu la vie, d’après le décompte de l’Organisation maritime internationale (OMI), qui répertorie aussi près d’une trentaine d’incidents. Les familles des défunts se retrouvent souvent face à un mur. « Dans l’histoire de Dalip, le bateau battait pavillon aux Palaos, l’armateur est émirati et l’agence qui l’a recruté est indienne… Chacun se renvoie la balle », souffle Silvie Boyd.
Et pour ne rien arranger, « il semblerait que le ‘Skylight’ n’avait pas d’assurance protection et indemnisation en vigueur au moment de l’attaque ». « Cette assurance essentielle couvre la responsabilité civile de l’armateur, notamment en cas de blessures ou de décès d’un employé en service à bord du navire. C’est absolument inacceptable ! »
« On ne va rien lâcher et on va se battre et faire pression sur les autorités indiennes pour obtenir réparation. C’est une question d’honneur, aussi. Il ne faut pas que Dalip reste seulement ‘un marin mort’. »
Silvie Boyd, assistante sociale pour les marinsà franceinfo
Près de deux mois après l’attaque meurtrière, le Skylight a dérivé en mer, abandonné et vide. Mais il n’a semble-t-il pas coulé. Le pétrolier est considéré par les autorités maritimes comme « cold stacked », c’est-à-dire « non navigable ».
A 2 000 kilomètres de là, dans le village indien de Khinvtana, les proches de Dalip ont respecté le rite hindou et organisé une veillée funèbre de douze jours en sa mémoire. Mais jeudi soir, son petit frère a annoncé à franceinfo une nouvelle dramatique : « C’est terrible… Notre père vient de mourir d’une crise cardiaque. Il n’arrivait pas à surmonter le décès de Dalip ».
Source : www.franceinfo.fr
Conclusion : Cette situation fera l’objet d’une observation continue de notre rédaction.

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