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10 mai 2026comment Xavier Dupont de Ligonnès est devenu un personnage de fiction récurrent – franceinfo
Analyse : Notre équipe propose une lecture synthétique de cette actualité.
Les journalistes partagent leur point de vue sur « comment Xavier Dupont de Ligonnès est devenu un personnage de fiction récurrent – franceinfo ».
Éléments à garder en tête
Le quintuple assassinat de Nantes, en avril 2011, et la disparition de son principal suspect ont suscité beaucoup d’articles et d’enquêtes, mais aussi énormément d’œuvres de fiction. L’affaire fascine mais pose aussi des cas de conscience aux artistes.
Trois films, un téléfilm, une série, une dizaine de romans… C’est peu dire que l’affaire Xavier Dupont de Ligonnès a inspiré les artistes. Quinze ans après la découverte des corps de sa femme et de ses quatre enfants sous la terrasse de leur maison familiale à Nantes, l’enquête sur le fugitif le plus célèbre de France continue à alimenter la fiction. Début avril, c’est Gérard Jugnot qui s’essayait à une variation humoristique sur le cas Guy Joao, le malheureux retraité confondu pendant quelques heures avec « XDDL », dans son film Mauvaise pioche. Lors de sa tournée de promotion, l’acteur a livré cette réflexion : « C’est peut-être le élément commun entre les journalistes et les auteurs de comédie : on se nourrit du malheur des autres. »
Les auteurs, scénaristes et réalisateurs ont mis quelques années avant d’oser s’emparer de l’affaire, auparavant abondamment traitée dans des ouvrages de journalistes et des documentaires. « J’ai commencé mon enquête en 2015-2016. Quand on tient un bon sujet, on se demande toujours pourquoi il n’y a pas quinze bouquins qui sont parus dessus avant », se souvient l’écrivain Thibault de Montaigu, auteur de La Grâce, lauréat du prix de Flore en 2020.
Il a fallu attendre 2019 et la diffusion sur TF1 du téléfilm La Part du soupçon, avec Kad Merad dans le rôle-titre, pour que les vannes de la fiction s’ouvrent en grand. « TF1 a précipité la mise en chantier du téléfilm dont j’ai écrit le scénario quand M6 a annoncé qu’ils allaient réaliser une série, raconte Julien Messemackers. La une voulait être la première à diffuser sa fiction sur le sujet. »
Dans la série baptisée Un homme ordinaire, M6 joue la carte du mimétisme, avec un Arnaud Ducret plus XDDL que nature. « Au début du tournage, j’appelle Arnaud sur le plateau, et je lui prête mes lunettes. Je me suis dit aussitôt : ‘C’est pas possible, c’est son portrait craché' », se remémore le réalisateur Pierre Aknine. Au-delà de la ressemblance physique, les premiers épisodes adoptent une narration quasi documentaire. « On a été trop proches des faits, on a manqué d’un aspect clé de vue sur l’histoire, poursuit le metteur en scène. J’aurais aimé creuser le volet sur la religion, mais la chaîne n’a pas voulu. Comme on était dans les premiers sur le sujet, on a essuyé les plâtres. »
L’évaporation du principal suspect du quintuple meurtre est propice à l’imagination. « Il y a toute une légende qui s’est créée autour de sa disparition », confirme Yves Thomas, scénariste de Paul Sanchez est revenu !. Dans ce film sorti en 2018, Laurent Lafitte tient le rôle d’un criminel disparu depuis dix ans après avoir supprimé sa famille et aperçu dans le Var… non loin de Roquebrune-sur-Argens, là où a été vu pour la dernière fois le fugitif.
« Xavier Dupont de Ligonnès est un corps qu’on habite à sa fantaisie », avance Yves Thomas. Une enveloppe charnelle dans laquelle les artistes peuvent se projeter. « Ce qui est fascinant, c’est ce trou dans le réel après sa disparition, que seul l’art peut remplir, renchérit l’écrivain Thibault de Montaigu. Un homme qui disparaît en 2011, à l’heure des téléphones portables, du GPS et de la carte bleue, c’est un sujet incroyable. »
Le sujet est un classique de la littérature policière… Et par trois auteurs présents dans la bibliothèque des Ligonnès, dont les œuvres résonnent avec le drame familial nantais. Dans La Chute des géants, de Ken Follett, un homme traqué par la police fuit la Russie pour les Etats-Unis. Le shérif d’un comté du Texas n’a-t-il pas lancé un appel à témoins récemment ? Dans Disparu à jamais, signé Harlan Coben, un homme accusé de meurtre disparaît pendant 11 ans. Et Glacé, de Bernard Minier, présente de troublantes similitudes avec la tuerie de Nantes et la cavale du fugitif.
Xavier Dupont de Ligonnès ne tient-il pas d’ailleurs ce roman dans la main sur le parking d’un hôtel de Roquebrune-sur-Argens, comme pour le montrer aux caméras de surveillance sur la dernière image qu’on a de lui vivant ? « A ce moment-là, il sait qu’il est recherché. Ça ressemble fort à une mise en scène », appuie le collaborateur Jean-Michel Laurence, qui a développé la comparaison entre l’affaire et les polars dans son livre Le Mystère Dupont de Ligonnès, coécrit avec Béatrice Fonteneau.
La vie de l’ex-ingénieur se brouille entre les mensonges à ses proches et la vie qu’il s’invente lui-même. « Je pense qu’à un moment, il a perdu le lien avec le réel, et s’est mis à vivre dans une fiction », avance Samuel Doux, auteur du livre L’Eternité de Xavier Dupont de Ligonnès. L’écrivain a eu accès à la boîte mail de XDDL via un des hackers-cyberenquêteurs, compulsé tous ses écrits sur les forums catholiques, étudié scrupuleusement le site de défense de la mémoire mis en ligne par sa famille et abouti à cette conclusion : « Son but, c’est qu’on ne cesse jamais de parler de lui, comme on continue à parler de Jésus aujourd’hui ».
Cette profusion de textes rend possible l’écriture à la première personne. Ce qu’ose Romain Puértolas en 2024 dans Comment j’ai retrouvé Xavier Dupont de Ligonnès, qui l’imagine réapparaître un beau matin dans une maison perdue des Pyrénées à côté de chez lui. « J’avais énormément de pièces, de mails, des fichiers récupérés sur son PC via mes contacts dans la police, décrit l’écrivain, qui a été policier dans une vie précédente. Il écrivait beaucoup, et on dispose même de quelques audios. J’ai repéré des tics de langage, analysé sa manière de parler. Je me suis inspiré de ça pour sonner le plus juste possible. Le reste, il a fallu l’imaginer. »
C’est un trait caractéristique des grandes affaires criminelles, du petit Grégory à l’affaire Dominici : l’absence de réponse ou d’aveux, qui laisse un espace pour la fiction. « J’aime à dire que j’ai écrit un spin-off de l’affaire », résume Julien Messemackers, qui parachute Kad Merad dans une famille lambda quand la police le soupçonne d’avoir tué femme et enfants dans une vie précédente, quinze ans auparavant. Sa femme le soutient mordicus pendant un temps, avant que ses convictions vacillent. « Ça fonctionne parce que le vrai personnage a une réelle épaisseur, poursuit Julien Messemackers. On découvre régulièrement un nouvel angle d’attaque, un trait de personnalité. On ne finit jamais d’ébaucher le portrait de Xavier Dupont de Ligonnès pour comprendre qui il est vraiment. »
Au point de se permettre d’ironiser sur un sujet aussi grave ? Romain Puértolas ne voit pas le problème. « Je n’avais pas le souhait de le rendre antipathique. De mon point de vue, on peut rigoler de choses horribles. » Tout le suspense de son livre repose sur le cas que le lecteur ignore si Miguel, le voisin affable, est Xavier Dupont de Ligonnès ou pas. « C’est ça qui est encore plus puissant. C’est un humain banal, au fond. »
Evoquer le côté universel de cette famille frappée par l’indicible, c’est aussi convoquer le maître français du film policier en milieu bourgeois, Claude Chabrol, « avec ce côté jeu de dupes, masques qui tombent » ; ou le film L’Adversaire, consacré à l’affaire Jean-Claude Romand, qui s’était inventé une vie de médecin et avait assassiné sa femme et ses enfants en 1993 ; ou encore Truman Capote, le père américain du genre « true crime », avec son livre-enquête De Sang-Froid. Sans oublier les classiques étudiés au lycée. « Vous saviez que Le Rouge et le Noir est inspiré d’un occurrence divers que Stendhal a lu dans une gazette ? », glisse Thibault de Montaigu.
En s’attaquant au drame de Nantes, les artistes se confrontent à un cas de conscience : faut-il représenter les meurtres ? « Je n’ai pas pu. C’est là que mon enquête s’est arrêtée », reconnaît Thibault de Montaigu, qui bifurque en cours de livre sur sa propre quête spirituelle. « J’ai choisi de tout montrer, frontalement, froidement, expose à l’inverse Jean-Christophe Meurisse, réalisateur de la farce trash Les Pistolets en plastique, sélectionnée au Festival de Cannes en 2024. J’avais envie d’avoir un jugement sur le personnage. Laurent Stocker l’incarne avec froideur, très premier degré. » Dans le film, une des ados se réveille alors que son père braque un fusil sur sa tempe. « Il lui assure que c’est un jeu, avant de l’abattre. C’est très réfléchi du point de vue du monstre. »
Pas facile de se glisser dans la peau du personnage. « A chaque fois qu’un observateur me posait la question, je répondais que je n’incarnais pas Xavier Dupont de Ligonnès, mais que je l’interprétais, ce qui est très différent, insiste Erico Salamone, qui a prêté son visage à XDDL en 2018 dans un docu-fiction pour M6. Je ne me sentais pas habité par ce personnage, mais il fallait l’interpréter de la façon la plus sincère pour le rendre humain. »
Le même dilemme s’est posé à Vincent Valette au moment de le représenter sur les planches de La Traque, seule BD consacrée à l’affaire à ce jour. « On ne peut pas en faire un héros, insiste le dessinateur. Dans une séquence de l’album, je lui mets des lunettes rouges, comme s’il était habité par un esprit diabolique. » Lors des séances de dédicaces où les lecteurs lui demandent un petit dessin, hors de question pour Vincent Valette d’esquisser des portraits de l’homme le plus recherché de France à ses fans. « Je désamorce tout de suite l’ambiguïté en demandant : ‘Vous préférez un policier ou un collaborateur ?' »
Au fil du temps, de plus en plus d’œuvres s’emparent du vrai nom de Xavier Dupont de Ligonnès. « Avec mon éditeur, on avait convenu que ça n’avait pas de sens si on ne pouvait pas utiliser le nom, souligne Samuel Doux. C’était une condition sine qua non pour faire le livre. » Tant pis s’il a fallu qu’un juriste de la maison d’édition Julliard relise méticuleusement le texte. « Il fallait que tout soit sourcé dans le domaine public, et que tout ce qui était inventé ne soit pas diffamatoire », se souvient l’auteur.
Au cinéma, Jean-Christophe Meurisse se souvient d’avoir voulu très tôt apposer un XDDL vieilli sur l’affiche des Pistolets en plastique. « On assumait de surfer sur la popularité de l’affaire. On pensait que c’était une bonne idée marketing… Mais ça n’a pas marché si bien que ça. Beaucoup de gens ne l’ont pas reconnu, quand d’autres croyaient qu’il s’agissait d’un acteur. » Et ce, alors que Xavier Dupont de Ligonnès devient Paul Bernardin dans le film, « pour des raisons juridiques ».
« C’est devenu une marque, un sujet de mèmes sur internet, il y a même des sketchs sur lui », argue le romancier Romain Puértolas, oubliant au passage un chant de supporters du FC Nantes, d’un goût douteux. « On peut considérer qu’il fait partie intégrante d’une pop culture subversive' », avance prudemment Jean-Michel Laurence, pointant « la boîte à fantasmes que l’affaire de ce drame familial a générés ».
Source : www.franceinfo.fr
Conclusion : Notre rédaction suivra les développements à venir et partagera des analyses.

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