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9 mai 2026Analyse : Voici un aperçu des faits selon nos journalistes.
Selon nos experts, « À la source du Jour de la Victoire, la commémoration russe du 9 mai » mérite une attention particulière.
À ne pas oublier
Depuis l’invasion à grande échelle de l’Ukraine en février 2022, le rôle d’instrument de propagande de ce défilé du 9 mai n’a cessé de prendre de l’ampleur. Pour les analystes internationaux, c’est devenu une échéance attendue, scrutée et commentée.
Revenons à la source, et revenons donc en 1945, à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Puisque c’est ça que les Russes commémorent : la victoire des Soviétiques sur les nazis.
De fait, de la mise en échec de l’opération Barbarossa à la prise de Berlin par l’armée rouge, en passant par la libération de l’Europe de l’Est, les Soviétiques ont joué un rôle majeur dans la capitulation allemande. Cette capitulation qu’en France on commémore le 8.
Pourquoi ce jour de décalage ? En fait, l’acte de reddition de l’armée nazie a d’abord été signé le 7 mai, à Reims, avec ordre de cessation des combats le lendemain à 23 h 01.
Seulement voilà, Staline voulait que la capitulation soit signée dans la capitale du Reich. On a donc une deuxième signature, cette fois à Berlin, quelques minutes avant l’entrée en vigueur de l’acte, c’est-à-dire le 8 mai un peu avant 23 h, heure de Berlin.
Mais avec le décalage horaire, il est déjà près d’une heure du matin à Moscou, où l’on est donc le 9.
À l’époque, le bilan réel de la guerre en URSS n’est pas communiqué, mais au fond, les peuples soviétiques n’ont pas besoin de le connaître pour être en deuil : après quatre ans d’une guerre sanglante, commencée pour eux en 1941, toutes les familles sont touchées. Aujourd’hui, les historiens évoquent vingt-six millions de morts, dont une majorité de civils.
Dès le 9 mai 1945, on a donc deux mémoires qui se construisent en parallèle. Au niveau familial et intime, c’est le deuil qui prime, l’hommage aux proches disparus, morts au combat ou tués par des bombardements.
Mais au niveau politique et national, c’est la victoire glorieuse et Staline tout-puissant qui sont célébrés. Pour autant, le 9 mai n’entre pas immédiatement dans le calendrier.
Bien sûr, il y a des commémorations sous Staline et Krouchtchev, mais jusqu’aux années 1960, la propagande est davantage tournée vers l’avenir radieux que vers le passé héroïque. C’est le dirigeant soviétique Léonid Brejnev qui fait du 9 mai un jour férié pour toute l’URSS.
Ce jour est célébré pour la première fois pour le vingtième anniversaire de la victoire, en 1965, et baptisé donc Jour de la Victoire. C’est le début des grands défilés militaires sur la place Rouge, qui deviennent un élément clé dans la construction mémorielle de ce que les Russes appellent la « Grande guerre patriotique ».
Et de fait, le patriotisme prend à cette époque une dimension centrale dans l’identité soviétique, jusque-là plutôt dominée par la célébration du communisme.
Une commémoration qui perdure après la chute de l’URSS
Au début des années 1990, la manifestation n’a clairement plus la même ampleur. C’est en 1995, pour le cinquantenaire de la capitulation nazie, que le défilé sur la place Rouge refait son apparition en direct à la télévision.
La télévision qui est d’ailleurs un acteur essentiel de cette commémoration, puisqu’en plus du défilé, les chaînes russes diffusent des films de guerre, que ce soient des classiques soviétiques ou des productions plus récentes. Mais le Jour de la victoire, comme la mémoire de la Grande guerre patriotique en général, va prendre une nouvelle dimension sous Vladimir Poutine.
Les défilés sont de plus en plus spectaculaires, et deviennent de véritables démonstrations de force. Le message n’est plus : « nous nous souvenons », mais « on peut le refaire ». Les Soviétiques en général et les Russes en particulier sont présentés comme les principaux artisans de la victoire contre les nazis, et le pacte germano-soviétique de 1939 est largement occulté par le discours officiel, comme c’était déjà le cas au temps de l’URSS.
La plupart des anciennes républiques soviétiques commémorent également la fin de la Seconde Guerre mondiale aujourd’hui, le 9, même si le récit national sur le sujet varie d’un pays à l’autre. Mais l’Ukraine a commencé à prendre ses distances dès 2015, à la suite de l’annexion de la Crimée et de la guerre du Donbass.
À Kiev, la victoire sur le nazisme reste dans un premier temps célébrée le 9, mais un jour du Souvenir et de la réconciliation est institué en plus le 8. Et depuis 2023, c’est cette journée-ci qui est principalement célébrée dans le pays, tandis que le sens du 9 mai a été modifié par décret, pour devenir la journée de l’Europe.
Références :
- Nicolas Werth, Poutine Historien en chefOuverture dans un nouvel onglet, Tracts Gallimard, 2022
- Andreï Kozovoï, Brejnev. L’antihérosOuverture dans un nouvel onglet, Perrin, 2021
Source : www.radiofrance.fr
Conclusion : Les évolutions seront analysées par notre équipe pour vous tenir informés.

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