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Voici l'avis général de nos rédacteurs sur « L’humiliation entre dans le débat politique israélien ».
Éléments à garder en tête
La scène a été relayée par Itamar Ben-Gvir, suprémaciste juif dont la surenchère permanente semble aujourd’hui tenir lieu de stratégie politique. Dans les sondages, il stagne, alors il provoque. Mais cette fois, la opinion en Israël a été massive. Une grande partie de la classe politique israélienne a condamné ces images, y compris Benyamin Nétanyahou, qui a expliqué qu’elles étaient contraires aux valeurs d’Israël. Contraires aux valeurs d’Israël — et peut-être plus encore : contraires à l’un des commandements moraux les plus anciens du judaïsme.
Car il existe dans la tradition juive une interdiction absolue : celle d’humilier autrui. Le Talmud affirme que « celui qui blanchit le visage de son prochain en public est comme s’il versait son sang » — traité Baba Metsia 58b. La honte publique y est comparée à un meurtre symbolique. Et dans le Lévitique, on lit : « Tu ne maltraiteras point ton prochain ». Non seulement parce qu’il faut protéger les faibles, mais parce qu’une civilisation commence précisément au moment où elle renonce à l’humiliation comme spectacle.
Et c’est peut-être cela, au fond, qui rend ces images si insupportables pour tant d’Israéliens eux-mêmes : elles réveillent une mémoire.
Je me suis souvent demandé à quoi servait la politique. Et la réponse, un jour, m’a été donnée par Marek Edelman. Edelman racontait une scène vue en Pologne après l’invasion allemande. Un vieux juif hassidique, vêtu de noir, barbe longue, chapeau traditionnel, avait été installé par des nazis sur un tonneau. Autour de lui, des jeunes hommes riaient pendant qu’on lui coupait la barbe. Et Marek Edelman disait : « C’est là que j’ai compris que le plus important était de ne jamais se laisser asseoir sur un tonneau ».
Cette phrase m’a toujours poursuivi.
Ne jamais se laisser asseoir sur un tonneau. Mais aussi : ne jamais asseoir quelqu’un sur un tonneau. Voilà peut-être le véritable sens de la politique. Non pas seulement protéger les siens — toutes les nations savent faire cela — mais empêcher l’humiliation de devenir un mode de gouvernement, un langage collectif, une jouissance publique.
C’est toute la difficulté d’un État. Et peut-être plus encore d’un État né d’une catastrophe historique. Car la création d’Israël ne visait pas seulement à donner une puissance aux Juifs, elle visait à rendre impossible le retour de certaines scènes. Impossible, le rire autour du vieillard humilié. Impossible, la jubilation devant l’abaissement d’un homme.
C’est pourquoi il faut dire avec force que ces actes n’ont rien à voir avec le projet d’un État juif. Ils en sont au contraire la profanation. Non pas son accomplissement, mais sa négation. Parce qu’une nation — comme l’écrivait Friedrich Nietzsche — peut devenir « le plus froid des monstres froids ». Et qu’aucune mémoire, aussi tragique soit-elle, n’immunise définitivement contre cette tentation.
Source : www.radiofrance.fr
Conclusion : Quelques éléments à garder en tête pour suivre cette actualité.

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