L'Europe prête à tenter la passe de trois dans l'attente d'un signal de la Fed
18 mars 2026Reuters.com
18 mars 2026
“C’est le coup de grâce”, lâche David Goldwyn dans l’article très alarmiste du New York Times qui ouvre notre dossier. L’ancien diplomate et ancien membre du ministère de l’Énergie des États-Unis évoque la fermeture du détroit d’Ormuz, principal goulet d’étranglement mondial pour le pétrole. C’est le scénario catastrophe que tout le monde redoutait, ajoute-t-il : celui d’un choc pétrolier déclenché par la guerre qui sévit depuis le 28 février au Moyen-Orient, auquel nous avons choisi de consacrer notre dossier de la semaine. Un dossier très complet, qui relaie les inquiétudes de la presse étrangère.
Saad Al-Kaabi, ministre de l’Énergie qatari, cité par The Economist, est sur le même registre : “Ça va mettre l’économie mondiale à genoux”, alertait-il le 6 mars, alors que QatarEnergy, qui produit 20 % du gaz naturel liquéfié (GNL) mondial, avait fermé ses installations de traitement et d’exportation, en partie touchées par des frappes iraniennes.
Du pétrole et du gaz qui ne servent pas seulement à fournir de l’énergie, mais entrent aussi dans la fabrication d’engrais, de produits chimiques et pharmaceutiques… Le Financial Times résume ce qui menace d’une phrase lapidaire : “La guerre au Moyen-Orient est sur le point de déclencher un choc alimentaire mondial pire que celui provoqué par l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022.” Un tiers du commerce mondial d’engrais par voie maritime transite en effet par le détroit d’Ormuz, dont la fermeture par l’Iran a paralysé de larges pans du commerce et de la production d’urée, l’engrais azoté le plus utilisé du monde.
Certes, les réserves stratégiques de pétrole de nombreux pays ont été débloquées. Notamment 400 millions de barils par les 32 États membres de l’Agence internationale de l’énergie, “le plus important déstockage de réserves de l’histoire” de cette organisation internationale, née en 1974 après le premier choc pétrolier. Certes, les oléoducs installés par les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite pallient une partie du problème en acheminant malgré tout du pétrole – mais dans un volume moindre. Certes, tous les pays ne dépendent pas des hydrocarbures du Golfe… Mais le prix du pétrole, mondial, flambe. L’incertitude quant à l’issue – et surtout la durée – de cette guerre est totale. Et l’incertitude, c’est ce que détestent par-dessus tout les marchés.
En effet, rappelle The Economist, “tout repose sur les décisions de trois personnages imprévisibles : le versatile Donald Trump, Benyamin Nétanyahou, à la détermination sans faille, et Mojtaba Khamenei, le nouveau guide suprême iranien”.
La solution viendra-t-elle de Donald Trump, qui semble se rendre compte des conséquences sur son avenir politique ? En sus du coût des munitions et du matériel militaire, “les Américains ressentent déjà les effets de cette guerre à la pompe”, souligne le magazine Time. Et le plus grand risque pour le président américain avant les élections de mi-mandat “réside dans la hausse rapide des prix de l’énergie, dont les répercussions se font sentir sur toute l’économie et viennent peser sur le budget des familles américaines”, rappelle The New York Times. Aussi, pour sécuriser le détroit d’Ormuz, Trump a-t-il appelé, le 14 mars, d’autres pays à la rescousse – y compris la Chine. Signe d’une certaine fébrilité, il a même été jusqu’à menacer ses alliés de l’Otan s’ils ne l’aidaient pas.
Peut-on espérer que la crise économique qui se profile poussera le président américain à sortir rapidement de ce conflit, qui a déjà tué des centaines d’Iraniens et de Libanais ? Peut-être.
Mais le mal est fait. C’est ce que racontent très clairement deux récits publiés dans L’Orient-Le Jour et The Guardian. Deux témoignages qui ouvrent notre séquence D’un continent à l’autre, et donnent la parole respectivement à une journaliste libanaise et un anonyme iranien. Ils vivent la guerre chaque jour depuis plus de deux semaines et racontent le quotidien sous les bombes. Les vieilles habitudes qui reviennent à Beyrouth, la sidération et la peur à Téhéran, les pilules qui aident à tenir bon. Mais surtout, la fin de l’espoir.
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Source : www.courrierinternational.com

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