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10 mars 2026Sur le papier, les signatures s’enchaînent. Six mois après le lancement par l’administration Trump de sa politique de santé mondiale estampillée “America First”, vingt pays africains et quatre pays d’Amérique latine ont accepté les nouveaux accords proposés par les États-Unis. Mais dans le même temps, critiques et inquiétudes montent à l’égard de ces textes controversés que le Zimbabwe et la Zambie viennent de rejeter.
La nouvelle stratégie déployée par les États-Unis intervient après le démantèlement de l’USAID, l’agence d’aide au développement américaine, et des subventions associées. Comme les aides précédentes, celles-ci promettent de mettre l’accent sur la lutte contre le sida, la malaria ou la tuberculose, tout en améliorant la réponse aux épidémies ainsi que la santé maternelle et infantile.
Mais, conformément à la logique transactionnelle portée par l’administration Trump, diverses contreparties conditionnent la nouvelle stratégie d’aide. “L’extraction est le principe fondamental de la politique de santé mondiale ‘L’Amérique d’abord’”, alerte ainsi l’experte en relations internationales Sophie Harman dans une tribune publiée par le British Medical Journal.
Une clause particulièrement controversée exige des pays partenaires qu’ils donnent accès aux données médicales de leurs citoyens aux États-Unis. Officiellement, l’administration Trump espère que ce mécanisme lui permettra de détecter plus rapidement l’émergence d’épidémies. Mais pas seulement, estime Sophie Harman. Selon elle, l’objectif est aussi de “donner aux entreprises américaines un accès exclusif à ces informations, ce qui leur permettra de fabriquer des vaccins, des médicaments et des outils de diagnostic pour lutter contre ces agents pathogènes”.
Les données de santé, un “nouvel or noir”
“En substance, notre nation aurait fourni les matières premières nécessaires aux découvertes scientifiques sans aucune garantie que les produits finaux soient accessibles à notre population en cas de future crise sanitaire”, écrit ainsi le ministre de l’Information zimbabwéen, Nick Mangwana, dans une tribune publiée le 25 février par le média d’État The Herald. La veille, le média indépendant ZimLive avait révélé un mémo du ministre des Affaires étrangères, daté de fin décembre, indiquant que le président Emmerson Mnangagwa avait donné l’ordre de “cesser toute négociation” portant sur l’accord de santé “manifestement déséquilibré” avec les États-Unis.
“En refusant que le Zimbabwe soit traité comme une ‘bio-colonie’, le président a envoyé un message clair : les données sanitaires du pays sont un atout stratégique et non une marchandise à échanger contre une aide financière à court terme”, a notamment salué un autre média d’État, The Chronicle.
Qualifiant les données médicales de “nouvel or noir”, la spécialiste Sophie Harman estime que “le problème ne se limite pas à l’utilisation de ces données, mais concerne également leur revente à des pays à un prix plus élevé”. Elle évoque ainsi le “risque probable” que des données africaines soient utilisées par des compagnies pharmaceutiques américaines pour développer des traitements qui seraient ensuite revendus plus cher sur le continent que sur le marché américain.
Le partage de données inquiète également au Kenya. Alors qu’il est devenu, en décembre 2025, le premier pays à signer cet accord avec les États-Unis, sa mise en œuvre est suspendue par la justice. Plusieurs plaintes dénoncent notamment une violation de la loi kényane sur la protection des données.
En Zambie aussi, la signature d’un accord est en pause, alors que les négociations ont achoppé sur une clause qui “ne correspondait pas à la position et aux intérêts du gouvernement zambien”, selon les déclarations du ministre de la Santé zambien à l’agence Reuters. D’après l’agence, la clause évoquée pourrait être liée à une contrepartie minière – la Zambie est le deuxième producteur de cuivre en Afrique et possède également des réserves de cobalt, de nickel, de manganèse ou encore de lithium.
De la même manière, le site Health Policy Watch s’interroge sur d’éventuelles contreparties secrètes, en soulignant que la République démocratique du Congo et la Guinée ont chacun signé des accords miniers favorables aux États-Unis avant d’annoncer la signature d’un accord de santé bilatéral. Surtout, parmi les pays ayant déjà signé, plusieurs “sont confrontés à de graves pénuries de médicaments en raison du retrait des fonds américains”, souligne Health Policy Watch. Dans cette perspective, l’experte en politiques internationales de santé publique Sophie Harman accuse les États-Unis de “faire pression sur les gouvernements en instrumentalisant leurs besoins impérieux en matière de santé afin qu’ils bradent leurs bijoux de famille”.

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