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8 mai 2026Cadeaux présidentiels, présents diplomatiques : une tradition millénaire encore opaque en France
Analyse : Notre équipe vous propose une synthèse de cette information.
Notre rédaction a sélectionné quelques points clés concernant « Cadeaux présidentiels, présents diplomatiques : une tradition millénaire encore opaque en France ».
Ce qu'il faut retenir
Joie d’offrir et plaisir de recevoir depuis des siècles, mais difficulté à retrouver ! S’intéresser aux cadeaux diplomatiques, en particulier aux Présidents, demande de la patience. Nous avons d’ailleurs plusieurs fois relancé l’Élysée, sans suite, quand aucune liste n’est publiée en ligne.
Ces objets, souvent très divers et pas toujours personnalisés, n’ont pas, en France, de musée national mais deux principaux en région, à l’initiative de François Mitterrand et de Jacques ChiracOuverture dans un nouvel onglet, ainsi qu’une salle dans la récente Maison ÉlyséeOuverture dans un nouvel onglet, face au Palais. Et leur statut interroge encore, avec pendant longtemps un traçage aléatoire. Après sept ans de travaux, l’ancien musée du septennat de Château-Chinon devenu Cité des PrésentsOuverture dans un nouvel onglet permet d’en savoir plus et ses équipes continuent à inventorier. Éclairage à l’occasion de cette réouverture, avec des gros plans sur certains dons, et deux entretiens, avec le président de l’Observatoire de l’éthique publique, René Dosière, et l’historienne de l’art Natacha Pernac.
L’exemple des cadeaux reçus par François Mitterrand
Au coeur du Morvan, 300 objets reçus et parfois donnés par François Mitterrand au cours de ses deux septennats sont désormais mis en valeur dans la Cité des Présents de Château-Chinon. Soit une petite partie des 4 500 pièces conservées dans ce bâtiment moderne qui abrite aussi un musée de la mode. L’exposition très fluide de cette drôle de collection venant d’environ 80 pays est thématisée. Avec des objets récurrents, comme les portraits de dirigeants, les vases ou les militaria (insignes du pouvoir tels des dagues, machettes ou chasse-mouche), et des dons plus surprenants, animaliers ou textiles, explique Thibaud richard, le responsable du lieu (découvrez certains exemples en détail ci-dessous) :
Typologie des cadeaux exposés à la Cité des présents-François Mitterrand. Par Thibaud Richard
« Ces cadeaux ne sont qu’une matérialisation d’un instantané, d’une rencontre. Diplomatique, protocolaire; en France ou à l’étranger« , ajoute celui qui mentionne le sociologue et anthropologue Marcel Mauss et sa théorisation du don. « Ces objets sont véritablement issus d’un protocole et peuvent aussi être destinés à des institutions internationales, c’est ce que nous essayons de marteler au cours de la visite. Ils peuvent paraître anecdotiques mais ils nous racontent quelque chose de la relation diplomatique, protocolaire et même de la relation que chaque citoyen, citoyenne, peut avoir face à un dignitaire. » Des cadeaux « à la fonction présidentielle française« , avec quelques exceptions comme ceux venant de Helmut Kohl, en raison de sa grande amitié avec François Mitterrand :
Un rite très protocolaire, don à la fonction présidentielle, explique Thibaud Richard, qui précise comment François Mitterrand a voulu les rendre publics.
Les lumières de la Cour des comptes et de René Dosière sur ces « biens publics »
Chaque année depuis 2009, les magistrats financiers nous ouvrent les portes de l’Élysée. Leur rapport publié à l’été 2024 offre ainsi un très rare et précieux éclairage sur « la gestion des cadeaux » (page 35)Ouverture dans un nouvel onglet. On y apprend notamment que « Chaque cadeau offert au Président ou à son épouse fait l’objet d’une procédure de restitution immédiate à la Présidence. Une personne de la direction de la communication a pour mission d’assurer l’inventaire, le stockage, l’entretien et la valorisation des cadeaux. Un suivi est ainsi effectué de tous les cadeaux reçus sur le mandat présidentiel, avec la tenue d’une inventaire détaillé (photo du cadeau, labellisation et identification, etc.). De nombreux cadeaux reçus sont présentés au Centre mondial de la Paix à Verdun. D’autres seront exposés au sein de l’espace muséal – boutique qui sera ouvert en face du palais de l’Élysée ». Et aussi que « Concernant les cadeaux offerts par le Président de la République, ceux-ci sont choisis selon plusieurs critères : refléter des savoir-faire français, maîtriser les coûts, et (assurer une certaine réciprocité par rapport aux cadeaux offerts par les hôtes. Seuls les chefs de délégation, et leurs conjoints, sont habituellement destinataires de ces cadeaux. Afin de maîtriser les coûts, la Présidence travaille à développer des mécénats avec certains fournisseurs. En 2023, le montant total des cadeaux protocolaires offerts s’élevait à 61 000 euros« .
Un chiffre à comparer avec ceux obtenus au début du mandat de Nicolas Sarkozy par René Dosière, le seul parlementaire à avoir enquêté à ce sujet. À l’époque député socialiste, il se battait pour faire la transparence sur le fonctionnement du palais. « On partait de rien » et il avait notamment appris que 130 cadeaux avaient été offerts par le Président en 2008, pour une valeur de 87 725,69 euros, et 121 en 2009, pour 96 848,49 euros. Ces objets étant « proposés par le chef du protocole, après consultation du conseiller technique spécialisé et très souvent de l’ambassadeur concerné. Ils sont négociés auprès des fabricants de grandes maisons françaises dans un revue de 20 à 60 % du prix public » :
« Tous les cadeaux reçus sont des biens de la présidence de la République » explique notamment René Dosière
Aujourd’hui président de l’Observatoire de l’éthique publiqueOuverture dans un nouvel onglet, René Dosière précise également que tous les cadeaux présidentiels reçus sont stockés au palais de l’Alma, annexe de l’Élysée près du musée du quai Branly (comme le montrait un reportage vidéo du Parisien fin 2016Ouverture dans un nouvel onglet) et qu’une liste des cadeaux faits est donc tenue, ne serait-ce que pour éviter les doublons. Quant à leur statut, « tous les cadeaux reçus sont des biens de la présidence de la République, des biens publics« . Mais René Dosière admet qu’en l’absence de texte juridique précis un Président pourrait aujourd’hui s’accaparer des dons diplomatiques.
Précisons que si le scandale des diamants donnés par Bokassa a éclaboussé le Président Valéry Giscard d’Estaing, il les avait reçus auparavant, étant ministre de l’Économie. Cette affaire a tout de même sûrement joué dans les relatives avancées qui ont suivi.
De l’Égypte ancienne à l’habileté de Vladimir Poutine
Historienne de l’art, Natacha Pernac aime à revenir sur une histoire millénaire qui l’intéresse de longue date. Frappée aussi par la beauté des objets exposés dans le musée national de Pékin, avec un étage entier consacré aux dons diplomatiques. Et début mars dernier, elle coorganisait à la villa Médicis un colloque international sur les dons diplomatiques à l’époque moderne et contemporaineOuverture dans un nouvel onglet.
Pour trouver les premiers présents, « Il faut remonter à l’antiquité, peut-être égyptienne. Car on a alors déjà des témoignages de dons, on le sait par des lettres échangées entre le père d’Akhenaton et des représentants assyriens. Très tôt, une pratique d’échange se met en place. On le voit dans un certain nombre de bas-reliefs mésopotamiens » indique-t-elle :
Petite histoire des présents diplomatiques, de l’Égypte ancienne à la Ve République. Par Natacha Pernac
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« La Ve République se fait un peu l’écho des pratiques antérieures mais aussi en essayant de redonner à la population une visibilité de ces cadeaux, qui n’entrent plus dans les collections royales mais qui sont souvent déposés dans les institutions. » poursuit la maîtresse de conférences en histoire de l’art moderne à l’Université Paris Nanterre. Elle décrit aussi le dispositif anti corruption étasunien très ancien : « Dès la Constitution américaine, les pères fondateurs et par exemple, Benjamin Franklin, qui est ambassadeur, va s’étonner que le roi de France lui offre un objet de grand prix. La rédaction de la Constitution demande à ce que chaque objet versé soit en quelque sorte validé par les institutions. Les États-Unis choisissent à ce moment une politique de transparence pour lutter contre des pratiques de corruption possibles des fonctionnaires. » Natacha Pernac qui met en avant l’argument souvent mis en avant à l’encontre d’une telle transparence : « Dans le jeu des dons et des contre-dons, il faut rendre quelque chose de similaire. Donc c’est un jeu assez complexe, codifié. C’est intéressant la transparence mais c’est parfois compliqué en termes diplomatiques. »
Une transparence totale est-elle possible, souhaitable pour ces dons ? L’analyse de Natacha Pernac
Dans son analyse très développée à notre micro, celle qui mentionne l’importance du Vatican en la matière relève aussi l’habileté de Vladimir Poutine. Notamment quand l’an dernier il a offert à Donald Trump un tableau le représentant juste après l’attentat raté dont il a été la cible en juillet 2024, peint par l’un des plus célèbres portraitistes russes. « Vladimir Poutine a instauré non pas une nouvelle typologie de dons diplomatiques, mais il a su l’utiliser de manière assez habile, en identifiant bien la personnalité du destinataire. Et le bon cadeau est celui qui à la fois est porteur de l’identité de celui qui offre, mais aussi celui qui prend bien en compte l’identité de celui à qui l’on offre et qui peut être une population, évidemment une nation, mais aussi son représentant. » Poutine qui n’a pas hésité à offrir une voiture de fabrication russe à Kim Jong UnOuverture dans un nouvel onglet, grand amateur de véhicules de luxe. Quand bien même il violait ainsi les sanctions imposées par les Nations unies à la Corée du Nord.
L’expertise de Vladimir Poutine en la matière
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La tradition des portraits photographiques
Autrefois peints puis photographiques, les portraits sont un classique des présents diplomatiques. Le premier cadeau de l’étranger reçu par le nouveau président François Mitterrand, en juin 1981, fut ainsi un portrait encadré, signé et daté du prince Charles, explique Thibaud Richard. Avec une lettre de félicitations. Bien d’autres ont suivi, comme celui du couple Reagan, faisant écho à « une tradition d’échange de portraits qui remonterait même au Moyen Âge » :
En 1981, un portrait photographique signé du prince Charles fut le premier cadeau fait au nouveau président François Mitterrand
La délicate question des cadeaux animaliers
Là encore, vivants ou morts, les animaux font partie des classiques du genre. Depuis des siècles et encore aujourd’hui. La Chine occupe bien sûr une place d’importance avec sa diplomatie des pandas. La Chine se sert ainsi de son célèbre ursidé depuis la dynastie Tang, au VIIe siècle. Et Xi Jinping et le couple Macron ont récemment ravivé ce procédéOuverture dans un nouvel onglet, quand le président français a choisi un cheval pour contenter son homologueOuverture dans un nouvel onglet, qui aurait été fasciné par les cavaliers de la Garde Républicaine lors de sa visite à Paris en 2014.
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Au Mali, François Hollande avait lui reçu en février 2013 un chameau du gouverneur de Tombouctou pour le remercier de la libération de la ville des djihadistes par les militaires français. Problème : l’animal, dont on avait ensuite perdu la trace, fut mangé !Ouverture dans un nouvel onglet Avant tout de même d’être remplacé par « un plus beau et plus gros » selon les autorités maliennes.
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François Mitterrand a lui notamment reçu un éléphant, une quinzaine de défenses d’éléphant d’Afrique, une dent de narval du Canada, ou un couple de lions naturalisés de République centrafricaine, difficiles aujourd’hui à présenter, détaille Thibaud Richard :
La délicate question des cadeaux animaliers
Un instantané de géopolitique
Dans sa diversité, l’objet peut acquérir une force symbolique et historique particulière. C’est le cas du morceau du rideau de fer offert par le président de la république de Hongrie par intérim Mátyás Szűrös, le 18 janvier 1990, à François Mitterrand. Un des trésors du site de Château-Chinon qui a reçu l’appellation Musée de France en 2003 :
Un morceau de barbelé pour l’Histoire
Source : www.radiofrance.fr
Conclusion : Quelques points à garder à l'esprit selon notre rédaction.

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