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29 avril 2026Shahed-136, ce drone iranien au bruit de tondeuse qui a forcé les États-Unis à copier l’Ukraine
Analyse : Voici un aperçu des faits selon nos journalistes.
L'équipe éditoriale a étudié « Shahed-136, ce drone iranien au bruit de tondeuse qui a forcé les États-Unis à copier l’Ukraine » et partage son avis.
Analyse rapide
Le Shahed-136, drone kamikaze iranien, a bouleversé les modalités de la guerre en Ukraine où l’armée s’est organisée pour contrer au mieux ces attaques. Redoutable durant le conflit en Iran, leur efficacité technique low cost est réclamée dorénavant par les pays du Golfe et l’armée américaine. Explications géopolitiques, avec Elizabeth Sheppard Sellam, maître de conférence à l’université de Tours, et explications techniques, avec Olivier Minck, directeur des opérations de Micro DB.
Avec une portée de 1 000 à 2 500 km, le Shahed-136, drone kamikaze iranien, peut emporter lors d’un vol à basse altitude, sans pilotage classique, une charge d’explosifs de 30 kg à 50 kg. Le bruit de son moteur à piston et son hélice propulsive arrière produit une signature sonore psychologiquement terrifiante, tant les populations l’entendent de longues minutes avant l’impact.
L’Ukraine, pour s’en défendre, a construit un savoir-faire technologique improvisé qu’explique Elizabeth Sheppard Sellam, maître de conférence à l’université de Tours : « Un drone est petit, les radars ne sont pas forcément efficaces pour le détecter, mais on l’entend avant qu’on ne le voit. Les Ukrainiens, malgré leurs peu de moyens, ont développé des techniques acoustiques originales pour les repérer et les éliminer très rapidement. »
Une détection acoustique, qu’est-ce que ça signifie ? Et est-ce réellement nouveau ? MicroDB, PME lyonnaise, propose ses services depuis plus de 30 ans dans l’acoustique industrielle, Olivier Minck, son directeur explique : « On utilise des réseaux de microphones, mesurés en simultané, et on analyse les temps d’arrivée de signal sur chaque micro pour être capable de dire d’où vient le son. Avec des méthodes mathématiques assez poussées, on est capable de faire des cartes de bruit sur les objets, un peu comme une caméra thermique. On le occurrence depuis très longtemps dans l’industrie automobile, dans l’aéronautique, les trains… »
« Le drone Shahed fait un bruit de tondeuse »
Le drone semble spécifique mais se prête tout aussi bien, voire tout particulièrement quand on parle du Shahed-136, à la détection acoustique, il explique : « À chaque fois qu’on détecte une source de bruit, on focalise sur l’objet, on isole sa signature audio qu’on envoie dans une intelligence artificielle qui nous dira si c’est un drone ou pas. Notre base de données contient tous les drones qu’on a pu mesurer. Le Shahed est un drone particulier, thermique, il fait un bruit de tondeuse. Même si on n’a pas eu l’occasion de le mesurer – je n’ai pas trop envie non plus (il sourit) –, ce serait assez simple à rajouter dans nos bases de données. »
La détection acoustique est singulièrement importante dans les conflits à base d’attaques de drones, pourtant, il y a d’autres méthodes qu’il nous détaille : « Il y a trois autres techniques de détection pour les drones : le radar qui envoie une onde dont on attend l’écho pour analyser. On sait détecter un drone, sauf s’il y a un objet entre le drone et l’antenne. Les radiofréquences détectent les ondes de communication entre le drone et la télécommande du pilote. Enfin, il y a l’optronique, des caméras qui vont tourner en permanence et dès qu’une caméra observe un objet qu’elle n’a pas vu auparavant, elle zoome pour analyser. L’IA peut déterminer si c’est un drone ou pas. Les caméras sont aussi thermiques, pour éviter d’être aveugles la nuit. Nous, on se positionne sur l’acoustique, ça fait un an qu’on commercialise notre senseur. Je ne vous cache pas que de travailler avec l’armée, c’est long à démarrer. »
Oliver Minck a bien entendu été informé des techniques ukrainiennes : « À l’époque, ils utilisaient les micros d’un téléphone en 4G qu’ils laissaient sur le terrain. Des dizaines, voire des centaines de micros, répartis sur un maillage assez large sur le front, envoyaient leur signal en permanence. Tous ces signaux audio, via un traitement d’intelligence artificielle, permettaient de reconnaître la signature des drones. Et simplement en sachant quel capteur était en train d’entendre un drone, ils pouvaient déterminer, au kilomètre près, la zone dans laquelle le drone était en train d’approcher. Un simple micro suffit, car un Shahed est extrêmement bruyant et s’entend à plusieurs kilomètres. »
« Les Américains utilisent des moyens ukrainiens pour contrer les drones kamikazes »
Cette technique de capteurs acoustiques coordonnés en temps réel sur une plateforme est efficace à tel point que les États-Unis sont forcés de reconnaître que, face aux attaques avec des drones bon marché, la supériorité ne vient plus seulement des systèmes les plus chers, mais de la vitesse d’adaptation. « On constate, très clairement, que les Américains qui avaient refusé les propositions technologiques ukrainiennes dans le passé se sont rendu compte que dépenser énormément pour descendre un Shahed, c’est pas idéal », analyse Elizabeth Sheppard Sellam. « Les Shahed ont été utilisés pour attaquer un certain nombre de bases américaines, sans parler des pays du Golfe. Donc, ils sont en train d’utiliser des moyens ukrainiens pour cette détection et contrer les drones kamikazes. »
La technique ukrainienne, le bas coût des drones iraniens font que ces conflits sont parfois qualifiés de guerre low cost et connectée. Selon Elizabeth Sheppard Sellam : « Ce n’est pas toujours l’argent qui compte, ça peut être le bricolage, ça peut coûter très cher d’avoir à éliminer des drones qui ne valent rien. Dans cette guerre des drones, parce que là on parle d’attaques d’essaims de drones, en très grande quantité, les Américains sont paradoxalement à la traîne. Ils ont mis énormément d’argent dans des missiles qui coûtent très cher sans penser à ce côté low cost. Ils sont en train de s’adapter. Les Ukrainiens, eux, y étaient forcés. On ne leur a pas donné assez à l’époque, et, face aux Russes, cette population clairement très intelligente, éduquée, avec une capacité de faire, s’est offert les moyens de se défendre. Cette technologie intéresse maintenant les Américains, mais pas qu’eux. On a vu les pays du Golfe aussi faire appel aux Ukrainiens. »
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Dans les techniques ukrainiennes, il y a de l’acoustique et aussi du mapping, on cartographie les potentielles entrées de drones, les arrivées de dangers. « Il faut différencier la façon dont on détecte de la façon dont on intercepte. C’est toujours deux choses qui sont couplées mais qui sont quand même bien différentes », explique Olivier Minck : « Dans l’approche américaine, la façon dont ils interceptent coûte une fortune. Si on envoie un missile d’une valeur de centaines de milliers d’euros sur une cible qui coûte moins de 5 000, l’attaquant, avec des essaims de drones ou une quantité large de cibles, va faire exploser la note à la fin. Les Ukrainiens, avec leur maillage acoustique, peuvent déterminer où est le drone, la menace à faire tomber, et assez rapidement être capables de la trouver pour la viser et la faire tomber à très bas coût. »
Le marché a fortement évolué depuis les débuts du conflit, MicroDB peut se vanter d’une technologie de pointe : « Avec nos senseurs qui font entre 50 et 60 cm de diamètre, on est capable d’isoler la signature audio de la source captée. Ça veut dire que même si on a du bruit ambiant, on est capable d’aller chercher la source de bruit, en améliorant le bilan signal/bruit. C’est-à-dire qu’on va quand même l’entendre malgré le bruit ambiant, ou alors on va l’entendre plus loin, par rapport à un simple micro. »
Olivier Minck explique : « On essaye aujourd’hui de travailler avec des fournisseurs de solutions qui font soit du radar, soit de la radiofréquence ou de l’optronique, et de venir s’ajouter dans ces systèmes pour ajouter de la certitude sur les détections, pour ne pas en rater. Un drone volant en basse altitude, le radar ne va pas pouvoir le trouver. En Ukraine, on voit aussi des drones filaires en fibre optique, il n’y a plus de télécommande, ils n’émettent aucune onde et toutes les techniques de radiofréquences sont inopérantes. Et puis, quand il y a du brouillard, avec une caméra thermique, on ne sait pas différencier un oiseau d’un drone. Il y a plein de raisons qui font que ça ne fonctionne pas tout le temps. » Pragmatique, il conclut : « La bonne solution, c’est un couplage entre les différentes techniques de radiofréquence, radar et d’optronique. Le bruit, c’est une constante. Un drone fait toujours du bruit, c’est tellement caractéristique. »
« Des consultants ukrainiens sont installés dans les pays du Golfe »
Le conflit ukrainien, avec sa spécificité aérienne, s’est déplacé dans le Golfe, avec l’Iran comme lanceur intempestif de drones Shahed. Qu’est-ce que ça change pour les créateurs de la technologie ukrainienne ? « Clairement, il y a aujourd’hui des consultants ukrainiens installés dans les pays du Golfe, et ces derniers sont les premiers à avoir dit : « Oui, on veut bien de votre aide », bien avant les Américains. Les Émiriens notamment ont remercié publiquement les Ukrainiens », commente Elizabeth Sheppard Sellam.
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Le drone à usage militaire a bouleversé la forme des conflits dans le monde, en créant de nouveaux marchés – offensifs ou défensifs. Cette industrie technologique, désormais incontournable, est en effervescence aux États-Unis, mais aussi en Europe. Sky Fortress, qui produit Sky Map, la plateforme de commandement et de contrôle pour l’armée ukrainienne – un tableau de bord avec cartes et flux vidéo des données des radars et capteurs – a désormais des concurrents.
Selon Elizabeth Sheppard Sellam : « On est un peu plus à la traîne. Les Ukrainiens ont fait des partenariats avec un certain nombre de pays, les Allemands entre autres. On a pu observer pendant la guerre en Ukraine une coalition de pays qui fabriquent des drones, qu’ils ont envoyés aux Ukrainiens, notamment pour les tester, les pays baltes en particulier. Ces pays, comme ils ne peuvent pas fabriquer des chars, des avions de chasse, n’ont pas une industrie de défense comme la nôtre. On ne le soupçonne pas forcément, mais ils fabriquent des drones comme l’Ukraine. »
Olivier Minck : « Les Ukrainiens ont été pragmatiques, ils ont adhéré à la technologie rapidement et là, les Américains font face au même problème sur leurs bases au Moyen-Orient. Cela représente un coût très inférieur, ces techniques acoustiques par rapport aux autres technologies. Ce qui se développe aussi aujourd’hui, c’est des drones intercepteurs. Un objet qui a à peu près le même coût que le drone attaquant. Le drone intercepteur va verrouiller la cible et taper le drone. Nous ne faisons pas ça, mais il y a un réseau en France, qui est en train de se monter. On a beaucoup de contacts avec les différents acteurs du domaine. »
Source : www.rfi.fr
Conclusion : L’équipe éditoriale continuera à analyser les faits.

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