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15 mars 2026« Sur le tapis rouge, c’est lui qu’on regarde » : comment Timothée Chalamet est devenu l’icône de la Gen Z
La star de « Dune » et de « Marty Supreme », de nouveau en lice pour décrocher un Oscar, dimanche, touche particulièrement les 15-30 ans grâce à une approche bien à lui du métier d’acteur.
« Timothée Chalamet est en train de louper La Pat’ Patrouille pour être ici ce soir. » En 2018, le maître de cérémonie de la soirée des Oscars, l’animateur Jimmy Kimmel, avait ironisé sur le jeune âge de l’acteur franco-américain de 22 ans, nommé dans la catégorie du meilleur acteur pour Call Me by Your Name. Depuis, la Gen Z (les jeunes nés entre 1997 et 2012) s’est attachée à la star qui a enchaîné les choix de carrière audacieux, les collaborations avec de grands réalisateurs et une façon d’exister hors caméra qui en a décoiffé plus d’un à Hollywood. Le présentateur Conan O’Brien, le nouveau « monsieur Loyal » de la grand-messe du cinéma américain, dimanche 15 mars, va devoir trouver une autre blague pour introduire le héros de Marty Supreme, candidat pour la troisième fois à la statuette du meilleur acteur. En cas de sacre, le tout juste trentenaire serait le plus jeune lauréat depuis le sacre d’Adrien Brody pour son rôle dans Le Pianiste en 2003.
Sur le papier, le long-métrage de Josh Safdie n’est pas calibré pour un public jeune. Un biopic de 2h30 sur un pongiste américain des années 1950 réalisé par une figure du cinéma alternatif américain : on a vu meilleur pitch pour écouler du pop-corn. Pourtant, « au Royaume-Uni, les moins de 25 ans représentent la moitié du public du film », souligne Eric Marti, directeur général de Comscore, référence mondiale d’analyse du box-office du cinéma. De telles données n’existent pas en France, où le film a réalisé le score très honorable de quelque 800 000 entrées en trois semaines, selon le site de référence JP Box-Office.
Aux Etats-Unis, la société Greenlight Analytics a réalisé un baromètre de popularité de Timothée Chalamet, mis à jour tous les ans. Pour 2025, les résultats, communiqués à franceinfo, feraient pâlir d’envie plus d’un politique : 62% des 15-24 ans se disent fans de l’artiste, dont le taux de popularité fléchit à peine dans la catégorie d’âge supérieure, les 25-34 ans (56%). Des chiffres comparables à ceux de Tom Holland, autre figure du grand écran chérie par la Gen Z, grâce notamment de Spiderman, et loin devant Paul Mescal, 30 ans, star de Gladiator II.
Timothée Chalamet a su éviter le redoutable « girlfriend gap » qui menace tous les acteurs adulés par les adolescentes (coucou Zac Efron, Ashton Kutcher, ou avant eux, durant un temps, Matthew McConaughey) qui se retrouvent enfermés dans un type de rôle et rejetés par la gent masculine, souligne le quotidien The New York Times. Ainsi, 42% des 15-34 ans interrogés par Greenlight Analytics affirment vouloir voir ses films au cinéma. Une belle performance pour un jeune acteur, révélé en 2018 dans la romance queer Call Me by Your Name, qui a été capable d’endosser en quelques années le costume de Paul Atréides dans les adaptations de Dune, comme la veste fuchsia de Willy Wonka, ou encore les lunettes fumées de Bob Dylan, période sixties et guitare acoustique, dans Un parfait inconnu.
Fin 2025, dans le magazine Première, Timothée Chalamet levait le voile sur sa méthode. « La capacité d’attention des gens est si faible aujourd’hui… Comment faire pour les convaincre d’aller au cinéma, de dépenser de l’argent pour voir un film, plutôt que d’attendre de le streamer illégalement, ou qu’il soit disponible sur Netflix ? J’ai un public, alors je l’interpelle, et je me donne à 150%. » L’« acteur de sa génération », comme l’a adoubé dès 2018 le critique vedette du Los Angeles Times Kenneth Turan n’est pas que doué devant la caméra : il sait aussi comment s’adresser à ses fans. Les tournées promotionnelles l’ennuient, tout comme enchaîner une centaine d’interviews minutées dans la même chambre de grand hôtel. « J’essaye simplement de ne plus faire de choses qui me paraissent obsolètes », explique-t-il encore à la revue française. Ainsi, pour Marty Supreme, outre des entretiens distillés dans les médias qui comptent, le gros du marketing s’est déroulé sur les réseaux sociaux.
Il sait aussi se faire remarquer. Lors d’une interview à la BBC, il a cité à la surprise générale le nom de la chanteuse Susan Boyle (révélée à presque 50 ans par l’émission Britain’s Got Talent en 2009) comme un « grand nom » du Royaume-Uni. L’extrait de dix secondes a fait le tour du web, le reste de l’entretien un peu moins. « Il a très bien compris comment les jeunes consomment l’info, des clips partageables sur TikTok et les autres réseaux sociaux », affirme Joanna Hughston, de la société de communication britannique The Goat Agency, qui a travaillé sur la campagne de Marty Supreme outre-Manche.
« La Gen Z apprécie vraiment quand il y a une esthétique associée à un film ou un artiste », prolonge la communicante. Dans le genre, la promotion de Marty Supreme répond à cette demande, avec la couleur orange vif associée au film, que ce soit à travers la balle de ping-pong frappée du nom du joueur ou la veste criarde portée par Timothée Chalamet pour la promo ou le happening sur la Sphère de Las Vegas, salle de spectacles transformée en balle orange géante frappée au nom de « Marty Supreme », comme on peut le voir sur le compte Instagram de l’acteur. Sans parler de la vidéo de la fausse visioconférence où on voit la star brainstormer avec les équipes du film et énumérer les idées loufoques, comme ripoliner en orange vif la statue de la Liberté. Les mélomanes y verront un écho de la campagne vert fluo autour du « Brat Summer » de la chanteuse pop britannique Charli XCX.
Le directeur artistique Aidan Zamiri a officié dans l’ombre sur les deux projets. « Je ne pense pas m’être déjà dit : ‘Ça va faire de l’audience' », assure le petit génie du marketing au magazine The Observer. « Le moteur de tout ça, c’est : qu’est-ce qui est drôle, bizarre ou rafraîchissant dans ce contexte ?' » Et ça marche, les influenceurs suivent. « J’ai couvert chaque étape du marketing autour du film car je savais que mes vidéos allaient faire beaucoup de vues », raconte Dawson Roberts, alias DawsOnScreen, un des créateurs de contenus autour du cinéma les plus populaires outre-Manche. « Avec un collègue, on est allés jouer au ping-pong dans trois pays différents, à Paris, Barcelone et Berlin, en moins de 24 heures avec la fameuse veste Marty Supreme sur le dos. On savait que ça allait faire parler. »
Pour l’obtenir, Dawson Roberts a patienté… vingt-deux heures devant le magasin éphémère lié au film à Londres. A Paris, c’est presque par hasard qu’Alexandre, mieux comme sous le pseudo @magichat sur les réseaux sociaux, s’est mis à patienter dans le froid devant le cinéma MK2 près de la bibliothèque François-Mitterrand. « Si j’étais venu à l’avant-première de Marty Supreme, c’était pour le rappeur Tyler, The Creator [qui joue un second rôle dans le film] dont je suis fan », explique-t-il. Très vite, voilà pourtant qu’il s’est retrouvé à faire la queue pour une autre raison, pendant une dizaine d’heures : « C’est la première fois que je fais ça, mais ça a marché, il m’a fait passer à la caisse pour sa veste. » « On me propose de la racheter presque tous les jours », s’amuse-t-il.
Il paraît loin, le gringalet fragile de ses débuts, à rebours du morphotype musclé en vogue chez les jeunes premiers. « Si j’auditionnais pour Le Labyrinthe ou Divergente, des films de ce genre qui faisaient fureur à l’époque [autour de 2015], on me répondait toujours ‘Oh, tu n’as pas le bon corps' », détaillait en 2024 Timothée Chalamet dans un podcast pour Apple Music. « Mon agent m’avait appelé pour me dire que je devais prendre du poids. Pas méchamment mais… vous voyez, quoi… » Et pourtant. Avec le succès de Dune, « c’est la première fois que le sauveur de l’humanité n’était pas une montagne de muscles », résume Aline Laurent-Mayard, autrice de l’essai Libérés de la masculinité : comment Timothée Chalamet m’a fait croire à l’homme nouveau, paru en 2022. C’est précisément l’effet que cherchait le réalisateur Denis Villeneuve : « Timothée est un esprit réfléchi, poétique, déclarait-il en 2021 au magazine Time. Je suis toujours impressionné par sa splendide vulnérabilité. »
Le jeune « Timmy » a enchaîné les films mettant en exergue sa sensibilité. « C’était dans un contexte particulier, en pleine émergence de #MeToo. On cherchait l’antithèse du ‘bad boy’. On a projeté ces traits de caractère sur son corps », décrit Aline Laurent-Mayard. L’acteur revendique cette fragilité lors de nombreuses interviews, comme lors d’un entretien avec le chanteur Harry Styles, autre visage de cette nouvelle génération, au magazine britannique i-D : « Tu peux être qui tu veux. Il n’y a pas de figure imposée (…) pour avoir l’air masculin. C’est excitant. C’est un monde totalement nouveau. » Porter un dos nu lors d’une montée des marches à la Mostra de Venise ou juste une veste sur son torse aux Oscars ? C’est possible. Devenir le premier homme à faire seul la couverture de l’édition britannique de Vogue ? C’est fait (en 2022). « Avant, ce sont les femmes qu’on regardait sur le tapis rouge, maintenant, c’est lui qu’on regarde, s’enflamme Jessica Bumpus, autrice du livre Timothée Chalamet, l’histoire d’une icône mode. Il a bousculé les codes. Vous savez, la mode, c’est surtout savoir jouer intelligemment avec l’air du temps. Et il a très bien compris ce qui parlait à ses fans. »
Ces mêmes admiratrices et admirateurs sont pourtant déconcertés par sa campagne très agressive pour promouvoir Marty Supreme et sa soif d’Oscar afin de s’asseoir à la table des plus grands. Ses récentes remarques sur l’opéra et le ballet, « des expressions artistiques dont plus personne n’ont rien à faire », et le tollé qui a suivi, jettent aussi le trouble. « J’ai peur qu’il suive un cheminement à la Frank Sinatra, de crooner qui faisait craquer les femmes à meilleur ami des pontes de la mafia », s’alarme Aline Laurent-Mayard. Elle pointe un virage « bro » de la star, en citant son clip de rap avec EsDeeKid (qu’on a un temps soupçonné d’être le pseudo de rappeur de Timothée Chalamet) et sa romance avec Kylie Jenner, membre de la célèbre famille Kardashian, icône de la téléréalité. « Mais on ignore s’il joue encore son personnage ou pas, s’amuse pour sa part Joanna Hughston. Il brouille les lignes jusqu’au bout. »
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Source : www.franceinfo.fr

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