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11 mars 2026« On ne peut pas mettre l’essence à prix coûtant » : les stations-service communales sous pression face à la flambée des tarifs des carburants
Dans plusieurs communes rurales, ces stations aux marges limitées, créées pour maintenir un accès à la pompe de proximité, voient, elles aussi, affluer les automobilistes.
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Aucune pompe à essence n’est épargnée par la flambée des prix des carburants depuis le début de la guerre au Moyen-Orient il y a près de deux semaines. Le litre de gazole a en moyenne dépassé la barre symbolique des deux euros dans l’Hexagone, mercredi 11 mars, un niveau qui n’avait plus été franchi depuis l’été 2022. Quant au sans-plomb 95, il frôle ce seuil. Chacune des 10 806 stations-service recensées en France par l’Ufip Energies et Mobilités, l’organisation professionnelle qui représente le secteur, doit composer avec cette envolée. Y compris les stations-service municipales, ouvertes par certaines communes pour garantir l’accès au carburant en zone rurale.
A Landivy, village de 1 100 habitants en Mayenne, la station-service, désormais gérée par la mairie, a rouvert en juillet 2025, après deux années de fermeture. La municipalité ne cache pas sa fierté de proposer ce service aux habitants et à ceux des communes voisines. « Nous avons entre 15 et 25 véhicules qui s’approvisionnent chaque jour, confie le maire, Marcel Ronceray. On ne s’attendait pas à un tel succès, mais c’était nécessaire. » La station privée la plus proche se situe à une dizaine de kilomètres de là. En rouvrant cet accès à la pompe, l’objectif était d’éviter aux automobilistes des environs ces trajets pour faire le plein.
Comme les stations privées, les pompes communales ont vu se précipiter les automobilistes redoutant que la guerre au Moyen-Orient et la paralysie du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz ne provoquent une pénurie d’essence. « Dès les premiers jours, nous avons observé un afflux à la pompe. Le lundi 2 mars, nous avons compté exactement 87 passages, contre une vingtaine habituellement« , raconte Marcel Ronceray.
Même constat à 200 kilomètres de là, à la station municipale de Plouray, dans le Morbihan. Première du genre en Bretagne, elle fonctionne depuis 2015 et vend aujourd’hui près d’un million de litres de carburant par an. « Les riverains se sont précipités, ce qui a provoqué des ruptures d’essence », relate le maire breton, Michel Morvant.
Et comme leurs rivales privées, les stations municipales ont dû répercuter à la pompe la hausse du prix du baril. « Pour le gazole, avant la guerre, le 27 février, nous étions à 1,68 euros par litre. Le 5 mars, à 1,95 euros par litre. Et depuis le 9 mars, nous avons passé le litre à 2,09 euros », pointe l’édile.
A une quinzaine de kilomètres de Plouray se trouvent des stations gérées par la grande distribution. Mais les stations communales n’ont pas les armes de leurs concurrentes pour réduire leurs prix, car les communes gestionnaires ne sont pas autorisées à réaliser des bénéfices sur la vente de carburant. Les stations essence municipales sont en effet considérées comme un service public local, destiné à maintenir un accès au carburant dans des zones où l’offre privée a disparu. Les mairies peuvent uniquement appliquer une petite marge sur le carburant vendu.
« L’estimation de cette marge est validée et encadrée par la préfecture. Nous pouvons ajouter au maximum 4 centimes par litre, explique Marcel Ronceray. Cela permet simplement de financer l’entretien de la station et son fonctionnement. » Michel Morvant estime également qu’un prix trop élevé ferait fuir les automobilistes. « Si on vendait plus cher, on ne vendrait pas. Les consommateurs comparent les prix de l’essence avant de se déplacer. »
Pour alimenter leurs pompes, les communes doivent aussi respecter les règles du Code de la commande publique. Comme tout achat financé par de l’argent public, l’approvisionnement en carburant doit faire l’objet d’une mise en concurrence entre plusieurs fournisseurs. Cette procédure, généralement réalisée via un appel d’offres, vise à garantir la transparence et l’égalité entre les entreprises.
Le président du groupe E.Leclerc, Michel-Edouard Leclerc, lui, a annoncé mercredi sur franceinfo une baisse prochaine du prix des carburants dans plusieurs enseignes. Selon lui, une diminution pouvant atteindre 30 centimes par litre pourrait intervenir « dans les deux jours » dans les stations de son enseigne, mais aussi chez « Système U, et probablement dans les Intermarché, les Carrefour ».
Mais impossible pour les municipalités de s’aligner sur les tarifs agressifs. La municipalité du Mené, dans les Côtes-d’Armor, a ouvert sa station en 2016. Et elle ne peut pas rivaliser avec les prix des grandes enseignes. « On ne peut pas mettre l’essence de nos stations à prix coûtant. Cela signifierait qu’on n’aurait plus assez d’argent pour entretenir les lieux », explique un agent municipal.
Dans les prochains jours, l’activité pourrait donc légèrement ralentir, estiment ces élus. Mais, pour eux, pas question de renoncer : ces pompes doivent avant tout rester un service rendu aux habitants, bien plus qu’une activité rentable.

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