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18 mars 2026Pollution de l’air, marées noires, sols contaminés… Pourquoi la guerre au Moyen-Orient fait craindre une crise environnementale et sanitaire majeure
Téhéran dans le noir, en plein jour. Des habitants de la capitale iranienne masqués, invités à rester chez eux. Et de la fumée qui s’élève dans le ciel. Pour les autorités iraniennes, ces scènes ne relèvent pas seulement de la guerre, mais aussi d’une catastrophe écologique en cours. En frappant régulièrement des infrastructures pétrolières, les forces israéliennes et américaines commettent de graves atteintes à l’environnement, a estimé lundi 16 mars, sur X, le ministre des Affaires étrangères iranien. Ces bombardements « violent la loi internationale et constituent un écocide », a fustigé Abbas Araghchi.
Quand il vise à son tour les alliés des Etats-Unis dans la région, le régime iranien n’épargne pas pour autant les sites pétroliers. Au contraire. Des raffineries, des sites de stockage, ainsi que des navires transportant des hydrocarbures, sont régulièrement pris pour cibles par les drones tirés depuis la République islamique, en direction des côtes irakiennes et omanaises, du Qatar, de Bahrein, ou d’Arabie saoudite. Dimanche soir, une épaisse fumée noire s’échappait ainsi de la zone industrielle pétrolière de Fujaïrah, aux Emirats arabes unis.
En mer, les drones et missiles iraniens ont frappée au moins 22 navires civils (pétroliers, cargos, vraquiers…), selon le décompte publié le 13 mars par Reuters. L’armée américaine revendiquait de son côté avoir « endommagé ou détruit » plus de 90 navires iraniens. Parmi eux, figurent un bâtiment militaire, torpillé au large du Sri Lanka, faisant 105 morts parmi les marins et une marée noire de 18 km de long. Une trentaine de petites embarcations, soupçonnées de servir à poser des mines dans le détroit d’Ormuz, ont aussi été touchées.
Dans cette région du monde riche en hydrocarbures, « la première chose que l’on va essayer de faire, c’est d’abord de recenser les incidents qui peuvent générer une pollution immédiate », explique Wim Zwijnenburg, chargé du désarmement humanitaire au sein de l’organisation néerlandaise PAX, spécialisée dans la promotion de la paix. Quand un site militaire ou industriel est frappé, « nous savons qu’il existe des risques liés à l’exposition aux fumées, aux particules fines et aux émissions toxiques ». Mais aussi au contact des carburants, huiles, métaux lourds, PFAS, dioxines ou furanes.
Les installations militaires ou civiles endommagées exposent ainsi les populations à un cocktail de substances dangereuses pour la santé, alertent les spécialistes. Interrogée par franceinfo sur « la pluie toxique » de Téhéran, conséquence de frappes sur des infrastructures pétrolières, Francelyne Marano, toxicologue spécialiste de la santé environnementale, a comparé ses effets à « un grave pic de pollution, car les particules peuvent s’accumuler dans les poumons et provoquer des inflammations, et à terme, des cancers ».
L’Observatoire des conflits et de l’environnement (CEOBS) a appelé, de son côté, à ne pas négliger l’impact des frappes contre des sites militaires, comme à Parchin, dans la banlieue de Téhéran. Le 6 mars, l’armée israélienne s’est réjouie d’y avoir touché des usines d’armement. Or, selon l’ONG britannique, ces installations génèrent un risque de pollution « particulièrement préoccupant ». « L’Iran utilise des missiles balistiques à propergol solide et liquide, et certains propergols liquides (…) sont extrêmement toxiques », écrit l’observatoire dans une note du 10 mars, en guise de premier bilan.
Les conflits présentent des impacts directs sur l’environnement, mais ils ont aussi des conséquences à long terme pour les populations, plus difficiles à appréhender, car elles sont le fruit de situations qui se détériorent graduellement.
Wim Zwijnenburg, en charge de la question du désarmement humanitaire au sein de l’ONG Paxà franceinfo
Les conséquences environnementales découlent également de la dégradation, voire de la disparition des protocoles sanitaires scrupuleusement appliqués en temps de paix. « Parce que le gouvernement en place ne fonctionne plus, les mesures qui garantissent la sécurité ne peuvent plus être maintenues ni contrôlées », déplore Wim Zwijnenburg. De même, si les infrastructures de traitement de l’eau sont endommagées, les habitants vont forer des puits illégaux pour s’approvisionner en eau potable, au risque de s’exposer à une ressource contaminée. Quelle que soit la nature des infrastructures visées, « la pollution issue des incendies incontrôlés peut pénétrer dans les sols et les eaux, s’infiltrer dans les nappes phréatiques et être absorbée par les cultures, contaminant ainsi les denrées alimentaires », a alerté, vendredi, le Programme des nations unies pour l’environnement (Unep).
« Des déversements d’hydrocarbures ont également été signalés en milieu marin, aggravant les problèmes de santé des populations côtières », s’est inquiété l’organe de l’ONU. « Lors d’explosions de navires, des fuites de pétrole peuvent affecter les écosystèmes et les récifs coralliens proches des ports. C’est pourquoi nous craignons le risque de marées noires dans ces zones ciblées, où se trouvent des aires protégées et des réserves naturelles dont dépendent les populations locales », abonde Wim Zwijnenburg.
Le long des rivages du golfe Persique et du golfe d’Oman, de vastes mangroves font ainsi l’objet de campagnes de restauration depuis plusieurs années. Tandis que dans le sud de l’Iran, dans la province d’Hormozgan, des villes et villages dépendent économiquement de la pêche, à quelques kilomètres des ports militaires et industriels construits sur la rive iranienne du détroit d’Ormuz.
Enfin, selon les données du World Ressources Institute, 35 millions de personnes bénéficient des services rendus par les récifs coralliens situés de part et d’autre du détroit d’Ormuz. L’ONG internationale estime que « 16,5 millions d’entre elles en dépendent probablement fortement pour leur alimentation ou leurs moyens de subsistance. » Les coraux de la région sont aussi particulièrement intéressants pour la recherche. Résistants aux canicules marines, ils représentent un espoir pour les scientifiques en quête de solution pour sauver ces écosystèmes menacés d’extinction. L’île iranienne de Kish, à l’entrée du détroit d’Ormuz, a récemment été identifiée comme le site idéal d’une « nurserie à coraux » par des scientifiques de l’université de Téhéran.
Dans la région, la crainte des spécialistes est d’autant plus vive que les pays impliqués ont déjà été le théâtre de crimes écologiques. En 1991, alors que s’achevait la seconde guerre du Golfe, l’armée irakienne incendiait 700 puits de pétrole au Koweit. Des quantités de gaz à effet de serre estimées entre 130 et 400 millions de tonnes d’équivalent CO2 s’étaient échappées (soit environ ce qu’ont émis respectivement sur toute l’année 2023 les Pays Bas et la France).
Ces données n’intègrent pas ce que les chercheurs appellent « le cycle du conflit » : de la fabrication des armements à la reconstruction des infrastructures, après la guerre. Du seul point de vue de la pollution de l’air et des écosystèmes, « les panaches de feu » ont relâché « chaque jour dans l’atmosphère 40 000 tonnes de dioxyde de soufre, 3 000 tonnes de sulfure d’hydrogène, 500 000 tonnes de monoxyde de carbone et 50 000 tonnes de particules de suie grise, sur le Golfe et ses littoraux », avait rapporté le chercheur koweïtien Ali Mohamed al-Damkhi, dans un bilan environnemental de la catastrophe publié en 2007. A l’époque, « une pluie noire était tombée sur l’Himalaya, à 2 700 km de là, et des pluies acides ont été recensées jusqu’en Chine ».
Source : www.franceinfo.fr

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