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10 mai 2026Analyse : Voici quelques points à considérer selon notre équipe éditoriale.
Selon notre équipe, l'article intitulé « Trumpisme au Canada: comment les idées MAGA gagnent du terrain » mérite un regard attentif.
Faits marquants
Du Parti conservateur aux séparatistes de l’Alberta, en passant par les réseaux sociaux ou les médias conservateurs, les idées portées par Donald Trump infiltrent désormais une partie de la société canadienne. Mais cette influence reste, pour l’heure, loin de dominer la vie politique du pays.
Lorsque Donald Trump évoque pour la première fois l’idée d’annexer et de faire du Canada le 51e États des États-Unis, beaucoup ont cru à une plaisanterie. Mais derrière cette provocation se cache une autre réalité. Depuis plusieurs années, les idées trumpistes s’infiltrent dans la société et dans le débat politique canadien.
Aujourd’hui, le Parti conservateur du Canada est le principal vecteur du trumpisme. Considéré comme un « mini-Trump » ou un « Trump light » par les libéraux, Pierre Poilievre, chef de ce parti, emprunte cette rhétorique trumpienne : slogans courts, opposition du peuple face à une élite corrompue, critique des institutions. Parmi les critiques, on retrouve celle de la Banque du Canada, dont l’indépendance est majeure pour l’économie. « Attaquer la banque centrale, c’est ce que Trump a fait aux États-Unis », indique Daniel Béland, directeur de l’Institut d’études canadiennes et professeur en sciences politiques à l’université McGill, qui note cette similitude.
Le martèlement de ses slogans « axe the tax », « stop the crime », « fix the budget » ou « build the homes » perçus comme populistes pour le chercheur, nourrit ce sentiment d’influence trumpienne. Cependant, Daniel Béland tempère puisque pour lui « ce serait injuste de dire que le Parti conservateur du Canada est un parti trumpiste. Les discours concernant l’immigration sont plus mesurés. Mais aujourd’hui, il y a bien une aile ou une faction du parti qui est idéologiquement plus proche de Trump. »
Un autre parti, le Parti populaire du Canada, fondé en 2018, fait écho à l’idéologie MAGA. Mené par Maxime Bernier, il représente la version la plus proche idéologiquement des idées de Trump. « C’est un parti encore marginal sur le plan électoral, qui n’a jamais élu de député à la Chambre », analyse le professeur de l’université de McGill. Le trumpisme pur est ainsi pour le moment minoritaire au niveau fédéral. Mais le Canada est un pays fédéral décentralisé avec une culture politique variant d’une province à l’autre.
L’Alberta, le laboratoire du trumpisme canadien
Si l’idéologie trumpiste est plus vague à l’échelle fédérale, son influence est particulièrement visible dans une province : l’Alberta. « Elle a cette singularité d’entretenir des liens économiques importants avec le Texas et les États conservateurs états-uniens », explique Daniel Béland « et ces intérêts économiques ont impacté la culture politique de la province ».
Riche économiquement et en pétrole, cette province de l’Ouest a concentré au fil des années des frustrations envers Ottawa, qu’elle accuse de sacrifier son économie au profit de la transition énergétique. « La rhétorique utilisée, c’est un peu le bon peuple albertain qui est attaqué par les méchants technocrates libéraux à Ottawa et ça a nourri cette tradition de ce qu’on appelle le populisme albertain », résume le directeur de l’Institut d’études canadiennes de McGill.
Le mouvement trumpiste a accru et nourri ces tensions. « Il y a beaucoup de conservateurs canadiens qui regardent Fox News ou les influenceurs d’extrême droite américains. Ils aiment Trump, son style et sa politique ». Conséquence : ces derniers mois, les rencontres entre responsables des mouvements séparatistes albertains et l’administration Trump se sont multipliées.
Au cœur de cette dynamique se trouve Danielle Smith, Première ministre de l’Alberta depuis 2022. Incarnant cette fusion entre le conservatisme albertain et le trumpisme, cette ancienne journaliste entretient désormais des liens étroits avec la sphère MAGA, en étant notamment invitée à la résidence de Mar-a-Lago de Donald Trump. Autre figure albertienne proche du trumpisme, Cameron Davies. Ce leader du Parti républicain de l’Alberta et ancien marine américain s’était lui aussi rendu en Floride puis à New York pour rencontrer des figures du mouvement MAGA, dont Tucker Carlson.
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« On est face à une ingérence des États-Unis »
Au-delà de la sphère politique, le mouvement séparatiste « Stay Free Alberta » reprend lui aussi cette rhétorique complotiste et anti-immigration propre à Trump. Dans un contexte tendu entre les deux nations, ce groupe, dirigé par l’homme d’affaires Mitch Sylvestre et l’avocat Jeff Rath, est allé jusqu’à rencontrer à trois reprises des proches du président américain à Washington. Ce même groupe indépendantiste qui, récemment, a franchi un nouveau cap. En réussissant à obtenir plus de 300 000 signatures, la question de leur indépendance pourrait être soumise à un scrutin dès octobre. Une étape facilitée par la Première ministre de l’Alberta qui avait baissé l’année dernière le seuil requis de signatures pour la tenue d’un référendum.
Avec des membres de l’administration Trump, dont le secrétaire au Trésor américain, qui soutiennent publiquement le mouvement indépendantiste albertain, cette perméabilité suscite une nouvelle inquiétude. « Pendant des années, on parlait d’ingérence provenant de la Chine, de l’Iran, de la Russie », rappelle le chercheur, « mais là, on est face à une ingérence des États-Unis ».
Donald Trump lui-même a alimenté cette idée en relançant régulièrement l’idée de faire du Canada le 51e État américain. La logique est claire pour Daniel Béland : « Un référendum sur la souveraineté en Alberta, même si le non l’emporte, pourrait affaiblir le pays, réduire l’unité nationale. Et pour Trump, l’idée que ça affaiblisse le Canada pourrait être perçue comme une bonne nouvelle par les membres de l’administration Trump dans le cas de négociations commerciales. Mais aussi dans l’accès aux ressources naturelles, notamment pour le pétrole qui provient majoritairement de l’Alberta. »
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Complotisme, défiance envers les institutions et fake news
Au-delà des partis politiques, le trumpisme circule à travers des canaux moins visibles mais tout aussi efficaces. « Allez sur les médias sociaux, vous allez voir qu’il y a beaucoup d’influenceurs québécois, francophones, anglophones au Canada qui soutiennent Trump ouvertement, qui répandent les mêmes idées », pointe Daniel Béland. Rebel News, média en ligne fondé en 2015, incarne cette version canadienne du populisme autoritaire qui caractérise Donald Trump, mêlant complotisme, défiance envers les institutions, fake news ou politique anti-immigration. « Ces canaux de diffusion sont particulièrement efficaces en Alberta, grâce à sa proximité géographique mais surtout linguistique avec les États-Unis. Or, tout ce qui se passe sur les réseaux sociaux, on a très peu de contrôle dessus. »
La démission de Justin Trudeau et l’arrivée de Mark Carney à la tête du Canada ont changé la donne. Là où Trudeau était méprisé dans les provinces conservatrices, Carney bénéficie d’un capital sympathie inédit pour un Premier ministre libéral. « Mark Carney a une approche plus centriste, voire de centre-droit », observe le professeur de McGill. « Il est aussi plus ouvert à de nouveaux projets de pipeline, plus ouvert envers l’industrie pétrolière et gazière, donc il joue un rôle positif en matière d’unité nationale par rapport à l’Alberta ».
Sur les chiffres réels du séparatisme albertain, Béland invite également à la prudence. « Les gens qui croient vraiment à l’indépendance en Alberta représentent environ 15 % de la population selon les sondages. » Les autres utilisent la menace de ce scrutin comme levier de pression sur Ottawa, pour obtenir de nouveaux pipelines, changer la politique environnementale, sans croire à une réelle indépendance.
Face à l’idéologie trumpiste, Daniel Béland tente de relativiser. « À l’heure actuelle, la plupart des Canadiens sont derrière Mark Carney et le taux de popularité de Trump au Canada est très bas, hormis parmi les conservateurs. » Même au sein de ce camp, l’adhésion est loin d’être homogène. « Les conservateurs au Canada sont divisés sur la question de Trump et du populisme autoritaire. »
Si les idées MAGA gagnent progressivement du terrain au Canada, la faible popularité de Donald Trump constitue encore un rempart. Dans ce contexte, il paraît alors difficile d’envisager une implantation durable et profonde de cette idéologie dans la société canadienne.
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Source : www.rfi.fr
Conclusion : Les prochaines informations permettront de mieux comprendre les enjeux.

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