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10 mai 2026Relations avec Israël, posture face au conflit… Comment la guerre au Moyen-Orient creuse les dissensions entre monarchies du Golfe
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Nos rédacteurs mettent en avant les points clés de « Relations avec Israël, posture face au conflit… Comment la guerre au Moyen-Orient creuse les dissensions entre monarchies du Golfe ».
Faits marquants
Entretenant des relations contrastées avec les belligérants, l’Iran, les États-Unis et Israël, les six pays arabes du Golfe voient leurs lignes de fracture mises à nu par la guerre au Moyen-Orient. La rivalité entre les deux grandes pétromonarchies, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, s’en trouve encore approfondie.
Face à l’impasse diplomatique entre Téhéran et Washington, aux menaces belliqueuses de Donald Trump et au maintien du blocage du détroit d’Ormuz, les pétromonarchies du Golfe baignent dans l’incertitude. En attendant que la situation se déverrouille, elles observent leurs différends, loin d’être récents, s’épaissir et leurs divergences se matérialiser.
« Les divergences ne sont pas nouvelles, mais le conflit a accentué les divisions », constate Jean-Paul Ghoneim, chercheur associé à l’Iris et spécialiste des pays du Golfe, contacté par BFM.
Premier point de désaccord: les suites à donner à la guerre qui les a tous touchés économiquement et militairement. D’un côté, le Qatar, Oman, le Koweït et l’Arabie saoudite prônent le dialogue et soutiennent les efforts de médiation du Pakistan. Quand de l’autre, le Bahreïn et les Émirats arabes unis, rangés du côté des États-Unis et d’Israël, adoptent une position plutôt va-t-en-guerre.
Des relations hétérogènes avec Téhéran
Des postures qui s’expliquent historiquement. Si les six pays, réunis depuis 1981 au sein du Conseil de Coopération des pays du Golfe (CGG), cohabitent tous avec leur voisin persan depuis des siècles, ils le font à des degrés divers, et avec plus ou moins de complexité.
Le Koweït est poussé par sa tradition diplomatique et par sa situation géographique. Oman, sans entretenir une forte proximité avec Téhéran, calque sa sécurité nationale sur sa neutralité. Le Qatar a renforcé ses relations avec l’Iran lors du blocus imposé à son encontre par ses riches voisins entre 2017 et 2021.
Si l’Arabie saoudite se méfie de l’Iran perçu comme un rival sur la scène régionale, elle tient encore plus à la stabilité, nécessaire à ses ambitions. Dans ce sens, Riyad a participé à la mi-avril à la tentative de médiation entre Washington et Téhéran aux côtés de l’Égypte, de la Turquie et du Pakistan.
Au-delà de la question iranienne, l’Arabie saoudite se rapproche de ces trois pays de l’axe sunnite pour diversifier ses alliances et ne plus dépendre uniquement des États-Unis pour sa sécurité. « Ils veulent maintenir le parapluie défensif américain mais les Saoudiens cherchent à construire d’autres axes de défense », nous explique Jean-Paul Ghoneim. D’après NBC News, si Donald Trump a d’ailleurs brutalement arrêté son opération « Projet Liberté » d’escorte de navires dans le détroit d’Ormuz, c’est parce que l’Arabie saoudite a interdit aux États-Unis d’utiliser ses bases et son espace aérien.
Malgré leur posture conciliante, le Koweït, le Qatar, Oman et l’Arabie saoudite ont été visés par des drones iraniens à la suite du lancement de l’opération américano-israélienne contre Téhéran le 28 février dernier. Mais bien moins que les Émirats arabes unis et le Bahreïn, plus hostiles à Téhéran.
« Le Bahreïn a une spécificité: la famille au pouvoir est de confession sunnite et environ la moitié de sa population est chiiite », note le chercheur Jean-Paul Ghoneim. Le Bahreïn soupçonne Téhéran de soutenir la composante chiite afin de faire vaciller le pouvoir. Les Émirats arabes unis, eux, considèrent la République islamique comme une menace pour leur sécurité.
Cible de représailles
Dans le Golfe, les Émirats sont ceux qui ont le plus affiché leur soutien à l’opération américano-israélienne. Ils sont aussi ceux qui ont été le plus visés par les représailles de Téhéran. Le pays a été touché par près de 3.000 attaques depuis le 28 février, selon un décompte officiel émirati, concentrant à lui seul plus de la moitié des frappes sur l’ensemble des pays du Golfe. Les drones iraniens n’ont pas seulement visé des installations de leurs alliés américains, mais aussi des infrastructures civiles, énergétiques et même des bâtiments emblématiques, fracassant, entre autres, l’aura de stabilité de Dubaï, épicentre des affaires, du tourisme et des investissements dans la région avant le conflit.
Téhéran a même de nouveau ciblé son voisin émirati ce lundi 4 mai, malgré la trêve en vigueur depuis le 8 avril. Un site pétrolier de l’est du pays, à Fujaïrah, à proximité immédiate du détroit d’Ormuz, a été touché par des drones, tandis que trois missiles de croisière ont été interceptés. « Nous sommes probablement leur cible privilégiée », a affirmé à l’AFP l’expert émirati en sciences politiques Abdulkhaleq Abdulla. « À chaque fois qu’ils seront en colère contre les États-Unis ou Israël (…) ils nous tireront dessus ».
Comme le Bahreïn, les Émirats ont normalisé avec les accords d’Abraham en 2020 leur relation avec Israël, ennemi juré de l’Iran, faisant d’eux une proie de choix pour Téhéran, estime auprès de l’AFP H.A. Hellyer, spécialiste du Moyen-Orient au « Royal United Services Institute for Defence and Security Studies » de Londres. Selon le média américain Axios, pendant le conflit, l’État hébreu a déployé aux Émirats son système de défense aérienne Dôme de fer, poussant leur coopération militaire et sécuritaire à un niveau sans précédent.
La rivalité entre les Émirats et l’Arabie saoudite attisée
« Le rapprochement entre les Émirats et Israël crée des tensions avec le Qatar ou l’Arabie saoudite qui voient cela d’un mauvais oeil », assure Jean-Paul Ghoneim. Les deux grands rivaux du Golfe, Riyad et Abou Dhabi qui se disputent le leadership de la région, s’opposent sur leurs relations avec Israël.
L’Arabie saoudite est plus hostile à l’État hébreu depuis la guerre à Gaza. Le pays s’est engagé en faveur de la reconnaissance d’un État de Palestine et a suspendu le processus de rapprochement avec Israël, espéré par les États-Unis. À la fin du mois de janvier, une voix influente à Riyad, l’ancien doyen de l’université du Roi-Saoud, Ahmed al-Tuwaijri, a accusé Abou Dhabi de jouer « le cheval de Troie d’Israël dans le monde arabe », rappelle Le Monde.
Comme évoqué précédemment, les deux souverains s’opposent plus globalement sur les suites à donner au conflit avec l’Iran. Ryad, qui a subi moins d’attaques que les Émirats, « considère qu’il y a davantage de risques à agir qu’à ne rien faire, alors que les Émiratis sont d’un avis contraire », explique le chercheur H.A. Hellyer. Avant même le début du conflit au Moyen-Orient, ce spécialiste affirmait dans les colonnes du Monde fin janvier que « l’un craint l’excès d’ambition » quand « l’autre, l’inaction ».
« L’Arabie saoudite privilégie la désescalade et la transformation intérieure, considérant la stabilité régionale comme un enjeu à gérer et à contenir. Les Émirats arabes unis, quant à eux, perçoivent l’ordre régional comme fragile et estiment qu’une intervention préventive est nécessaire pour le remodeler avant qu’il ne s’effondre », avait-il abondé.
Après des années de rivalité latente, le divorce entre les deux pays – alliés durant une décennie – a été entériné à la fin de l’année 2025 en raison du bombardement par l’Arabie saoudite d’un port au Yémen utilisé par les Émirats. Les deux pétromonarchies sont opposées sur le dossier yéménite. Mais la guerre au Moyen-Orient ne fait qu’attiser leur rivalité.
« Pendant très longtemps, les Émirats ont fait la course en tête dans la modernisation, puis ils ont été challengés par l’Arabie saoudite avec l’arrivée de Mohammed Ben Salman. Au départ, ça s’est bien passé, le président des Émirats Mohammed Ben Zayed étant pratiquement un mentor de MBS, puis leur relation est devenue rivalité », rappelle le spécialiste Jean-Paul Ghoneim.
Dernier épisode en date: le 28 avril dernier, les Émirats ont annoncé leur retrait de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep). Abou Dhabi était le quatrième producteur de l’Opep en volume et dispose de très importantes capacités inexploitées de production, un levier essentiel du groupe quand il doit réguler le marché. En pleine flambée des prix du pétrole à cause du blocage du détroit d’Ormuz, les Émirats deviennent ainsi un acteur concurrent sur le marché.
Si le ministre émirati de l’Energie, Suhail Al Mazrouei, a insisté sur le action que la décision n’est « pas politique », il est difficile de ne pas y voir le résultat d’une rupture avec l’Arabie saoudite, la figure de proue de l’Opep.
« Les Émirats voulaient quitter l’Opep depuis longtemps, ils veulent augmenter leur production et ne pas être entravés par des quotas, ce n’est pas nouveau », rappelle le chercheur Jean-Paul Ghoneim. « Mais c’est surtout le timing qui pose question. C’est une marque de rivalité supplémentaire. »
Du point de vue économique, la compétition risque de s’étendre au-delà des frontières saoudiennes et émiraties et toucher tous les pays du Golfe. La moitié d’entre eux s’attendent à une contraction de leur économie cette année, selon le FMI. La perte de revenus pétroliers, les besoins de reconstruction après les attaques iraniennes et la hausse des dépenses militaires vont créer une pression budgétaire qui risque d’accentuer « les rivalités économiques, souvent à somme nulle, entre les États du Golfe », avance en effet auprès de l’AFP Frédéric Schneider, du Middle East Council on Global Affairs.
Les pays du Golfe sont touchés à des degrés divers par le blocage du détroit d’Ormuz. « Les Émirats et l’Arabie saoudite ont les moyens d’exporter le pétrole hors du détroit et Oman est pratiquement au nord du détroit. En revanche, le Qatar, le Koweït et le Bahreïn souffrent de ne pas pouvoir exporter », analyse le chercheur à l’Iris, Jean-Paul Ghoneim, qui ne fait pas pour le moment état de « divisions exprimées » à ce sujet.
En apparence, les pays du Golfe affichent leur unité, comme, encore, lors de la réunion du Conseil de coopération du Golfe le 28 avril dernier. Mais Téhéran n’est pas dupe des tensions qui se jouent en coulisses et se réjouit de voir la discorde gagner ses voisins arabes.
Source : www.bfmtv.com
Conclusion : Un suivi attentif permettra de compléter notre point de vue.

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