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Pourquoi cet article
Cet entretien passionnant mené par l’hebdomadaire allemand Die Zeit avec le sociologue Herfried Münkler s’intéresse à l’origine des conflits et à leurs évolutions dans l’histoire de l’humanité. Il semble ici impossible de résumer l’entièreté de ces réflexions, nous vous proposons donc de nous arrêter sur l’évolution historique de la notion de conflit depuis le Moyen Âge jusqu’à aujourd’hui. Cet entretien est précieux tant pour les enseignants que pour les élèves de terminale qui travaillent sur un sujet de grand oral sur le thème lié aux conflits.
S’il ne fallait retenir qu’une citation
“Le général [prussien] Carl von Clausewitz affirmait que la guerre ne commence pas par l’attaque mais par la défense.”
Les élèves connaissent bien le travail de Clausewitz, qui est central dans le thème 2, “Faire la guerre, faire la paix : formes de conflits et modes de résolution”. L’officier prussien a rassemblé ses observations sur les guerres napoléoniennes et la nature de la guerre dans un ouvrage de référence, De la guerre, publié à titre posthume entre 1832 et 1835. Pour lui, la guerre pourrait connaître ce qu’il nomme une “montée aux extrêmes” si le pouvoir militaire prenait le pas sur le pouvoir politique.
Dans la phrase que nous avons mise en exergue, Clausewitz, cité par Herfried Münkler, explique que la guerre ne se déclenche que quand l’agressé décide de se défendre. Pour illustrer ce propos, le sociologue allemand prend des exemples plus récents : la Seconde Guerre mondiale et le conflit en Ukraine. Ainsi, lorsque la Wehrmacht (l’armée allemande) a envahi l’Autriche au printemps 1938, l’armée autrichienne n’a opposé aucune résistance, et donc il n’y a pas eu d’état de guerre. Il en est allé de même en 2014 lors de l’annexion de la péninsule ukrainienne de Crimée par Vladimir Poutine. À l’inverse, en septembre 1939, lorsque l’armée polonaise décide de se défendre contre l’offensive allemande, la guerre est déclarée. Ce fut encore le cas avec l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie en février 2022 et la réaction armée de Kiev.
Pour Herfried Münkler, avant les XIVe et XVe siècles, il n’y avait pas de grandes guerres au sens moderne, mais il régnait une violence permanente. L’un des tournants est très certainement la guerre de Trente Ans (1618-1648), que les élèves étudient dans le thème 2. Durant ce conflit qui ravagea l’Europe, les mercenaires se livrèrent à des pillages, des enlèvements et des viols de masse. À cette époque, les risques de mourir étaient bien plus élevés pour les civils, victimes de ces razzias, de la famine ou des maladies, que pour les soldats. On retrouve cet état de fait dans nombre de guerres civiles contemporaines en Amérique centrale, au Sahel ou en Asie du Sud : les mercenaires ou les groupes armés se livrent à des destructions et utilisent l’arme alimentaire ou le viol pour terroriser les civils.
Comparé aux grandes guerres modernes, le XIXe siècle apparaît plutôt comme le grand siècle pacifique, qui commencerait à la fin des guerres napoléoniennes, avec le congrès de Vienne de 1815, et prendrait fin en 1914, avec le déclenchement de la Première Guerre mondiale.
S’il ne s’attarde pas sur les deux conflits mondiaux de la première moitié du XXe siècle, Herfried Münkler évoque la guerre froide (1947-1991), une période qui n’a pas vu de conflit direct entre les États-Unis et l’URSS, mais des “guerres par procuration”, qui ont souvent été ignorées – à l’exception de la guerre du Vietnam, très médiatisée. Comme le souligne le sociologue, la fin de la guerre froide “montre que le ‘piège de Thucydide’ n’est pas inévitable”. La théorie du “piège de Thucydide”, qui trouve ses origines dans la Grèce antique, dans la guerre du Péloponnèse (en 431 av. J.-C.), veut qu’une puissance cherche à déclencher une guerre lorsqu’elle voit que son concurrent profite de cet état de paix pour devenir plus puissant. Or, à la fin de la guerre froide, les Soviétiques, dépassés dans la course aux armements, ont préféré capituler que de se lancer dans une guerre nucléaire contre les États-Unis.
Cet entretien recèle encore de nombreuses réflexions sur la nature profonde de la guerre et de la paix, et nous vous incitons à le consulter en entier si ce sujet vous passionne.
Pour aller plus loin
Pour compléter cette réflexion, nous vous proposons de lire les articles suivants qui s’interrogent sur la frontière ténue qui existe entre un état de paix et un état de guerre :
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cette analyse de l’hebdomadaire allemand Die Zeit sur la technique dite “de la zone grise”, de plus en plus employée – par Vladimir Poutine mais aussi par Donald Trump ou Xi Jinping –, qui consiste à agir à la lisière entre la paix et la guerre ;
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cette réflexion sur les façons de faire la paix dans un monde qui paraît de plus en plus conflictuel, parue dans le quotidien financier bruxellois De Tijd ; et
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cet article du South China Morning Post, quotidien de langue anglaise de Hong Kong, dans lequel un expert des relations internationales défend l’idée que, pour obtenir la paix, il faut équilibrer les puissances, notamment grâce à l’arme nucléaire.
Et ce qu’il ne fallait pas rater non plus cette semaine
Nous pouvons aussi proposer aux élèves de terminale qui étudient le thème sur les conflits ou celui sur la connaissance cette revue de presse qui s’intéresse au rôle joué par l’intelligence artificielle Claude dans le conflit actuel en Iran.
Source : www.courrierinternational.com

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