
Un complexe militaro-industriel-financier est en train de naître en Amérique
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17 mars 2026Neuf casquettes rouges sont alignées comme dans une vitrine. De loin, on croit reconnaître le couvre-chef du trumpisme, la fameuse casquette rouge proclamant “Make America great again” (“Rendre sa grandeur à l’Amérique”). Mais en s’approchant, sur chacune d’elles figure le nom d’un pays. “Make Iran great again”, “Make Venezuela great again”, “Make Nigeria great again”, “Make Syrie great again”, mais aussi l’Irak, la Somalie, le Yémen et l’Équateur. Avec ce clin d’œil visuel, Time détourne le signe de reconnaissance des soutiens du président américain pour dresser une cartographie des interventions américaines.
Chaque casquette correspond à un pays que Washington a bombardé ou dans lequel il pourrait mener des opérations militaires. Entre une série de frappes aériennes contre les houthistes au Yémen en mars 2025, les bombardements américains contre l’État islamique au Nigeria en décembre et le conflit ouvert en Iran depuis le 28 février, Time suggère dans son dernier numéro que la promesse de grandeur américaine se décline désormais sur plusieurs théâtres de guerre.
Le magazine décrit un président qui s’est éloigné de la ligne politique qui l’avait porté au pouvoir. Pendant sa campagne, Donald Trump “promettait de mettre fin aux guerres”, rappelle Time. “Aucun autre dirigeant américain contemporain n’a ordonné des attaques dans autant de pays en si peu de temps”, renchérit le média, précisant que le locataire de la Maison-Blanche a autorisé des frappes dans huit pays, “dont trois qui n’avaient encore jamais été directement pris pour cibles par les forces américaines”. En 2025 seulement, il a approuvé davantage de frappes aériennes que son prédécesseur, Joe Biden, durant tout son mandat.
“Négocier en position de force”
Le tournant a eu lieu en Iran, à la suite de l’opération Midnight Hammer (“Marteau de minuit”), lancée le 21 juin sur trois sites nucléaires iraniens, qui lui a permis, estime Time, de “banaliser [sa] tendance à ordonner des frappes préventives contre des nations souveraines avec des conséquences incertaines à long terme”. La guerre devient alors un outil assumé de politique étrangère. Pour Trump, la logique est simple : “Recourir à une force écrasante, proclamer la victoire, puis proposer des négociations en position de force.” À ses yeux, cette approche a déjà porté ses fruits au Moyen-Orient.
Ce pari semble cependant risqué aux yeux de nombreux observateurs. À commencer par les partisans de Donald Trump qui, séduits par sa rhétorique anti-interventionniste, se sentent aujourd’hui “trahis”. Par ailleurs, Ali Vaez, spécialiste de l’Iran à l’International Crisis Group, installé à Genève, interrogé par Time, rappelle que Washington avait déjà cru pouvoir remodeler la région après la chute du dictateur irakien Saddam Hussein en 2003 – avant que le conflit ne s’enlise. “Mais cette fois, ça ne repose vraiment sur aucune réalité”, prévient-il.
Car si le régime iranien résiste ou écrase les contestations internes, Washington pourrait être confronté à une décision redoutée, celle d’envoyer des troupes au sol. Trump n’écarte pas cette perspective. “Je ne me fixe aucune limite de temps pour rien, dit-il dans un entretien avec Time. Je veux que ça soit fait.”
Source : www.courrierinternational.com

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