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Un point rapide sur l'article « Skip The Use: «Une main tendue peut te relever ou t’empêcher de tomber» » selon nos journalistes.
Analyse rapide
Skip The Use dévoile son cinquième album, Love & Anxiety, un disque-concept articulé autour de deux forces opposées : l’amour et l’anxiété. Fidèle à son rock hybride, le groupe lillois y explore les tensions du monde contemporain, des réseaux sociaux à la parentalité, tout en revendiquant une musique ancrée dans le réel, nourrie par le recul pris ces dernières années. L’occasion d’un échange avec le charismatique chanteur de la bande Matt Bastard.
RFI Musique : Votre nouvel album Love & Anxiety arrive après une pause durant laquelle chacun des membres s’est consacré à ses projets respectifs. En quoi cela a-t-il nourri ce nouveau projet ?
Matt Bastard : On a toujours enchaîné les albums et les tournées. On avait besoin de recul pour créer quelque chose qui nous parle vraiment. On aime que nos disques soient comme des photos, soient sociologiquement pertinents. Pour cela, il fallait se réancrer dans la vraie vie. C’est ce que j’ai fait avec ma boîte de publicité ces derniers temps. Revenir dans le concret permet de ne pas être constamment protégé par le système. Le studio, c’est bien, mais ça met une barrière entre nous et la réalité du monde.
Pour la première fois, vous réalisez un album-concept, centré autour de deux entités : l’amour et l’anxiété. Comment cette idée s’est-elle imposée ?
Le sujet est venu naturellement. On a commencé par écrire à partir de nos expériences, nos lectures, nos rencontres. Et on s’est rendu compte que cette balance entre amour et angoisse définissait toutes nos interactions, dans notre rapport au travail, nos vies amoureuses ou la parentalité.
Musicalement, on retrouve votre ADN rock, mais aussi des sonorités funk, reggae ou hip-hop. Cela s’est-il fait selon votre énergie du moment ?
Ça dépend des sujets qu’on traite. On voit la musique comme un ensemble de chemins, pas des destinations. Après « Ghost », on aurait pu reproduire une recette, mais ce n’est pas notre vision. On préfère l’artistique à « l’entertainment ». Selon ce qu’on raconte, on peut être plus énervés, plus groove, plus malicieux. La musique permet d’étayer le propos avec précision, et on ne s’interdit rien, on s’inspire de plein de choses et on continue d’apprendre.
L’album aborde des thèmes très actuels, de la dépendance aux réseaux à l’état de la société. Comment percevez-vous le monde aujourd’hui ?
Comme tout le monde. Les chansons sont nées de rencontres, de discussions. On aborde le bilan à la religion, à la radicalisation, aux dogmes, et la manière d’en parler à nos enfants, car nous sommes tous parents. Les algorithmes nous rendent sans cesse plus idiots et détruisent l’esprit critique, ce qui nous rend plus prompts à consommer… On devient plus ouverts à se faire niquer par le système, et plus vulnérables face à ceux qui veulent le pouvoir. Ça aboutit à la guerre, Trump, Bardella, aux populismes…. On en parle dans « Too Late », parce qu’on estime qu’il n’est jamais trop tard pour s’en sortir.
Le projet parle aussi beaucoup d’amour. Vous cherchez à provoquer la réflexion, même sur ce thème-là…
Je suis fan de Romain Gary. Dans Clair de femme, il écrit : « moins il reste de chacun, plus il reste des deux ». Cette phrase a donné « First Love », où l’on parle du premier amour, quelque chose de fulgurant, parfois violent, où l’on peut devenir dépendant. Il y a de la spontanéité, de la maladresse, mais aussi de la jalousie ou de la possessivité. Avec « Second Love », on parle d’un moment où on est plus expérimenté, on perd peut-être en spontanéité, mais on devient capable de se projeter. On voulait être plus réalistes que la pop classique, qui raconte souvent la même histoire. Faire une chanson d’amour en disant « j’étais dans un bar, je l’ai vu passer, je suis tombé amoureux d’elle », je trouve cela réducteur et peu engageant. L’amour est plus compliqué que ça. On peut être vulnérable au point de devenir addict, presque dans un compte-rendu d’emprise. Même chose avec les enfants : c’est la plus belle chose qui soit, mais ça bouleverse tout. Mes filles sont les personnes que j’aime le plus, et aussi celles qui m’ont causé le plus d’angoisse, en m’amenant à me demander si j’allais être un bon père. C’est toujours cette tension entre amour et anxiété.
« We Are Good » s’adresse aux petites filles qui chantaient dans les chœurs de « Ghost ». Vous dites que c’est une façon de vous excuser auprès d’elles. Vous excuser de quoi ?
Je me suis demandé ce que ces filles auraient à nous raconter à 20 ans. Ces petites filles, je ne les connaissais pas. Mais en tant qu’artistes, on a une responsabilité. C’est trop facile de dire que « les jeunes sont idiots », de les juger. La vraie question, c’est : qu’est-ce qu’on a fait pour eux ? Est-ce qu’on les a accompagnés ? Moi, je pense que j’aurais pu faire mieux, donc je m’excuse de ça. Quelqu’un qui s’extrémise, c’est souvent quelqu’un à qui on n’a pas tendu la main. D’où « Take My Hand » : une main peut te relever ou t’empêcher de tomber.
Ce n’est sans doute pas suffisant dans le monde actuel. Mais pour citer Didier Super, « il vaut mieux en parler que de s’en foutre ». J’aime quand les gens ne sont pas d’accord, qu’on échange. J’essaie de pousser la réflexion, de m’intéresser à ceux qui n’ont pas la même vie, pas la même culture.
Vous avez toujours été engagés contre l’extrême droite. Pour autant, vous assumez être aujourd’hui une démarche moins frontale ?
On ne s’empêchera jamais de chanter Béruriers Noirs en concert. Mais en tant que personne racisée en France, le simple fait d’être sur scène ou à la télé dérange déjà l’extrême droite. Quand tu es frontal, on te reproche ta radicalité. Moi, je mets des sujets sur la table, je n’ai pas peur de prendre des coups. Je préfère susciter le débat. Ma stratégie est peut-être plus insidieuse aujourd’hui, parce que je pense que c’est plus efficace. Par ailleurs, on n’a pas la prétention d’avoir la vérité absolue. Je refuse de dire à quelqu’un ce qu’il doit faire. Mais on tente de montrer la « big picture », là où les hommes politiques montrent ce qui les arrange.
Vous repartez en tournée, avec des festivals durant tout l’été puis des dates à Paris ou Bruxelles. Vous attendez ce retour sur scène avec impatience ?
Faire un album, c’est long, dur, c’est de la souffrance, d’autant plus que le disque parle de santé mentale. C’est beaucoup de travail sur soi, même si on est soutenus par nos familles et accompagnés par des professionnels de santé. On est heureux de retrouver les gens. La scène, c’est là où tout se passe.
Skip The Use Love & Anxiety (6&7) 2026
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Source : www.rfi.fr
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