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8 mars 2026Près de la moitié des journalistes tués en un an l’ont été dans la bande de Gaza selon RSF
ALAA Y. M. ABUMOHSEN / Anadolu via AFP
Le corps d’Ahmad Abu Mutayr, tué lors d’une attaque israélienne sur Deir al-Balah malgré le cessez-le-feu, transporté de l’hôpital Al-Aqsa Martyrs pour être inhumé à Deir al-Balah, à Gaza, le 20 octobre 2025.
« L’armée israélienne est le pire ennemi des journalistes », accuse ce mardi 9 décembre Reporters sans frontières (RSF). L’organisation de défense de la liberté de la presse a publié son bilan de l’année 2025, et affirme ainsi que cette année 67 journalistes ont été tués dans l’exercice ou en raison de leur métier à travers le monde cette année.
Plus encore, près de la moitié des journalistes tués l’ont été dans la bande de Gaza « sous le feu des forces armées israéliennes », indique RSF. Ainsi, au moins 29 employés de médias ont été tués ces douze derniers mois dans le territoire palestinien pendant qu’ils exerçaient leur métier.
Alors que les journalistes doivent être protégés comme des civils sur les zones de conflit, l’armée israélienne a été accusée à plusieurs reprises de les viser délibérément et a fait l’objet de plaintes pour crimes de guerre à ce sujet.
Israël a répondu qu’il frappait le mouvement islamiste Hamas, considéré comme une organisation terroriste par les États-Unis et l’Union européenne. Son armée avait notamment assumé avoir ciblé un célèbre correspondant d’Al-Jazeera, Anas al-Sharif, tué parmi cinq autres professionnels lors d’une frappe en août, en le qualifiant de « terroriste » qui « se faisait passer pour un journaliste ». Des accusations sans preuves, avait rétorqué RSF à l’époque.
La directrice éditoriale de RSF dénonce la tendance à « dénigrer » des journalistes pour « justifier les crimes ». « Il ne s’agit pas de balles perdues. C’est véritablement du ciblage de journalistes parce qu’ils informent le monde de ce qui se passe sur ces terrains-là », explique-t-elle.
Un bilan reparti à la hausse, en raison de la guerre à Gaza
Reporters sans frontières avait dénombré 49 journalistes tués en 2023, l’un des chiffres les plus bas des vingt dernières années. Mais la guerre menée par Israël dans la bande de Gaza depuis les attaques meurtrières du Hamas le 7 octobre 2023 a nourri une hausse de ce bilan en 2024 (66 tués selon un bilan réactualisé) et 2025 (67).
« Le nombre de journalistes tués (du 1er décembre 2024 au 1er décembre 2025, ndlr) est reparti à la hausse, du fait des pratiques criminelles de forces armées régulières ou non et du crime organisé », déplore Reporters sans Frontières, selon qui « les journalistes ne meurent pas, ils sont tués ».
« Voilà où mène la haine des journalistes, voilà où mène l’impunité », a dénoncé la directrice éditoriale de RSF, Anne Bocandé, auprès de l’AFP. « Il y a aujourd’hui un vrai enjeu, c’est que les gouvernements se réinvestissent dans la question de la protection des journalistes et ne fassent pas au contraire d’eux des cibles », ajoute-t-elle.
Des journalistes tués aussi au Mexique et en Ukraine
Reporters sans frontières déplore aussi « l’année la plus meurtrière au Mexique depuis au moins trois ans », avec neuf journalistes tués, « malgré les engagements » pris par la présidente de gauche élue en 2024 Claudia Sheinbaum. Les victimes « couvraient l’actualité locale, dénonçaient le crime organisé ou ses liens avec les politiques et avaient reçu des menaces de mort explicites », explique l’organisation.
L’Ukraine (trois journalistes tués dont le photoreporter français Antoni Lallican), et le Soudan (quatre journalistes tués) sont les autres pays au bilan le plus meurtrier selon RSF.
D’autres organisations ont des bilans différents en raison de méthodes de calcul qui varient. Sur son site internet, l’Unesco dénombre ainsi 91 journalistes tués à ce jour dans le monde en 2025.
Par ailleurs, RSF fait aussi état de 503 journalistes détenus à ce jour dans 47 pays du monde (121 en Chine, 48 en Russie, 47 en Birmanie). L’organisation compte aussi 135 journalistes disparus, dont certains depuis plus de 30 ans, et 20 journalistes otages, principalement en Syrie et au Yémen.

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