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Notre rédaction a sélectionné quelques points clés concernant « Voyage en Jamaïque brésilienne | France Musique ».
Points saillants
Comment le reggae s’est-il retrouvé à devenir l’identité musicale de toute une ville aux portes de l’Amazonie ? Lorsque le style voit le jour au début des années 1970, il n’y a aucune connexion entre son berceau jamaïcain et la ville de São Luís, coincée entre l’Amazonie, dont elle a le climat, et le Nordeste. Depuis une vingtaine d’années, des chercheurs s’interrogent sur l’arrivée du reggae : « ce sont des récits oraux, explique la éditeur Carla Freire, autrice de plusieurs articles sur la question, on ne peut donc qu’émettre des hypothèses ». La théorie la plus répandue raconte que des marins qui naviguaient sur les routes commerciales entre le nord et le sud du continent achetaient des disques lors de leurs escales. Ils les échangeaient contre d’autres au gré des ports ou alors les laissaient comme pourboires. D’autres hypothèses, moins reprises, formulent une arrivée via les radios jamaïcaines captées sur les côtes brésiliennes ou des disques ramenés de Belém, mégalopole amazonienne à dix heures de route de São Luís et plus propice aux échanges internationaux.
L’arrivée de ces disques à São Luís reste un mystère. Mais les premiers à s’en emparer, ce sont les DJ de radiolas, des animateurs itinérants, équipés d’un électrophone, d’enceintes et de jeux d’éclairage, qui animaient les soirées publiques et privées. Riba Macêdo était l’un de ces animateurs. « J’ai acheté mes premiers disques de reggae d’occasion, dans un kiosque, lorsque j’ai commencé en 1976 », se souvient-il. Aujourd’hui retiré, il fait partie de ceux qui ont démocratisé cette musique à São Luís. Parmi les premiers 45 tours qu’il diffuse, le futur classique « Monkey Man », par Toots & the Maytals ou encore « Montego Bay » par Freddie Notes & the Ruddies. Ces titres rencontrent un grand succès parmi les classes populaires qui vivent dans la périphérie de São Luís. « Les habitants ont adopté le reggae, mais ne comprenaient pas l’anglais, alors ils inventaient des titres, ils n’ont pas repris non plus les autres composantes de la musique comme le rastafarisme », raconte le professeur Carlão, enseignant aujourd’hui retraité à l’université fédérale du Maranhão.
Une danse spécifique
Sans référence sur l’origine de cette musique, les Brésiliens créent leur propre danse. « Ici, le reggae est une danse de couple, pas comme en Jamaïque où il se danse seul », commente le professeur Carlão. Pour Ademar Danilo, directeur du musée du reggae et organisateur de plusieurs festivals, il faut chercher cette connexion musicale dans l’histoire de la traite. « Les esclaves déportés en Jamaïque et ceux envoyés dans le Maranhão venaient des mêmes zones du continent africain, qui correspondent aujourd’hui au Togo et au Ghana », explique-t-il. Cette histoire commune résonne particulièrement à Sao Luis où 80% de la population se déclare afro-descendante.
Dans les premières années de son arrivée, le reggae a eu mauvaise presse auprès des élites de São Luís. Elles ont dédaigné cette musique venue d’un pays pauvre, à la population majoritairement noire, et adoptée par les classes les plus modestes. Ce n’est qu’au bout de quelques années, lorsque les radios commencent à le diffuser, que le reggae se démocratise et séduit d’autres classes. Des artistes brésiliens commencent alors à créer un reggae local, en portugais. Parmi ces pionniers, les musiciens aveugles du groupe Tribo de Jah et la chanteuse Célia Sampaio. Cette déclinaison locale du reggae trouve son public dans les festivals ou à la radio, mais n’est pas appréciée par les animateurs de radiolas. Leurs publics de danseurs leur réclament du reggae roots, la musique jamaïcaine considérée comme la musique originelle.
Une musique encore très vivace
Le succès du reggae dans cette partie du Brésil ne se dément pas depuis son arrivée dans les années 1970. « C’est un objet d’étude depuis 20 ans », précise la éditeur Carla Freire. Des articles universitaires lui sont consacrés, un musée lui est dédié, il est de toutes les fêtes… « Si vous marchez dans São Luís, vous entendrez du reggae, preuve que c’est une culture vivante », poursuit-elle. En revanche, dans son pays d’origine, la Jamaïque, cette musique est en perte de vitesse depuis des années, figée comme une pièce de musée. Les jeunes générations lui préfèrent des styles plus modernes, le reggae se trouve relégué aux soirées vintage. C’est donc une ville brésilienne, à des milliers de kilomètres de la Jamaïque, qui maintient la culture du reggae vivante et bâtit son identité sur cette musique adoptée un demi-siècle auparavant.
Source : www.radiofrance.fr
Conclusion : La rédaction gardera un œil attentif sur cette information.

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