
Un youtubeur accusé de « blasphème » pour une marque de parfum au Pakistan
13 mars 2026
Ligue Europa : L'OL dominateur sans gagner
13 mars 2026
Il faut hâter le pas, parcourir les couloirs à grandes enjambées, dévaler les escaliers pour suivre le rythme effréné du guide, qui arpente au pas de course le musée au pas de course. D’ailleurs, celui-ci prévient d’emblée les 25 visiteurs inscrits ce jour-là à la visite. « Mon nom est Langelink. Et je n’attends personne ». Langelink. Prénom : Joseph. Signes particuliers : lunettes à grosse monture, chaussures en daim usées, et surtout une belle dose de mauvaise foi. Derrière le guide se cache Carl Brandi. Deux à trois fois par semaine, l’artiste performeur de 34 ans se glisse dans la peau de cet historien de l’art acariâtre et au tempérament éruptif.
« Langelink a une approche de l’art très autoritaire et pédante. Il est convaincu que chacun doit avoir la même vision que lui et estime que toute autre façon de considérer l’art est une grossière erreur » explique le guide qui ajoute : « sa seule passion dans la vie, c’est d’embêter les gens de son quartier, et de leur demander de modifier l’emplacement des plantes et des fleurs sur leur balcon parce que cela heurte son regard ».
« Vous m’annoncerez l’heure toutes les dix minutes. Pensez-vous y arriver ? »
Le personnage s’inspire de certains restaurants où les serveurs sont volontairement grossiers et impolis pour divertir les clients. A mille lieues des visites pédagogiques et policées, Joseph Langelink critique les œuvres et se moque des conservateurs et des visiteurs. Avant chaque circuit, il se met en quête de ses victimes du jour. « Au départ, quand le groupe se rassemble au point de rendez-vous, je passe une ou deux fois dans les rangs, je tâte le terrain, j’observe tout le monde, je regarde qui me rend mon regard, qui détourne les yeux… Je note qui réagit avec assurance aux questions que je pose et les gens qui semblent vouloir participer et jouer le jeu. Ce sont ceux que je vais prendre à partie « . Ce jour-là, Langelink cible un homme, au premier rang. « Vous par exemple, vous m’annoncerez l’heure toutes les dix minutes. De façon précise, fiable et à voix forte et claire… Pensez-vous y arriver ? »
Le guide a toujours le dernier mot
Au fil des visites, Carl Brandi qui a conçu lui-même le circuit en fonction de son inspiration, a peaufiné son texte. Face à ce guide grognon, personne ne sort jamais gagnant. « Y a-t-il d’autres femmes de la mythologie ou de l’histoire qui sont célèbres pour être associées à des serpents ? C’est une question à laquelle un élève du primaire serait capable de répondre. Mais apparemment, elle suffit à vous mettre en difficulté » ironise Carl Brandi, qui se fait fort d’avoir toujours le dernier mot. « Peu importe ce que les gens savent, ce ne sera jamais assez. Le guide posera toujours une question à laquelle le visiteur ne pourra pas répondre. Par exemple, qui sait que l’homme avec la massue s’appelle Hercule ? Si quelqu’un a la réponse, il devra ensuite citer dans l’ordre chronologique les douze travaux d’Hercule. Personne ne le sait. Cela ne m’est jamais arrivé. C’est la ligne directrice, c’est ce avec quoi je joue ».
Les visites de 90 minutes organisées 6 à 10 fois par mois affichent complet plusieurs semaines à l’avance. Ce succès réjouit Carl Brandi. « C’est quelque chose de nouveau, quelque chose de rafraichissant, qui casse le cliché selon lequel un musée devrait être à tout prix un lieu recueilli et calme. Il n’y a aucune raison de chuchoter quand on se trouve face à une œuvre d’art » assure le guide. « La différence avec un acteur, c’est que j’interagis directement avec les visiteurs, il n’y a pas de scène. Je suis à leur portée et ils sont aussi à ma portée. Pour le public, c’est très facile de mémoriser les informations que je donne parce que le guide dégage une grande énergie ; ça incite à être plus concentré ».
Des visites très appréciées par le public
A la fin du circuit, Joseph Langelink prend congé du groupe et disparait en un clin d’œil sans attendre les applaudissements qui crépitent pourtant. « C’est complétement différent. On est vraiment transporté et on ne s’ennuie à aucun moment » analyse Ingrid, venue d’Aix-la-Chapelle. « Parfois, les visites guidées peuvent être monotones et au bout d’une demi-heure ou d’une heure, on n’a plus envie de continuer… Mais là, c’était tout le contraire ». Andreas, qui a fait le déplacement depuis Göttingen parce que des amis lui ont offert la visite, a lui aussi apprécié. « C’est un bon moyen d’initier à l’art des gens qui sont normalement éloignés, comme les jeunes. On consacre 90 minutes à la visite. C’est léger et facile parce que même les choses sérieuses sont abordées de façon ludique ».
Carl Brandi se dit prêt à se glisser dans la peau du guide grincheux et à brusquer les visiteurs tant qu’ils seront au rendez-vous. Le jeune homme toujours en quête de nouveaux défis prépare un nouveau circuit au sein du musée. Mais une chose ne changera pas : Joseph Langelink, son personnage, sera toujours aussi odieux et désagréable avec les visiteurs.
Pour voir ce contenu, acceptez les cookies.
Pour afficher ce contenu Instagram, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.
Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d’intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d’utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.
Source : www.radiofrance.fr

9999999
