Le 5/6 du vendredi 01 mai 2026
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1 mai 2026Analyse : L’équipe éditoriale a relevé les éléments importants à connaître.
Notre rédaction analyse les faits saillants de « Vladimir Poutine a un problème, le mythe du “bon tsar” s’érode ».
Résumé rapide
Pendant que les prises de bec entre les influenceurs russes et les propagandistes de la télévision d’État retiennent l’attention du public [dans le sillage de Viktoria Bonya, plusieurs personnalités de l’Internet russe ont récemment émis des critiques sur la situation du pays], les responsables politiques du Kremlin font face à un autre problème : la grogne politique croissante qui se répand parmi les proches du pouvoir, des hommes d’affaires aux généraux. La réponse habituelle consiste à mobiliser le mythe du “bon tsar”, trahi et mal informé par ses collaborateurs, mais dans un contexte de chute de la popularité de Vladimir Poutine il devient de plus en plus difficile d’y faire croire et de contrecarrer les critiques ouvertes.
L’influenceuse expatriée Viktoria Bonya a adressé [le 14 avril] une vidéo à Poutine, visionnée par des dizaines de millions de Russes, dans laquelle elle énumère les problèmes du pays. En retour, elle a fait l’objet d’attaques au vitriol de la part du présentateur de télévision Vladimir Soloviev [l’un des visages les plus célèbres de la télévision d’État, réputé pour ses prises de position outrancières], sous sanctions pour son soutien à la guerre en Ukraine.
Ce dernier s’est lancé dans une diatribe particulièrement hargneuse contre Bonya, qualifiée de “prostituée” qui devrait faire l’objet d’une enquête et s’abstenir de “saturer l’espace informationnel”. Elle a riposté en publiant une vidéo, générée par IA, d’elle sous les traits de Spider-Woman, affrontant certains de ses détracteurs.
Néanmoins, le plus frappant est que, malgré la dénonciation des échecs du gouvernement, l’influenceuse évite de mettre directement en cause Vladimir Poutine. Elle l’avertit, “le peuple a peur de vous, les artistes ont peur, les gouverneurs ont peur”, mais laisse sous-entendre qu’il n’a pas été correctement informé de la situation dans le pays. “Il y a un mur immense entre vous et nous, les gens ordinaires.”
Critiques prudentes
Par conviction ou par précaution, Viktoria Bonya réactive un mythe politique russe vieux comme le monde selon lequel les malheurs de la nation ne sont pas imputables au “bon tsar” – qui, après tout, a été choisi par Dieu – mais plutôt aux “mauvais boyards” (les aristocrates et les ministres) qui le conseillent mal ou l’entravent.
Poutine a longtemps essayé de tirer profit de ce récit. Au début de son règne, il accourait souvent sur les lieux de catastrophes ou de litiges industriels pour réprimander publiquement le gouverneur local ou les patrons. Il n’incarnait jamais le problème, mais la solution, le message.
Il est aujourd’hui plus âgé et usé. Depuis le Covid, ses déplacements dans le pays se sont drastiquement réduits. Malgré tout, il continue de se dédouaner des problèmes et des échecs embarrassants. Lors d’une réunion gouvernementale qu’il présidait [le 15 avril], il a par exemple fustigé le manque de croissance économique – évaluée autour de 1 % cette année – et exigé des mesures pour y remédier. Il n’a pas admis un seul instant que la cause principale n’était autre que la guerre (et les sanctions subséquentes) qu’il a choisi seul de lancer.
Toutefois, après vingt-six ans de règne direct et indirect de Poutine sur le pays, le mythe du “bon tsar” devient de plus en plus difficile à perpétuer. Il est plutôt devenu un moyen d’exprimer des critiques avec prudence, sans prendre trop de risques.
Un industriel [récemment] interviewé par un média nationaliste déplorait la “crise existentielle” qui frappe son industrie, mais s’est couvert en ajoutant “j’ignore si le gouvernement connaît la vérité” et en s’interrogeant sur “qui informe les hauts placés”.
De même, le correspondant de guerre pro-Kremlin Andreï Filatov a averti que “les pertes réelles sont soit tenues entièrement secrètes, soit distillées au compte-gouttes, ce qui donne l’impression au sommet de l’État que la situation n’est pas si grave. Par conséquent, l’armée ne s’adapte pas.”
Taux de popularité au plus bas
Il existe un grave problème de dissimulation et de falsification au sein du gouvernement russe, tout comme dans sa hiérarchie militaire. Le chef d’état-major des armées, Valéri Guérassimov, a tendance à annoncer les victoires à l’avance. Mardi [21 avril], il a par exemple proclamé la “libération totale” de la région contestée de Louhansk, pour la cinquième fois.
Toutefois, une partie de la population russe est réellement convaincue que Poutine ignore la situation du pays. Au mieux, on suppose que s’il est mal informé, c’est parce qu’il préfère ne pas entendre les mauvaises nouvelles.
Il en résulte un lent déclin de Poutine dans les sondages. Même l’institut national VTsIOM fait état d’une chute de sa popularité pendant six semaines consécutives, pour atteindre 66,7 %. Un chiffre qui peut paraître élevé aux yeux des Occidentaux, mais la comparaison avec des systèmes réellement multipartisans ne peut pas fonctionner. Ce taux est à son plus bas niveau depuis 2022, et le parti du président, Russie unie, n’est crédité que de 27,3 % dans les sondages.
Rien de tout cela ne peut servir à pronostiquer la fin imminente du règne de Poutine. Il n’existe pas d’opposition organisée digne de ce nom, son contrôle de l’appareil sécuritaire demeure incontesté et, au beau milieu d’une guerre, même ses détracteurs refusent de déstabiliser le pays. Cette situation démontre plutôt la difficulté et les efforts croissants qui doivent être fournis pour maintenir le statu quo. Elle nous dit aussi que l’un des plus grands atouts de Poutine, son autorité personnelle, est en déclin.
Source : www.courrierinternational.com
Conclusion : L’équipe éditoriale continuera à analyser les faits.

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