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18 mars 2026Reportage. « Le seul effet de la taxe a porté sur la destruction de la logistique française » : comment Shein déjoue la taxe sur les petits colis
Le gouvernement a mis en place une taxe sur chaque petit colis arrivant par avion, afin de freiner le déferlement des produits Shein et Temu sur le marché français. Mais les groupes chinois du e-commerce se sont déjà adaptés.
Pour s’attaquer frontalement aux géants du e-commerce chinois et tenter de sauver nos magasins physiques, l’arme secrète du gouvernement était une taxe de deux euros sur chaque petit colis arrivant par les airs. Mais depuis l’entrée en vigueur de cette loi, le 1er mars 2026, les géants chinois se sont adaptés et ont revu leur logistique pour l’éviter.
À Roissy-Charles-de-Gaulle, Aéroports de Paris (ADP) a annoncé qu’il y avait une cinquantaine de vols de type cargo en moins par semaine. Les entrepôts de dédouanement et de logistique se vident, une situation qui met en péril l’emploi de tout un secteur.
Au bord des pistes, l’un de ces immenses entrepôts sonne bien creux, avec 10 000 mètres carrés totalement vides. S’il n’y a aucun colis à l’horizon, des salariés sont bien là, et des parties de foot rythment désormais les journées de François-Xavier. « On est obligé d’être sur le lieu de travail. Honnêtement, on est pas payé à ça », déplore-t-il. Mais ce salarié n’a plus aucune palette à trier depuis l’instauration de la taxe sur les petits colis.
On joue à des jeux, on essaie de faire passer le temps.
François-Xavier, salarié dans un entrepôt à Roissy-Charles-de-Gaulleà fracneinfo
Embauché récemment, François-Xavier est très inquiet pour son avenir. « On est quasiment tous des pères de famille, dit-il, quand on vient au travail, c’est pour subvenir aux besoins de la maison. Aujourd’hui, on vient au travail en ne sachant pas si demain on pourra venir, tout simplement. Je souhaite que le gouvernement entende nos souffrances, notre mal-être ». Comme François-Xavier, une centaine de salariés se tournent les pouces, tandis que plusieurs dizaines d’intérimaires n’ont plus de contrat.
Pourtant, auparavant, il y avait dans cet entrepôt de l’activité 24h sur 24, sept jours sur sept. « On avait à peu près 200 000 colis par jour ici », raconte Frédéric Campagnac, président de Clevy Links, le numéro un en France du dédouanement dans le e-commerce.
Tout s’est arrêté en 24h, du jour au lendemain !
Frédéric Campagnac, président de Clevy Linksà franceinfo
En Europe, la France est aujourd’hui le seul pays à appliquer cette taxe sur les petits colis, même si ça pourrait changer bientôt. Les groupes Shein et Temu se sont donc adaptés. Désormais, leurs avions cargo atterrissent à Liège, en Belgique, ou à Amsterdam, aux Pays-Bas, où en Pologne, là où il n’y a pas cette taxe. « C’est un gâchis énorme, affirme Frédéric Campagnac, le seul effet de la taxe a porté sur la destruction de la logistique française. Les e-commerçants ne sont absolument pas impactés par l’effet de la taxe ».
Les colis viennent ensuite en France par camion. Une réorganisation qui ne coûte qu’un centime de plus par produit, estime Frédéric Campagnac. L’entrepreneur alerte aussi sur les risques pour les consommateurs. Avant cette taxe, il avait tous les jours la visite des douaniers dans son gigantesque entrepôt. « Qu’est-ce que vous voulez contrôler maintenant », demande-t-il.
L’Italie a, elle, fait marche arrière. Après avoir mise cette taxe de deux euros en place, début janvier, elle a suspendue cette réforme à cause des effets négatifs. Pour le gouvernement français, il est pour l’instant hors de question, à ce jour, de faire marche arrière. Il assure suivre de près la situation des acteurs touchés. Clevy Links risque de mettre rapidement la clé sous la porte, car l’entrepôt au bord des pistes est loué pour deux millions d’euros chaque année.
Dans le même temps Shein vient de faire sortir de terre un entrepôt géant en Europe, à Wroclaw, dans l’ouest de la Pologne. La preuve, selon le président de la Fédération française de prêt-à-porter féminin, que la plateforme chinoise d’ultra fast fashion se prépare à continuer d’inonder de produits le continent européen.
Yann Rivoallan avait entendu parler de cet entrepôt gigantesque, 750 000 m2 de stockage, l’équivalent de la superficie de 100 terrains de foot. Le président de la Fédération française du prêt-à-porter féminin a voulu juger par lui-même sur place, en Pologne. « L’entrepôt, raconte-t-il, est aussi impressionnant que flippant. On voit le gigantisme de Shein, une société de près de 50 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Quand on voit le nombre d’entrées pour camions, on comprend le volume démentiel qui va être mis en place et qu’on est à l’aube de ces déversements ».
Cette sorte de hub européen pour les cinq milliards de produits Shein, qui arrivent chaque année sur le continent, a été construit, selon le selon le président de la Fédération française de prêt-à-porter féminin, pour éviter les taxes sur les petits colis. Avec cet entrepôt, c’est la TVA à 20% qui s’appliquera, un calcul intéressant pour Shein. « Une robe, au lieu d’être à 3 euros passera à 3,60 euros. C’est toujours inférieur à une taxe de petits colis. Avec la taxe, la robe serait passée de 3 euros à 5 euros », constate Yann Rivoallan.
Comment protéger les commerçants français d’un déferlement annoncé de produits ? Grâce à la future loi anti fast fashion, selon Yann Rivoallan. Celle-ci instaure des malus de 5 euros par produit et interdit la publicité pour l’ultra fast fashion. Les professionnels français espèrent voir cette loi enfin votée avant l’été 2026.
Source : www.franceinfo.fr

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