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14 mars 2026Pourquoi l’île iranienne de Kharg, frappée par les Etats-Unis, est-elle stratégique dans la guerre contre l’Iran, mais aussi pour le cours du pétrole ?
Donald Trump a expliqué « avoir choisi de ne pas détruire les infrastructures pétrolières de l’île » pour le moment, mais il a menacé de le faire si Téhéran continuait de bloquer le détroit d’Ormuz. Or c’est par là que l’Iran exporte 90% de son pétrole.
e n’est qu’une toute petite bande de terre, mais elle est cruciale pour l’Iran. L’île de Kharg, jusqu’à présent épargnée par Israël et les Etats-Unis dans la guerre qu’ils ont déclenchée fin février, a été visée par des frappes américaines, vendredi 13 mars. De quoi faire frémir les observateurs et acteurs des marchés de l’énergie : le territoire situé à une trentaine de kilomètres des côtes iraniennes abrite le plus grand terminal d’exportation de pétrole brut du pays.
Selon l’agence de presse iranienne Fars, 15 explosions ont été entendues, mais aucune infrastructure pétrolière n’a subi de dégâts. « L’ennemi a tenté d’endommager les défenses de l’armée, la base navale Joshan, la tour de contrôle de l’aéroport et le hangar à hélicoptères de la Continental Shelf Oil Company », énumère cet organe iranien. Donald Trump a lui-même expliqué sur Truth Social, dans la nuit de vendredi à samedi, « avoir choisi de ne pas détruire les infrastructures pétrolières de l’île », « par souci de décence ». Le président américain a en revanche revendiqué avoir « anéanti totalement toutes les cibles militaires de l’île ».
Et le chef d’Etat américain de prévenir que cet arbitrage pourrait être réétudié en fonction des développements du conflit dans le très stratégique détroit d’Ormuz, actuellement bloqué par le régime iranien, paralysant ainsi les exportations de d’hydrocarbures à travers le monde : « Si l’Iran, ou qui que ce soit d’autre, venait à entraver la libre et sûre navigation dans le détroit d’Ormuz, je reconsidérerais immédiatement ma décision. » Les Etats-Unis prennent en quelque sorte l’île en « otage », analyse l’ancien général de brigade de l’armée américaine Mark Kimmitt auprès de CNN, pour s’assurer que l’Iran n’entrave plus le passage des navires dans le détroit.
Quelques heures après son premier message menaçant, Donald Trump a posté une vidéo d’une minute et quatre secondes, portant la mention « déclassifié », présentant une compilation d’images présentées comme celles des frappes sur l’île la nuit précédente. L’une d’elles vise manifestement une base aérienne, et semble provoquer des dégâts sur une piste d’atterrissage.
Ces bombardements sont loin d’être anecdotiques pour l’économie iranienne. L’Iran est le quatrième producteur au sein de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), et près de 90% de ses exportations de brut transitent par cette île située au nord du golfe Persique, d’après une note de la banque américaine JP Morgan. Des oléoducs reliés à des gisements de pétrole et de gaz débouchent à Kharg, où on trouve aussi des installations de stockage, et les eaux qui l’entourent sont assez profondes pour que les navires pétroliers viennent y accoster, contrairement à une large partie du littoral iranien, explique le New York Times. Selon le quotidien américain, l’île compte trois sites pétroliers principaux, dont le plus important du pays. Kharg est « une pierre angulaire de l’économie iranienne et une importante source de revenus pour les Gardiens de la révolution », résume la note de JP Morgan.
Alors l’île peut stocker jusqu’à 30 millions de barils, 18 millions s’y trouvent actuellement, d’après les données du cabinet d’analyse des flux de matières premières Kpler. La Chine est l’importateur majoritaire de ce pétrole iranien, selon les données de Kpler pour 2025, citées par Reuters. Et la guerre déclenchée le 28 février n’a en aucun cas mis à l’arrêt les activités du terminal pétrolier, selon des images authentifiées par France Télévisions.
Des frappes massives menées par les Etats-Unis ou Israël sur cette île auraient également des répercussions sur l’économie mondiale. Selon une note de la société de conseil Vortexa repérée par Libération, ces conséquences seraient même « sans précédent depuis la guerre du Golfe ». « Une attaque directe contre les infrastructures de chargement de l’île de Kharg, combinée à un conflit prolongé empêchant les opérations de réparation, réduirait l’offre mondiale de 1,5 à 2 millions de barils par jour durant 3 à 6 mois, voire plus », détaille la note. Et pour cause, « l’an dernier, les exportations iraniennes étaient de 1,6 million de barils par jour. Cette année, elles atteignent 1,56 million de barils par jour en moyenne », chiffre Homayoun Falakshahi, analyste chez Kpler, dans Les Echos.
« Une frappe directe stopperait immédiatement la majeure partie des exportations de pétrole brut iranien », analyse JP Morgan dans sa note. Et si les installations pétrolières étaient visées, leur reconstruction pourrait nécessiter des mois, voire plus d’un an, complète Muyu Xu, une autre analyste spécialiste du pétrole brut chez Kpler, citée par CNN.
Même si ce pétrole, qui ne serait donc plus en circulation en cas d’attaque massive de l’île, est avant tout destiné à la Chine, les répercussions de telles frappes seraient mondiales. « La réaction du marché serait très forte », pronostique ainsi Homayoun Falakshahi. De quoi provoquer une nouvelle envolée du prix d’un baril de pétrole. Or, « on sait très bien que, surtout pour Donald Trump, c’est un cauchemar« , poursuit Thierry Coville, spécialiste de l’Iran, pour France Télévisions.
Les marchés anticiperaient notamment la réaction du régime iranien à de telles attaques sur son île. L’Iran pourrait « infliger beaucoup plus de dégâts aux installations pétrolières et gazières du Golfe s’il le souhaite, et il peut le faire rapidement. Tout le monde le sait », selon Farzin Nadimi, chercheur au Washington Institute for Near East Policy, pour l’AFP. Après les menaces formulées vendredi par Donald Trump, le porte-parole du quartier général central de Khatam al-Anbiya, affilié aux Gardiens de la Révolution, a prévenu : « Toutes les installations pétrolières, économiques et énergétiques appartenant à des compagnies pétrolières de la région en partie détenues par les Etats-Unis, ou qui coopèrent avec les Etats-Unis, seront immédiatement détruites et réduites en cendres. »
Mais Washington a-t-il un plan à plus long terme pour l’île ? La presse américaine, dont le Washington Post et Axios, citant des responsables de l’administration américaine, évoquent l’intervention possible de forces terrestres américaines à Kharg. L’ancien envoyé spécial de la Maison Blanche auprès de l’Ukraine, le lieutenant général Keith Kellogg, a également soutenu cette éventualité sur Fox News. Selon lui, une invasion terrestre de l’Iran demeure complexe, car le pays est trop vaste, mais « si vous prenez cette île (…) vous les isolez économiquement ». Cité par Libération, le chercheur Elie Tenenbaum tempère : ce type d’opération terrestre « est extrêmement risqué quand il n’est pas conduit (…) dans la foulée immédiate de la sidération d’une attaque initiale ».
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Source : www.franceinfo.fr

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